Revue de presse anti-impérialiste :

AU DELA DE LA PROPAGANDE OCCIDENTALE, UN REGARD CRITIQUE SUR LES ATTAQUES CONTRE LE PENTAGONE ET WALL-STREET





La propagande américaine se déchaine dans les media de l'OTAN. On nous présente comme "vérités mondiales" ce qui n'est que l'expression de la presse et des partisans du Système occidental. L'individu est manipulé et conditionné par un flot ininterrompu d'information choisie.

A celà s'ajoute maintenant pour les militants politiques un flot de désinformation en provenance de certains milieux anti-globalisations ou gauchistes qui, par lâcheté ou manque d'analyse, se font l'écho de certaines thèses occidentales, ou tombent dans les thèmes délirants des conspirations ou des complots, où ils rejoignent les cinglés de l'extrême-droite américaine.

Que penser ? Que croire ?

La présente revue de presse anti-impérialiste offre une lecture critique des media occidentaux et apporte un autre écho : celui de la presse arabe, asiatique et africaine. Vous y verrez la réaction des peuples du monde, de Belgrade à Pékin, de l'Afrique au Moyen-Orient et à l'Inde, et ce qu'on vous cache sur les sentiments anti-américains exacerbés partout dans le monde. Vous y lirez que les thèses américaines y sont vivement contestées et que l'Amérique, au-delà des calculs et des politesses diplomatiques, est bien seule après les attaques contre Washington et New-York qui l'ont frappée au coeur.

Sources :

URFIG - New York Times - International Herald Tribune - Washington Post – Le Soir (Bruxelles) - La Repubblica – AFP - Le Monde – Reuters – Associeted Press – US Army Daily News - Al Arab Al Youm (Le Caire) - Al Doustour (Amman) - al Akhbar (Le Caire) - Al Hayat (Londres) - An-Nahar (Beyrouth) - As-Safir (Beyrouth) - Al Baas (Damas) - al-Watan (Qatar) - al-Iraq (Bagdad) - Al Qods (Palestine) - Al Hayat al-Jadida (Palestine) - Al Quds al-Arabi (Beyrouth) - The News (Islamabad) - L'Opinion (Rabat) - Al Alam (Rabat) – Libération (Rabat) - Le Journal (Rabat) - El País (Madrid) - Chicago Tribune - The Daily Telegraph (Londres) - Corriere della Sera (Rome) – Kommersant (Moscou) – Izvestia (Moscou) - The Jerusalem Post (Tel Aviv) – Akit (Istambul) - Tehran times - Iran Daily - Iran News - Dnevni Avaz (Sarajevo) – Libération (Paris) – al-Watan (Londres) – Utusan (Kuala Lumpur) ) – as-Saoura (Damas) – Techrine (Damas) – CNN – Al-Doustour (Amman) – Boston Globe - The Wall Street Journal - International Herald Tribune (New-York) – BBC NEWS - Financial Times - Indian Express - Nihon Keizai Shimibun (Tokyo) - Senkei Shimbun (Tokyo) - Sud China Morning Post (Hong Kong) – Correspondances de Riga, Moscou, Belgrade, Pristina, Tripoli, Bagdad et Beyrouth – Traductions du Service de presse du PCN-NCP.

QUANT LES MEDIA JOUENT SUR LA

COMPASSION POUR ETOUFFER LA LUCIDITE

... "l'instrumentalisation des victimes à des fins idéologiques ou politiques est inacceptable. Et la complaisance avec laquelle les médias relaient les outrances et les amalgames insulte l'intelligence et la vérité. La solidarité à l'égard de ceux qui souffrent ne peut être interprétée comme une adhésion aux politiques de leurs dirigeants. On ne le tolère pas lorsqu'il s'agit de pays du Sud; ce n'est pas davantage tolérable quand il s'agit des Etat-Unis. Les souffrances de citoyens américains ne diminuent en rien la responsabilité de leur pays dans des politiques condamnables. Les politiques de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International et de l'Organisation Mondiale du Commerce. déstructurent les sociétés et empêchent l'exercice de droits fondamentaux tels que les droits à l'alimentation, à la santé, à l'éducation et au travail. Ces politiques sont voules par les USA et l'Union européenne. Elles font chaque année des dizaines de milliers de victimes. Elles demeurent condamnables après comme avant les attentats survenus le 11 septembre. Le soutien inconditionnel des USA à l'occupation militaire et à la colonisation de la Palestine et l'attitude équidistante des Européens entre occupants et occupés, entre bourreaux et victimes demeurent inacceptables.Après comme avant ces mêmes attentats. Ce n'est pas en contribuant à diaboliser les militants anti-globalisations et le peuple palestinien que les média remplissent leur mission."

Ces conclusions de l' URFIG, l'Unité de Recherche, de Formation et d'Information sur la Globalisation, sont celles de tous les esprits lucides.

LES ETATS-UNIS SOUS LE CHOC D'UN NOUVEAU "PEARL HARBOUR" :

LES ETATS-UNIS ONT SUBI LA PIRE ATTAQUE DE LEUR HISTOIRE

Les Etats-Unis ont subi la pire attaque de leur histoire depuis l'opération de Pearl Harbour en décembre 1941. Trois avions de ligne ont été détournés et se sont écrasés sur les tours jumelles du World Trade Center de New York, qui se sont effondrées, et le Pentagone, à Washington.

A l'annonce des attaques, tout le pays s'est immobilisé. Pour la première fois de l'histoire américaine, tous les vols au départ des Etats-Unis ont été suspendus et tous les aéroports nationaux ont été fermés. Les liaisons ferroviaires ont également été interrompues. Les principaux marchés financiers ont été fermés et des millions de personnes ont été renvoyées chez elles par leurs employeurs devant l'ampleur de la catastrophe.

D'autres symboles de la puissance américaine comme la Maison blanche, la tour Sears à Chicago, le siège de la CIA à Washington et les parcs d'attraction Disney en Floride et en Californie ont été évacués et fermés. "C'est comparable à Pearl Harbour et nous devons avoir la même réaction", a déclaré l'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger.

LE SENTIMENT AMERICAIN D'INVULNERABILITE LAMINE

Sur un ton plus pessimiste que vengeur, le "New York Times" écrit : "Le sentiment de sécurité et de confiance que les Américains prennent pour leur droit inné a subi un choc très sérieux, et la guérison sera lente."

Une remarque reprise par "International Herald Tribune" qui parle aussi de la perte de ce légendaire sens américain de l'invulnérabilité, et ajoute : "Les conséquences psychologiques et politiques d'un tel événement ne se mesurent pas principalement au nombre de blessés mais à l'incrédulité provoquée par l'attaque. Car aussi longtemps que ces actes terroristes resteront anonymes, la panique augmentera. L'effet recherché était de montrer la faiblesse de ceux qui ont été visés, et surtout, la faiblesse de ceux qui pourraient à l'avenir devenir la cible de telles attaques".

UN EVENEMENT HISTORIQUE

Sonnés par l'ampleur des attaques meurtrières qui se sont abattues mardi sur les Etats-Unis, les éditorialistes ont recours aux comparaisons historiques. "Les terroristes semblent avoir réussi ce que Hitler et l'arsenal nucléaire de l'Union soviétique n'ont jamais accompli. Ils ont fait couler le sang sur le sol américain" fait remarquer "International Herald Tribune". Même réflexe dans le "Washington Post" qui débute un éditorial avec ces mots : "Les terrifiantes attaques terroristes sur New York et Washington resteront comme l'une des plus grandes catastrophes jamais vécues aux Etats-Unis".

UNE NOUVELLE FORME DE GUERRE

écrit Pierre Lefèvre, rédacteur en chef du "Soir" : "Le monde est inquiet. Il ne croyait pas une telle attaque possible. Il découvre une autre nature de l'horreur, une nouvelle forme de la guerre. Le terrorisme a pris hier une dimension sans précédent dans l'histoire, qui jette une ombre épaisse, comme un doute angoissant, sur le nouveau siècle. Le monde est inquiet parce qu'il découvre que le géant américain, désormais seule superpuissance dotée de moyens incomparables pour assurer aussi bien sa sécurité que celle de ses alliés et celle de la planète, a des pieds d'argile. Les projets les plus sophistiqués de protection antimissile paraissent dérisoires face à la détermination de quelques terroristes. On n'ose imaginer l'ampleur de la menace dès lors qu'une bombe atomique peut tenir dans une valise."

"L'Occident est touché au coeur", écrit "La Repubblica". "C'est le premier acte d'une histoire dont nous ne connaissons pas l'issue, parce que l'ennemi est invisible et qu'elle montre une vulnérabilité imprévue de la superpuissance mondiale. Tout ce que nous savons, c'est que la journée d'hier change le cours de notre époque", estime le quotidien.

"Les Etats-Unis, Washington, New York et, simultanément, le monde entier ont vu l'horreur de l'apocalypse (...) Rien ne sera plus comme avant", assure "Il Messagiero".

UNE VERITABLE OPERATION DE GUERRE

"Les attentats d'hier ont été montés comme une opération de guerre", estime Guillaume Parmentier, chef du Centre français sur les Etats-Unis à l'IFRI (Institut français des relations internationales). "Il ne faut pas se voiler la face, c'est une opération de guerre : ce sont de vrais pilotes qui ont réussi à aller dans les tours du World Trade Center et ce n'est pas n'importe quel pilote qui peut diriger un Boeing. Ce ne sont pas de petits avions de tourisme, cela demande une organisation, une logistique, un secret considérables".

Guillaume Parmentier relève que les assaillants ont attaqué non seulement le WTC, symbole de l'économie américaine, le Pentagone et le Département d'Etat, symboles de l'Etat américain, mais aussi Pittsburgh, symbole de l'Amérique profonde (là il se trompe. On sait maintenant que l'avion a été abattu au-dessus de Pittsburgh par l'US Air Force).

"Le terrorisme les fait (les USA) en quelque sorte rentrer dans le rang. Comme on disait naguère que le nucléaire avait un effet égalisateur parce qu'il permettait aux petits pays possesseurs du feu nucléaire de prétendre jouer dans la cour des grands, de même le terrorisme a-t-il un effet égalisateur pour les victimes car ils ne distinguent pas entre les petits et les grands Etats. La nouveauté radicale introduite dans le monde par les attentats de New York et Washington, c'est que, pour la première fois, des groupes aux contours mal définis déclarent la guerre à l'Etat le plus puissant de la planète. L'après-guerre froide ne ressemble décidément pas à ce que les vainqueurs de la guerre froide avaient envisagé", écrit Daniel Vernet dans " Le Monde".

LE WORLD TRADE CENTER ETAIT LE SYMBOLE

DE NEW YORK ET DU CAPITALISME

Plus hauts bâtiments de New York, les deux tours de verre et d'acier du World Trade Center dominaient l'île de Manhattan depuis 1973. Symbole de l'économie mondiale, le WTC abritait plus de 350 entreprises internationales, des salles de conférences et le plus grand centre commercial de Manhattan. Les tours jumelles hautes de 417 et 415 mètres, soit le 4e rang mondial, se sont effondrées mardi après avoir percutées par deux avions. Chacune comptait 110 étages où travaillaient environ 50.000 personnes. Reliés directement au métro, les gratte-ciel ne comprennaient pas d'habitations privées, mais un musée souterrain et des restaurants qui recevaient près de 90.000 visiteurs par jour. Entouré de cinq autres bâtiments, le World Trade Center s'ouvrait sur un terrasse extérieure fréquentée par les New-Yorkais.

Conçue pour résister théoriquement à l'impact d'un Boeing 707 et à des vents de 240 km/h, chaque tour était composée d'une structure d'acier lestée de béton et d'une façade en aluminium composée de 6.400 fenêtres. Baptisées ''blocs de Lego'' par ses détracteurs, les deux tours de verre furent construites entre 1966 et 1973 dans le quartier des affaires à la pointe sud de Manhattan sur Church Street, entre Liberty Street et Vesey Street. Situé près du niveau de la mer, le site choisi avait nécessité une tranchée à même le roc autour du périmètre dans lequel fut coulé du béton pour éviter les infiltrations d'eau. Plus de 91.500 m3 de terre et de détritus furent excavés. Lors de la construction du bâtiment en lui-même, plus de 200.000 tonnes d'acier et 413.000 m3 de béton furent engloutis dans la structure. Véritable symbole de la puissance économique américaine, le World Trade Center avait déjà été la cible d'un attentat au camion piégé le 26 février 1993 qui avait fait six morts et plus d'un millier de blessés.

A WASHINGTON, UNE PARTIE DU PENTAGONE S'EST EFFONDREE

ET DES EXPLOSIONS FRAPPENT LA MAISON BLANCHE ET LE STATE DEPARTMENT

Un troisième avion s'est écrasé sur le Pentagone en plein coeur de Washington, déclenchant une gigantesque explosion.

Au même moment, un incendie a provoqué l'évacuation de la Maison blanche. Des témoins rapportent qu'une colonne de fumée s'élève des jardins de la résidence officielle du président américain. Les media occidentaux se tairont ensuite sur cette quatrième attaque, sans doute parce quelle touche directement au prestige déjà bien ébranlé du président Bush.

Tous les bâtiments de l'administration - notamment le Capitole et le département du Trésor - ont été évacués. Selon un témoin sur place, l'appareil qui s'est écrasé sur le Pentagone était un avion de ligne qui semble avoir accéléré à l'approche du bâtiment abritant le secrétariat américain à la Défense.

Plus de 20.000 personnes - civils et militaires - travaillent dans l'immeuble. Ils ont été évacués vers les parkings, suivant des alarmes lumineuses bleues et blanches ainsi que de puissantes sirènes. Lisa Burgess, journaliste du quotidien de l'armée américain, a raconté qu'elle se trouvait dans un couloir non loin du lieu de l'explosion. Elle a été projetée à terre par le souffle de l'explosion. Les parties du bâtiment qui ont été touchées abritaient la force aérienne du corps des Marines ainsi que plusieurs bureaux de l'armée de terre et de la marine. Une section de l'immeuble située près de l'impact de l'explosion s'est effondrée et a pris feu, envoyant une épaisse colonne de fumée grise dans le ciel de Washington.

Parallèlement, le département d'Etat qui se trouve également dans la capitale fédérale, autrement dit le ministère des Affaires étrangères outre-Atlantique, a également été évacué. Une voiture piégée a explosé, selon une chaîne américaine. Un haut responsable des services de sécurité a évoqué lui aussi la possible explosion d'une voiture piégée devant le département d'Etat.

La Maison Blanche, siège de la présidence a été évacuée sur ordre des services secrets par crainte d'une nouvelle attaque terroriste.

LA CAPITALE FEDERALE AMERICAINE PLONGEE DANS LA TERREUR

Ron Fournier décrit pour AP le chaos et la terreur qui frappe la capitale de l'empire américain : "Après New York, Washington plongée dans la panique et le chaos. Le Pentagone, centre nerveux de l'armée américaine, a été frappé de plein fouet mardi par un avion qui est venu s'écraser sur lui. Des explosions ont retenti à proximité du département d'Etat et du Capitole. La Maison Blanche et le Congrès ont été évacués. L'armée a été déployée. C'est un coup direct et dévastateur qu'a subi le Pentagone qui abrite le ministère de la Défense et de l'état-major des armées américaines".

Le porte-parole du Pentagone, Glenn Flood, a fait état d'un nombre de blessés ''considérable'' et d'un nombre de morts ''indéterminé''. Toutefois, a-t-il précisé aux journalistes, ''les dirigeants du Département de la Défense sont indemnes; le secrétaire (à la Défense, Donald Rumsfeld, NDLR) est indemne''. Après avoir été percuté par l'avion, le bâtiment du Pentagone a pris feu, et l'une des cinq ailes de cet édifice pentagonal s'est partiellement effondrée. Il s'agit de l'aile située à l'opposé de celle où se trouvent les bureaux de M. Rumsfeld. Des explosions secondaires ont été signalées après le gigantesque choc initial, tandis que d'épais nuages de fumée s'élevaient au-dessus du fleuve Potomac et en direction de la capitale fédérale. Le Pentagone est situé à l'extérieur de la ville.

Dans la suite de ces attentats et explosions, la Maison Blanche et le Congrès, les deux principaux symboles de la puissance et de la démocratie américaines, ont été précipitamment évacués. Des agents de services de sécurité munis d'armes automatiques patrouillaient l'enceinte de la Maison Blanche. Même scénario aux Départements d'Etat, de la Justice et du Trésor qui ont reçu ordre d'être évacués, tout comme le siège de la CIA.

Plusieurs hauts responsables du Pentagone ont été évacués du Pentagone à la suite de l'attentat, vers une destination non précisée. La police a fait évacuer les abords du complexe et installer une antenne médicale d'urgence sous une bretelle d'autoroute.

Contrairement à ce qui était prévu, le président George W. Bush, qui se trouvait en Floride au moment des attaques, n'est pas rentré finalement à Washington, mais a été conduit par avion, en lieu sûr, sur la base aérienne de Barksdale en Louisiane. Le vice-président américain Dick Cheney se trouvait, lui, à Washington. Lui et Laura Bush, l'épouse du président, ont été conduits vers un lieu sûr tenu secret, selon des responsables. Les dirigeants du Congrès ont quitté rapidement le Capitole pour se mettre en sécurité.

Après les attaques, les autorités ont immédiatement commencé à déployer les troupes, notamment un régiment d'infanterie légère. ''C'est un second Pearl Harbor. Je ne crois pas exagérer'', a déclaré le sénateur Chuck Hagel, en faisant référence à l'attaque surprise qui avait pris de court les services secrets américains et propulsé les Etats-Unis dans la Seconde guerre mondiale il y a 60 ans. ''Cela montre dans quel monde incontrôlable nous vivons. C'est fou, sauvage et fou'', a renchéri le sénateur Herb Kohl.

Le bilan des victimes au Pentagone pourrait se situer entre 100 et 800 morts, a évalué mercredi matin le chef des pompiers chargés de la lutte contre l'incendie au ministère de la Défense américain. Il faudra plusieurs jours avant qu'un bilan précis puisse être connu, a déclaré Edward Plaugher, chef des pompiers du comté d'Arlington. Une partie du toit du Pentagone est la proie des.

Mis en cause, Le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) a démenti être à l'origine des attentats. Les regards se sont alors tournés vers le milliardaire islamiste Oussama ben Laden, qui avait prédit il y a trois semaines une série d'attaques sans précédent contre les Etats-Unis, en raison de leur soutien à Israël.

PENTAGONE: LES REPARATIONS EVALUEES

A DES CENTAINES DE MILLIONS DE DOLLARS

Le coût des réparations après l'attaque contre le Pentagone est évalué à des centaines de millions de dollars et il faudra des années pour reconstruire le bâtiment dans sa forme initiale, a indiqué vendredi un des responsables chargés des bâtiments gouvernementaux. "Je pense que cela coûtera moins d'un milliard (de dollars) mais certainement plus de 100 millions", a déclaré John Irby.

L'avion qui s'est écrasé mardi sur le bâtiment a creusé un large trou dans son aile ouest, où une partie des bureaux venaient juste d'être rénovés.

Les dégâts causés par le feu et l'eau s'étendent bien au-delà de la partie du bâtiment qui a été touchée sur une superficie que M. Irby a estimé à quelque 270.000 mètres carré. Les deux tiers du Pentagone fonctionnaient vendredi.

PANIQUE JUSQU'A LA COTE OUEST !

Même si les attaques n'ont touché que la côte Est, le gouverneur de Californie Gray Davis a ordonné la fermeture de tous les bâtiments du gouvernement dans son Etat. A San Francisco, le maire a également ordonné la fermeture des principaux monuments et bâtiments. Les écoles ont été fermées.

Les parcs d'attractions de Disneyland (Californie) et de Walt Disney World (Floride), ont aussi fermé leurs portes, de même que les studios de cinéma Universal à Los Angeles.

Les liaisons téléphoniques à l'intérieur et avec l'étranger étaient en outre complètement saturées, en raison du volume d'appels de personnes cherchant à savoir si leurs proches étaient sains et saufs.

LE MAC WORLD A PEUR !

"Mardi 11 septembre, les icônes du capitalisme américain ont pris peur", écrit l'AP : "Coca-Cola, le numéro un mondial des boissons sans alcool, a évacué d'urgence son siège à Atlanta en Georgie ; Disney, le leader de l'industrie des loisirs, a interdit l'accès de ses parcs d'attractions en Californie et en Floride ; Procter &Gamble, le premier lessivier de la planète, a fermé ses bureaux sur toute la côte Est… "Nous évacuons notre siège pour maintenir le plus haut niveau de sécurité. Cette décision prend acte immédiatement", a expliqué Doug Daft, le PDG de Coca-Cola, aux 4 000 salariés du siège, une heure et demi après la première attaque à New York".

LA CAPITALE DES ETATS-UNIS DECOUVRE SA VULNERABILITE

Les attaques perpétrées contre les Etats-Unis ont révélé au grand jour la vulnérabilité de la capitale fédérale des Etats-Unis, Washington, et l'absence de préparation face aux situations d'urgence. Ce constat est d'autant plus terrifiant que les experts prévoient que d'autres attentats terroristes d'envergure pourraient à l'avenir frapper Washington, ville hautement symbolique puisqu'elle est le siège du pouvoir.

Les autorités ont dans le passé évoqué de façon explicite le scénario-catastrophe d'une attaque biologique ou chimique contre des bâtiments officiels, le métro ou les musées de la capitale fédérale. En juillet dernier, un exercice de simulation sur l'éventualité d'une attaque chimique contre plusieurs sites de la ville avait permis d'examiner la possibilité d'une évacuation rapide. Mais la réalité semble avoir rattrapé trop vite les autorités, apparemment encore au stade de la planification de leur réponse à une telle situation d'urgence.

"Je pensais qu'il existait un plan pour répliquer à ces catastrophes", confie à l'AFP le professeur Richard Bennett, un juriste spécialisé dans les questions de sécurité à Washington, en exprimant désormais quelques doutes. Lorsqu'à 9H40 (13H40 GMT), mardi 11 septembre au matin, un Boeing 767 s'abat sur le Pentagone, en Virginie, à la frontière sud de la ville, la surprise est totale aux Etats-Unis et dans la capitale. Les standards téléphoniques se sont effondrés en quelques minutes, les bouches de métro ont été prises d'assaut, de même que les voitures particulières, provoquant des embouteillages monstres. Pire: le système de télévision interne de la municipalité, sensé s'activer en cas d'urgence pour donner des instructions au public, est resté muet, laissant la population de la capitale dans le brouillard. Seuls les employés municipaux ont été informés par courrier électronique de l'ordre d'évacuation de la mairie donné par le maire, Anthony Williams. Selon le Washington Post, la police a appris par les médias locaux que les 180.000 fonctionnaires travaillant dans la ville avait été autorisés à rentrer chez eux.

"Manifestement, d'après ce que nous avons constaté après cette attaque sans précédent, nous avons besoin d'un niveau supérieur de préparation", a admis M. Williams dans un entretien publié lundi par le Washington Post. La lenteur de la réaction a surtout été ressentie parmi les 3.800 policiers de la capitale et leur commandement. Le ballet hystérique dans les artères de la ville des voitures de police et des camions de pompiers, toutes sirènes hurlantes, n'a fait que confirmer l'impression de confusion. Interrogé par l'AFP, un porte-parole de la police de Washington n'a pas été en mesure de réagir à ces informations.

Du coup, au cours des derniers jours, les administrations concernées se sont alarmées.

Les hôpitaux découvrent au lendemain des attentats qu'ils ne sont pas équipés d'un nombre suffisants de lits et de personnel en cas de crise, pas plus qu'ils ne disposent de moyens de communiquer en cas de coupure des lignes téléphoniques.

JOIE DE PALESTINIENS A NAPLOUSE ET JERUSALEM-EST

Aux cris de ''Allah est grand'', environ 3.000 Palestiniens ont manifesté leur joie mardi à Naplouse (Cisjordanie) après les spectaculaires et dramatiques attentats survenus à New York et à Washington. Nawal Abdel Fatah, 48 ans, vêtue d'une longue robe noire, s'est dite heureuse car ''l'Amérique est la tête du serpent. L'Amérique est toujours au côté d'Israël dans la guerre qui est menée contre nous''. Sa fille Maïssoun, 22 ans, a dit espérer des attaques semblables à Tel Aviv. A Jérusalem-Est, il n'étaient qu'une vingtaine, dont de jeunes enfants encadrés par des adultes. Certains automobilistes ont appuyé sur leurs avertisseurs sonores et fait le V de la victoire depuis leur fenêtre, dit AP.

Des centaines de Palestiniens ont accueilli dans la liesse les attentats qui ont frappé New York et Washington, dans la ville sous autorité palestinienne de Naplouse, en Cisjordanie, et à Jérusalem, précise Reuters. Des centaines de Palestiniens distribuaient des bonbons, tandis que d'autres ont tiré des coups de feu en l'air, dans la ville de Naplouse. Pendant ce temps, plusieurs dizaines d'autres Palestiniens exprimaient leur joie dans les rues de la partie arabe (Est) de Jérusalem. "J'ai l'impression d'être dans un rêve. Je n'avais jamais cru qu'un jour les Etats-Unis pourraient être amenés à payer le prix de leur soutien à Israël", a déclaré Moustafa, un jeune Palestinien armé de 24 ans. "Nous sommes si heureux que l'Amérique ait été frappée. L'Amérique s'oppose à nous dans son soutien à Israël", a déclaré un autre manifestant.

Faisant écho à ces expressions de joie, des Palestiniens armés ont tiré des coups de feu en l'air dans des camps de réfugiés du Liban à l'annonce des attentats, dont des images sont retransmises par des télévisions locales. "Les Etats-Unis et Israël ne font qu'un. C'est le résultat de la politique américaine", a déclaré l'un des hommes armés.

UN EXEMPLE DU SOUTIEN US A ISRAEL

Le 14 juin 2001, l'AFP écrivait ce qui suit : "M. Bush a rendu hommage à M. Sharon et "à la patience dont il fait preuve" en affirmant "comprendre les pressions auxquelles il fait face (...)". "Israël ne négociera pas sous le feu et la terreur (...) si nous le faisions nous n'obtiendrions jamais la paix", a dit Sharon : Israël veut vraiment la paix. Israël veut coloniser en paix. Il a souligné que cinq Israéliens avaient été tués la semaine dernière: "C'est comme si aux Etats-Unis 250 à 300 personnes perdaient la vie à la suite d'actes de terreur". Intéressant : selon ces calculs macabres, plus de 500 palestiniens tués et des milliers gravement blessés, c'est comme si aux USA 30.000 personnes étaient tués et des centaines de milliers blessés suite aux actes de terreur d'Israël ...

LA JOIE DANS LES RUES DE RAMALLAH

"L'Autorité palestinienne n'a pu éviter les scènes de liesse", écrit ALEXANDRA SCHWARTZBROD, envoyée spéciale deReuters.

"Bush est un terroriste pire encore que Sharon. Toutes les souffrances du monde viennent de Bush" dit un manifestant palestinien sur la place des Lions, centre névralgique de Ramallah.

Un homme en kaki s'éloigne d'un groupe de policiers palestiniens, s'engouffre dans sa luxueuse voiture et intime l'ordre à son chauffeur de démarrer. "Je n'ai rien à dire... juste que je suis désolé pour ce qui s'est passé aux Etats-Unis." Le gouverneur de Ramallah vient de faire la tournée des endroits "chauds" de la capitale de Cisjordanie. Laissant une consigne aux forces de l'ordre: faire en sorte qu'il n'y ait pas de mouvements de liesse; éviter de donner au monde entier l'impression que les Palestiniens se réjouissent des attentats commis contre les intérêts américains. De toutes les rues, des policiers affluent, kalachnikov à l'épaule, l'œil braqué sur les groupes de chebab (jeunes palestiniens) qui pourraient se transformer en émeutiers.

A peine la nouvelle des attentats connue, des manifestations de liesse ont pourtant éclaté dans certaines rues de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. La plupart ont été contenues par les forces de sécurité dépêchées par l'Autorité palestinienne.

Les jeunes, eux, n'attendent qu'un signe pour se regrouper et faire la fête. "Et si on allait jeter des bonbons sur la place!" s'exclame le meneur d'une bande qui marche d'un pas pressé vers la place des Lions, sans prendre garde aux plus âgés qui, sur le pas de leur boutique, fument le narguilé, impassibles. "L'Amérique soutient Israël et Israël nous tue! Les Américains sont donc nos ennemis!" s'emporte l'un d'eux. "J'ai été très heureux quand j'ai entendu la nouvelle. Non pas que je n'aime pas les Américains. Mais c'est eux qui équipent les Israéliens en F-16 et en armes... des armes qui sont utilisées pour nous tuer", souligne un deuxième. "Cela va peut-être montrer enfin au monde ce qui risque de se produire si on continue à fermer les yeux sur nos souffrances", suggère un troisième.

Plus loin, un autre groupe attend que la tension monte, appuyé contre une rambarde affichant le portrait d'Abou Ali Moustapha, le leader du FPLP, assassiné le 27 août dernier par les forces israéliennes. "Que l'Autorité palestinienne le veuille ou non, on va faire la fête car Bush est un terroriste pire encore que Sharon. Toutes les souffrances du monde viennent de Bush!"

Les filles seraient presque les plus virulentes. "Je suis très contente de voir que des gens sont capables d'attaquer de l'intérieur ce pays surpuissant... et je peux vous dire que je ne suis pas la seule à me réjouir..." affirme une élégante Palestinienne, la cinquantaine. "C'est une réaction à ce que font les Etats-Unis. Je suis désolée pour les enfants qui ont été tués aujourd'hui là-bas, mais les Américains et les Israéliens tuent aussi beaucoup d'enfants en Irak et en Palestine", estime une jeune fille de 15 ans.

Devant la mosquée, un groupe d'hommes se concertent. "Les musulmans et les Arabes haïssent les Américains de plus en plus chaque jour. Pendant des mois, des dizaines de résolutions des Nations unies ont été appliquées contre l'Irak, mais, en cinquante-trois ans, pas une seule n'a été appliquée contre Israël!".

Certains s'inquiètent de possibles représailles. "En général, quand quelque chose de terrible arrive dans le monde, c'est nous qui souffrons ensuite."

A GAZA, UN SENTIMENT DE REVANCHE TEINTE D'INQUIETUDE

Les Palestiniens de Gaza, surpris à l'heure de la sieste par la nouvelle des attaques perpétrés sur le sol américain, hésitaient mardi entre un sentiment de revanche sur Washington, indéfectible allié d'Israël, et la crainte d'en subir les retombées. "Six avions! Dieu est grand", s'exclame un chauffeur de taxi en levant un index triomphal vers le ciel. Mais les klaxons et autres manifestations de joie qui saluent traditionnellement les actions anti-israéliennes des mouvements palestiniens restent remarquablement discrets. "C'est Dieu qui a fait tomber ces avions!", s'enthousiasme pourtant un adolescent de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, venu les rejoindre. "Une opération pareille, ça demande de l'intelligence", siffle-t-il, admiratif. Dans les rues du centre-ville, les passants déambulent comme à l'ordinaire.

L'Autorité palestinienne a fermement condamné les attentats. "Nous ne sommes pas des terroristes", assure Hazem Aouda, un étudiant en mathématiques, qui considère cependant ces attentats anti-américains comme légitimes. "Peut-être que les Etats-Unis vont changer leur politique au Proche-Orient, totalement alignée sur Israël", dit-il, évoquant le retrait des délégations américaine et israélienne à la conférence de l'ONU sur le racisme à Durban (Afrique du Sud). "Tous les Palestiniens se réjouissent de voir les Etats-Unis frappés au coeur même de leur puissance", estime son camarade Hazem Kamel. "Les armes (israéliennes) qui tuent nos enfants tous les jours, des fusils aux avions, sont de fabrication américaine", rappelle-t-il. Le visage d'un jeune qui dit s'appeler Mahmoud s'éclaire à la mention des événements de New York. "Nous sommes en colère contre l'Amérique!", proclame-t-il, suivant les derniers développements avec deux de ses amis sur la radio d'une camionnette garée devant un salon de coiffure.

Beaucoup de jeunes Palestiniens de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, expriment leur admiration pour le principal suspect de ces opérations, personnage nimbé de mystère, guère connu pour ses liens avec leur lutte contre l'occupation israélienne. A Khan Younès, l'un des endroits des territoires où ont été signalées des manifestations de joie, la nouvelle avait été précédée de la mort d'un Palestinien de 25 ans, Mohammad Chaqfa, tué par des tirs israéliens dans un taxi assurant la liaison avec Deir al-Balah (centre).

Comme toutes les autres personnes interrogées à Gaza, qui ont préféré donner uniquement leur prénom, Saleh, 32 ans, épicier au centre-ville, confirme avoir entendu des salves de joie dans la soirée. "Ce que nous avons subi, ils le vivent à présent.

Des démonstrations de joie et des manifestations anti-américaines se sont, par ailleurs, déroulées dans plusieurs camps de réfugiés palestiniens au Liban.

LA PEUR D'ARAFAT

Comme le président palestinien Yasser Arafat, le Premier ministre libanais Rafik el-Hariri a quant à lui rapidement adressé ses condoléances au président américain George Bush, déclarant que ces "actions tragiques sont en contradiction aveec toutes les valeurs religieuses et humaines". Yasser Arafat a fermement "condamné" ces attentats, qu'il a qualifiés de "totalement inacceptables", et a présenté ses condoléances "au peuple américain, au président Bush et à son gouvernement". "Nous condamnons totalement" ces attentats, a-t-il déclaré à la presse à Gaza.

L'Autorité palestinienne, qui a immédiatement condamné les attentats aux Etats-Unis, a catégoriquement nié toute expression de liesse populaire, susceptible de ruiner des mois d'efforts pour obtenir une première visite à Washington du président Yasser Arafat sous l'actuelle administration américaine.

SENTIMENTS MITIGES DANS UN CAMP PALESTINIEN DE SYRIE

Les attentats meurtriers aux Etats-Unis suscitent mercredi dans un camp de réfugiés palestiniens de Syrie des sentiments mitigés: sympathie pour les victimes, mais aussi espoir que Washington en tirera les leçons et modifiera sa politique alignée sur Israël.

Mohammad al-Ahmad, 53 ans, un professeur réfugié en Syrie depuis 1948, témoigne pour l'AFP : Les images de tristesse et de panique aux Etats-Unis lui rappellent celles qu'il voit "tous les jours depuis un an en provenance de la Palestine", où l'Intifada entrera le 28 septembre dans sa deuxième année.

Près de 25.000 Palestiniens habitent le camp Yarmouk, la plus importante agglomération palestinienne en Syrie, également habitée par des ressortissants syriens. Soumer al-Ahmad, 23 ans, se déchaîne contre la politique "déséquilibrée" de l'administration américaine qui suscite "l'hostilité des peuples". Le président américain George W. Bush "n'a rien fait pour la cause palestinienne", affirme-t-il. "Pour les Arabes, Washington encourage l'intransigeance israélienne, par son soutien aveugle" à l'Etat hébreu. En face de sa joaillerie, le mur est tapissé de photos d'Abou Ali Moustapha, le chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) assassiné le 27 août par des missiles israéliens en Cisjordanie. Attentats: Des Palestiniens arrêtés au Koweit pour avoir exprimer leur joie

ARRESTATIONS AU KOWEIT

"Vingt Palestiniens ont été arrêtés au Koweit pour avoir manifesté publiquement leur joie après les attentats meurtriers de mardi à New York et Washington", rapporte jeudi la presse.

Les Palestiniens ont été arrêtés par les services de sécurité dans le quartier de Bneid al-Gar, dans le centre de Koweit, après avoir distribué des douceurs en signe de joie après les attentats, selon le quotidien al-Watan.

"Koweit ne permettra pas de tels comportements et n’accepte pas que pareilles célébrations aient lieu sur son sol", a déclaré un responsable des services de sécurité, cité par la presse.

Le Koweit entretient des relations privilégiées avec les Etats-Unis qui avaient conduit en 1991 la coalition internationale contre l'Irak. Les Palestiniens avaient alors été accusés de soutenir l’armée irakienne et des dizaines de milliers d’entre eux avaient été expulsés du pays après sa libération.

LES EGYPTIENS MECONTENTS DE LA POLITIQUE US

SE FELICITENT DES ATTENTATS

La vague d'attaques sans précédent qui a touché les Etats Unis a été accueillie avec satisfaction dans les rues du Caire par de nombreux Egyptiens, mécontents de la politique américaine au Proche-Orient. "Mabrouk ! mabrouk !" (félicitations) lançaient des passants regroupés autour d'un poste de télévision d'un magasin de la rue Maarouf, dans le centre ville. "C'est bien fait, les Américains ont oublié que Dieu existe, ils nous prennent à la gorge, et ils se trouvent maintenant dans un scénario de film de science fiction, mais cette fois, Rambo n'est pas là pour sauver la Maison blanche", a déclaré à l'AFP Gawish Abdel Kerim, chauffeur dans une ambassade. "C'est la meilleure chose qui soit arrivée depuis la guerre d'Octobre", a-t-il ajouté, faisant référence à la guerre israélo-arabe d'Octobre 1973, où l'armée égyptienne, traversant le Canal de Suez, avait surpris les forces israéliennes. "Ils ont frappé dans le mille", commentaient un peu plus loin deux chauffeurs de taxi, devant une autre boutique du centre-ville.

L'un des principaux alliés des Etats-Unis au Proche Orient, l'Egypte, qui est considérée comme l'un des pays "modérés" de la région, a été le premier pays arabe à signer un traité de paix avec Israël, en 1979. Mais le sentiment de l'homme de la rue semble très éloigné de cette ligne officielle.

"Les Américains sont des lâches qui nous frappent par l'intermédiaire d'autres pays, ils n'ont jamais le courage de nous affronter en face. Maintenant, c'est comme le 6 octobre (1973), le mythe des Etats-Unis imbattables a été détruit", affirmait Khalil Matar, 43 ans, employé dans une savonnerie d'Etat. Une étudiante en première année de l'université polytechnique du Caire, Amira Ryad, faisait à son tour éclater sa haine: "On a vu la tour (une des deux tours du World Trade Center, à New York) s'effondrer. J'aurais aimé que George Bush et son enfant chéri Sharon (Ariel Sharon, Premier ministre israélien) soient ensevelis la dessous". "Il faut que Moubarak (le président égyptien Hosni Moubarak) sache que le peuple n'en peut plus d'être humilié. Mais bien sûr, il n'annoncera jamais la guerre" (contre Israël), a ajouté cet étudiant. Un chauffeur de taxi a pour sa part assuré: "Je vais me prosterner deux fois pour remercier Dieu" des attaques contre les Etats-Unis.

LES ATTENTATS REVELENT LE FOSSE ENTRE

POUVOIR ET OPINION PUBLIQUE EN EGYPTE

L'Egypte est un exemple parmi beaucoup d'autres du divorce des masses arabes avec leur dirigeants.

Les attaques sans précédent qui ont frappé les Etats-Unis mettent en lumière le fossé entre la position officielle de l'Egypte, alliée stratégique de Washington, et une opinion publique nettement plus critique envers les Américains et leur politique au Proche-Orient.

La tonalité du sentiment de l'homme de la rue est violemment anti-américaine. Les réactions à chaud de l'homme de la rue offrent un grand contraste avec le discours officiel, le président Hosni Moubarak ayant quant à lui condamné immédiatement les attentats. "Je suis très triste", a-t-il déclaré, qualifiant les attaques sur le World Trade Center et le Pentagone "d'inimaginables" et "horribles". "Nous dénonçons le terrorisme, quelles que soient les circonstances", ajoutait encore Moubarak. D'années en années, le président égyptien a poursuivi la politique d'ouverture historique menée par son prédécesseur Anouar Al-Sadate, qui devait aboutir à la signature en 1979 du premier traité de paix entre un pays arabe et Israël. Allié privilégié des Etats-Unis, qui versent 1,3 milliard de dollars d'aide militaire annuelle à l'Egypte, Moubarak a organisé de multiples sommets entre Israéliens et Palestiniens pour tenter de résoudre un conflit, aux portes de son pays, qui menace toute la région. Les autorités égyptiennes critiquent certes le président George W. Bush, mais pour lui reprocher principalement son silence et son manque d'initiative pour imposer des solutions au conflit.

Une attitude qui tranche elle aussi avec les mots d'ordre des étudiants du Caire, qui associaient à l'automne dernier Américains et Israéliens dans la même condamnation, brûlant des drapeaux des deux pays.

En contraste aussi avec la presse gouvernementale, sorte de défouloir et de moyen terme entre la ligne officielle et le sentiment de la rue, pour qui le conflit au Proche Orient est devenu "un conflit américano-arabe". Elle avait ainsi publié un photo-montage montrant M. Peres en uniforme de nazi lorsque le prix Nobel de la paix était venu en visite en Egypte. "Il faut que Moubarak sache que le peuple n'en peut plus d'être humilié", affirmait mardi un étudiant à l'université polytechnique du Caire, tentant, après les attentats, d'expliquer sa satisfaction et la frustration des gens ordinaires face à la suprématie américaine. Sans se réjouir de la tragédie que vivent les Etats-Unis, un éditorialiste du journal gouvernemental Al Ahram se demande si on n'assiste pas "au début d'une guerre contre la globalisation". "La vrai raison derrière le terrorisme est l'élargissement du fossé entre le nord et le sud, cette vague de folie de consommation qui envahit le monde, qui favorise les extrémismes de toutes sortes", écrit-il.

FRUSTRATION DES REGIMES ARABES PRO-OCCIDENTAUX

SUR LE DESENGAGEMENT PRO-ISRAELIEN DES AMERICAINS

Même les alliés de Washington au sein du monde arabe sont mécontents. L'exemple jordanien esrt révélateur.

"Les déclarations du roi Abdallah II de Jordanie pour qui les attentats aux Etats-Unis n'auraient pas eu lieu si ce pays avait réglé les problèmes du Proche-Orient, traduisent la frustration des régimes arabes modérés qui déplorent le désengagement américain dans la région", commente l'AFP.

"Si vous (les Etats-Unis) aviez réglé les problèmes du Proche-Orient, notamment la question clé israélo-palestinienne, je doute fort que ceci (les attentats) aurait eu lieu", a déclaré mercredi le roi Abdallah II de Jordanie, qui a été formé dans les écoles militaires américaines, dans une interview à la chaîne américaine câblée CNN. Cette déclaration, d'une franchise inhabituelle, a suscité des commentaires jeudi de hauts responsables jordaniens qui ont tenu prudemment à en rectifier le sens. Interrogés par l'AFP, ils ont souligné que le souverain entendait ainsi encourager les Etats-Unis à s'impliquer sans tarder pour le règlement des problèmes notamment du Proche-Orient.

Ces propos mettent en relief le sentiment de frustration croissant des régimes pro-occidentaux au Proche-Orient tels que l'Egypte et certains pays du Golfe qui regrettent la politique de désengagement observée par les Etats-Unis depuis l'élection de George W. Bush à la Maison Blanche, relèvent des analystes. "Ces gouvernements, confrontés à un mécontentement qui s'aiguise de leurs opinions publiques à l'égard de la politique américaine, avaient ces derniers mois maintes fois exprimé l'espoir que les Etats-Unis interviennent plus directement dans le conflit israélo-palestinien".

Les autorités égyptiennes avaient ainsi récemment mis en garde les Etats-Unis contre des actes terroristes dirigés contre eux, s'ils persistaient à ne pas s'impliquer plus directement dans le conflit. "Si les Etats-Unis ne poussent pas pour trouver une solution à la violence, cette violence pourrait se transformer en terrorisme", avait prévenu le 26 juin le président Hosni Moubarak.

La presse jordanienne se faisait jeudi l'écho des propos du souverain. Pour le quotidien Al-Doustour, le roi a évoqué "la dimension politique" des attentats aux Etats-Unis, en relevant que "l'élimination de l'injustice dont souffrent de nombreux peuples, y comprix ceux de la région, permettrait de tarir l'environnement qui favorise le terrorisme".

LA SYRIE APPELLE A NE PAS CONFONDRE TERRORISME ET RESISTANCE

Alors que les media de l'OTAN ne tarissent pas de cris de victoire sur un "soutien de Damas aux USA", il semble que les mots n'ait pas le même sens en Syrie et en Occident.

"La Syrie a appelé jeudi à ne pas confondre terrorisme et "résistance légitime" contre l'occupation israélienne, après l'annonce américaine de la mise en chantier d'une coalition anti-terroriste mondiale pour répondre aux attentats dévastateurs de New York et Washington", écrit l'AFP.

Le quotidien du parti Baas au pouvoir à Damas, al-Baas, martèle ce point de vue dans un éditorial: "Les Arabes revendiquent le droit légitime à la résistance".

Dans un télégramme diplomatique de condoléances au président américain George W. Bush, le président syrien Bachar al-Assad a appelé à "une entraide mondiale pour éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes et pour protéger les droits de l'Homme les plus élémentaires, dont le droit de vivre en paix et en sécurité". Dans la terminologie syrienne, la phrase "terrorisme sous toutes ses formes", qui figure dans le télégramme, comprend aussi la répression israélienne dans les territoires palestiniens.

La Syrie figure sur la liste du département d'Etat américain des pays soutenant le terrorisme, mais elle s'en défend en affirmant que les organisations palestiniennes radicales basées sur son sol ne font que "résister" à l'occupation israélienne des territoires arabes occupés en 1967. Al-Baas rappelle une déclaration en ce sens du président Hafez al-Assad, père et prédécesseur du chef de l'Etat actuel, décédé en juin 2000. "Nous soutenons sans hésitation les mouvements populaires de résistance contre l'occupation partout dans le monde et nous sommes contre le terrorisme où qu'il soit", avait affirmé Hafez al-Assad en 1987 durant une visite à Athènes, d'après l'éditorial d'al-Baas.

La presse officielle syrienne redoute qu'Israël ne tire profit de la colère des Etats-Unis après les attentats et la canalise contre les Arabes. Le quotidien Techrine tire à boulets rouges sur le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres parce qu'il a appelé le président palestinien Yasser Arafat "à quitter le monde du terrorisme" à la suite des attentats, et s'est prononcé pour une "armée internationale" contre le terrorisme. "La question qui se pose est quel terrorisme Peres veut-il combattre? L'Intifada n'est pas du terrorisme, en dépit de l'intoxication médiatique et du chantage israélien", affirme Techrine. Rappelant que 11 Palestiniens ont été tués mercredi par l'armée israélienne dans les territoires occupés, le journal s'interroge "s'il y a un terrorisme qui doit être combattu plus que le terrorisme israélien?.

Damas espère que l'Amérique réagisse à son choc "par une contribution aux efforts de paix dans le monde", dont le Proche-Orient où sa politique est jugée par de nombreux pays arabes comme alignée sur Israël, dit as-Saoura. "Ce choc confirme que même une superpuissance ne peut pas vivre à l'écart du monde, même avec un bouclier de missiles, surtout s'il ignore ce qui se passe sur terre", affirme le journal.

LES MEDIAS ARABES ACCUSENT ISRAËL DE PROFITER DES ATTENTATS

La presse du Proche-Orient souligne que les Etats-Unis ont brutalement perdu un symbole de leur puissance avec la destruction par deux avions-suicide des deux tours du World Trade Center à New York, plusieurs médias arabes accusant Israël de profiter de cette tragédie.

La presse jordanienne était ainsi unanime à estimer qu'Israël se servait des attentats de mardi aux Etats-Unis pour taxer les Arabes et les musulmans de "terroristes". "Immédiatement après les attentats, les dirigeants d'Israël et le lobby sioniste aux Etats-Unis ont fait des déclarations donnant l'impression à l'Occident que les Arabes et les musulmans sont responsables de ces opérations terroristes", souligne un éditorial du quotidien indépendant Al Arab Al Youm.

Le quotidien semi-gouvernemental jordanien Al Doustour met en garde contre "les tentatives" du Premier ministre israélien Ariel Sharon de "se servir de cet évènement majeur pour couvrir son agression barbare contre les Palestiniens".

Au Caire, le journal gouvernemental egyptien al Akhbar est encore plus direct et rejette ouvertement la responsabilité des attentats sur Israël et sa politique de "colonisation" des Palestiniens sur laquelle Washington s'est aligné. Le journal publie en première page un éditorial intitulé "Le responsable c'est Israël", rédigé par le rédacteur en chef du quotidien, Galal Doueidar.

Le journal Al Hayat édité à Londres met en relief le fait que "La guerre a atteint le coeur de l'Amérique, laissant derrière elle des morts et des blessés".

A Beyrouth, le quotidien An-Nahar souligne que "les américains se sont réveillés sur un nouveau Pearl Harbour en constatant que le symbole de leur puissance économique, le World Trade Center à Manhattan, a été anéanti par deux avions-suicides". Même son de cloche dans les colonnes du journal As-Safir pour qui "Un ennemi a frappé les Etats-Unis avec une violence exceptionnelle qui a atteint les capitales de sa puissance politique, militaire et économique".

A Damas, le journal Al Baas met l'accent sur le fait que les attentats ont pris pour cible "les centres vitaux des Etats-Unis", infligeant "d'énormes pertes en vies humaines et matérielles".

Dans le Golfe, allié des USA, si la presse est unanime pour condamner les attentats et inviter la communauté internationale à coordonner ses efforts pour lutter contre le terrorisme, une partie des journaux évoquent cependant les erreurs de la politique américaine au Moyen-Orient et invitent Washington à ne pas désigner des coupables trop vite. Ainsi au Qatar, le journal al-Watan appelle les autorités américaines à "ne pas attribuer précipitamment les attentats à des parties arabes ou islamiques, car cela risque d'exacerber le ressentiment populaire" contre les Etats-Unis.

La presse officielle irakienne est la seule dans la région à se réjouir ouvertement de ces attaques, le quotidien al-Iraq jugeant que les attentats constituaient "une leçon pour tous les tyrans, les oppresseurs et les criminels". "Les dirigeants américains devaient s'attendre à une telle leçon car ils ont fait preuve d'une insupportable cruauté envers les peuples et cela a fini par leur exploser à la figure, détruisant leus symboles et faisant pleurer amèrement les Américains" ajoute le journal. Pour Al-Irak, "ce sont le prestige, l'arrogance et les institutions de l'Amérique qui brûlent". L'Amérique "récolte les fruits de sa politique arrogante et stupide", écrit le quotidien pour qui "le mythe de l'Amérique s'est effondré avec le World Trade Center de New York".

Le quotidien palestinien "Al Qods" rappelle que "toutes les organisations palestiniennes nient leur implication dans l'attentat". Mais il publie aussi la déclaration d'Abbas Zaki, un membre éminent du Fatah, selon lequel, "l'Amérique récolte maintenant ce qu'elle a semé". Et de poursuivre : "Vu l'extrémisme et la terreur déversés par Israël, un tel attentat était prévisible. Le sort de la Palestine est la préoccupation de millions de personnes dans le monde ; le terrorisme ne peut donc pas se limiter à un seul endroit dans le monde." Plus radical, "Al Hayat al-Jadida", qui exulte : "Ces kamikazes sont les nobles successeurs de ceux qui les ont précédés au Moyen-Orient. Ils sont le sel de la Terre, les moteurs de l'histoire. Ils sont les plus honorables parmi nous."

Le journal libanais "An Nahar", pour sa part, s'étonne de la vulnérabilité des Etats-Unis. "Bush a déclaré que la liberté était visée ; en réalité, c'était plutôt la force. Mais la force est incapable de se défendre. Elle peut certes riposter, se venger et emporter la victoire comme après l'attaque de Pearl Harbour durant la Seconde Guerre mondiale. Mais il y a quelque chose dans la nature de la force qui la rend impuissante." Les Américains ont été incapables de régler sur le plan politique certains problèmes dans le monde, insiste le quotidien, qui cite la guerre en Tchétchénie et le conflit israélo-palestinien. "Cela ne sert à rien de dépenser des millions de dollars pour un bouclier antimissile. Le vrai danger ne vient pas des pays qui ont l'arme nucléaire, mais des peuples opprimés, affamés ou sous-développés. Les Américains devraient plutôt s'occuper de ces crises-là."

Le quotidien pan-arabe, "Al Quds al-Arabi" exprime ses regrets mais aussi ses critiques : "Oussama Ben Laden et ses partisans sont montrés du doigt et il est question de la grande vengeance américaine. Mais que feront les Etats-Unis cette fois-ci ? L'Afghanistan a déjà eu droit à un bombardement américain gigantesque, avec plus de 75 missiles qui se sont abattus sur des objectifs dans sept régions afghanes. Qu'y a-t-il encore à bombarder dans ce pays ? L'Afghanistan qui accueille Ben Laden est complètement détruit et les conditions de vie de la population relèvent de la préhistoire, d'autant plus que le pays subit un embargo économique décrété par les Américains."

Au Pakistan, "The News" estime que "l'administration Bush ne doit pas se laisser emporter par la vague d'émotion suscitée par ces atteintes. Il faut résister au manichéisme hollywoodien."

MAROC: LA PRESSE CONDAMNE MAIS SOULIGNE

LE LIEN AVEC LA POLITIQUE AMERICAINE

Controlée par le gouvernement pro américain de Mohamed VI, la presse marocaine a largement condamné mercredi les attentats perpétrés aux Etats-Unis mais tout en insistant sur le lien entre ces événements dramatiques et la politique américaine au Moyen Orient.

Pour L'Opinion, journal de l'Istiqlal (nationaliste, coalition gouvernementale), "on ne peut dissocier cela (les attentats) de la crise qui sévit au Moyen-Orient et principalement d'Israël et de sa politique arrogante". Tous les chefs d'Etat arabes, affirme ce journal, avaient attiré l'attention des dirigeants américains sur "le fait que la politique d'Ariel Sharon allait mener à la catastrophe". "Les Américains ont continué à faire la sourde oreille et ce sont d'innocents citoyens américains qui payent l'aveuglement de la politique de leur gouvernement", ajoute-t-il.

Al Alam, journal en arabe de l'Istiqlal, se demande lui aussi si les attaques de New York et Washington ne sont pas liées "à la politique américaine de soutien à l'agression israélienne sioniste contre le peuple palestinien". "Ce genre d'événements, ajoute Al Alam, ne prendra fin qu'avec une paix qui reconnaisse les droits d'un peuple palestinien et son droit à un Etat indépendant avec Al Qods (Jérusalem) pour capitale".

Le journal Libération (socialiste) estime de son côté que "si le lien avec la tragédie du Proche-Orient ne peut être exclu, il n'y a aucune raison pour qu'il soit plus pertinent que la relation avec d'autres conflits où l'Amérique est engagée". Ce quotidien ajoute qu'en voyant ces avions "s'écraser sur la première puissance militaire du monde (...), rien ne pouvait écarter l'idée que cette troisième guerre mondiale tant redoutée pourrait bien avoir cette forme terroriste-là".

L'hebdomadaire "Le Journal", qui publie une édition spéciale, renvoie à "l'insupportable partialité" des Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien qui a "cristallisé la frustration de nombre de peuples opprimés et plus spécifiquement des peuples arabes". Il estime que les attentats du 11 septembre "démontrent une fois encore que l'injustice extrême mène au désespoir extrême, lequel mène à l'horreur extrême".

POUR L'IRAK, LES ATTENTATS SONT UNE LEÇON

INFLIGEE AUX "TYRANS" AMERICAINS

Les médias officiels en Irak, ennemi juré de Washington, ont accueilli mercredi comme une "leçon" infligée aux "tyrans américains" les attentats meurtriers de la veille à New York et Washington.

Sous le titre "L'Amérique brûle", le quotidien Al-Irak affirme que "ce qui s'est passé aux Etats-Unis hier est une leçon pour tous les tyrans, les oppresseurs et les criminels". "Les dirigeants américains devaient s'attendre à une telle leçon, car ils ont fait preuve d'une insupportable cruauté envers les peuples et cela a fini par leur exploser à la figure, détruisant leurs symboles et faisant pleurer amèrement les Américains", ajoute le journal. Pour Al-Irak, "ce sont le prestige, l'arrogance et les institutions de l'Amérique qui brûlent". "L'Amérique sauvage et atteinte de la folie des grandeurs a infligé l'humiliation, la famine et le terrorisme à tous les pays du monde, et aujourd'hui elle récolte les fruits de sa politique arrogante et stupide", ajoute le quotidien. "Quelle que soit la partie qui a commis ces attentats, elle a traîné la dignité du gouvernement américain dans la boue et démasqué son arrogance vaine. Un Etat ne peut être puissant s'il est incapable de se défendre à l'intérieur", poursuit Al-Irak. Selon lui, "le mythe de l'Amérique s'est effondré avec le World Trade Center de New York. La grande puissance qui a semé la terreur partout dans le monde a été hier terrifiée, affolée et humiliée".

La télévision d'Etat a présentés mardi soir les attaques comme "le fruit des crimes américains commis contre l'humanité". "Les cow-boys américains récoltent les fruits de leurs crimes commis contre l'humanité et (ces attentats) sont une gifle douloureuse donnée aux politiciens américains", a estimé le commentateur de la télévision."C'est un jour noir dans l'histoire des Etats-Unis, qui goûtent la pire des défaites pour leurs crimes et leur mépris à l'égard de la volonté des peuples qui aspirent à une vie libre", a poursuivi la télévision irakienne. "La destruction des centres de pouvoir américains est la destruction de la politique américaine qui a dévié des valeurs humaines pour se ranger du côté du monde sioniste, continuer à massacrer le peuple palestinien et appliquer les plans américains pour dominer le monde sous la couverture du soit-disant +nouvel ordre mondial+", a poursuivi la télévision.

POUR NOMBRE DE MALAISIENS, "L'AMERIQUE A EU CE QU'ELLE MERITAIT"

Titre le correspondant de l'AFP à KUALA LUMPUR : "Pour nombre de Malaisiens, dont le pays a l'islam pour religion officielle, "l'Amérique a eu ce qu'elle méritait"... Beaucoup ajoutent aussitôt que les Etats-Unis ont récolté ce qu'ils avaient semé et que le sort des Palestiniens alimente la colère des masses musulmanes".

Ainsi l'Utusan, journal modéré de Kuala Lumpur, écrit jeudi que "la leçon de la tragédie des Etats-Unis est que le fort ne doit pas oppresser le faible".

Pour Khalid Ismail, homme d'affaires de la capitale malaisienne, "quand vous poussez le gens à bout, ils répondent". "Bien sûr, que je suis triste pour ceux qui sont morts, mais je crois que l'Amérique a eu ce qu'elle méritait", s'exclame Mona Yahya, 29 ans, banquier à Kuala Lumpur. "Si vous comparez avec ce qu'Israël fait aux Palestiniens, c'est dix fois plus que ce que les terroristes musulmans, s'ils sont derrière tout cela, ont fait aux Etats-Unis jusqu'à présent", dit à son tour Maisuharah Basaruddin, 23 ans, étudiant en comptabilité.

RÉACTIONS DES MEDIA DE L'OTAN

Au lendemain de la terrible attaque sur New York et Washington, la presse occidentale, qui s'autoqualifie de mondiale, se montre évidemment solidaire avec les Etats-Unis.

A quelques exceptions près... "L'Amérique attaquée" : ce titre fait aujourd'hui le tour du monde. Du "Financial Times" de Londres jusqu'au "New Straits Times" de Kuala Lumpur, en passant par la "Frankfurter Allgemeine Zeitung", les rédacteurs en chef de la planète ont eu le même réflexe. El País parle d'"actes de barbarie", et "The Daily Telegraph" exige qu'on en finisse "avec la complaisance envers le terrorisme". Quant au rédacteur en chef du "Corriere della Sera", il lance le mot d'ordre de la solidarité occidentale : "Nous sommes tous américains."

En Russie, "Kommersant" , libéral et pro occidental, annonce le début de la "Troisième Guerre mondiale". Il s'agit en l'occurrence de la guerre du "pays le plus puissant du monde contre le terrorisme international". Les "Izvestia" quant à elles parlent de "choc des civilisations" entre la Chrétienté et l'Islam, à l'instar des théses élaborées pour le Pentagone du politologue américain Samuel Huntington.

En Israël, où l'on a perdu tourte retenue, "The Jerusalem Post" évoque "le nouvel empire du Mal" et constate que "les barbares sont à nos portes". Extraits : "Nous sommes malades de voir à nouveau les Palestiniens danser dans les rues et exprimer leur haine envers nous et envers les Américains. Il faut frapper fort."

LES RUSSES CRITIQUES A L'EGARD DES AMERICAINS

Le Kremlin a interdit toute manifestation anti-américaine. Interrogés dans les rues de Moscou, les Russes se montraient donc compatissants à l'égard des Etats-Unis frappés par une série d'attentats sans précédent, mais certains énonçaient aussi des critiques à l'égard des Américains qui "ont voulu diriger le monde". "C'est affreux, tant de gens innocents tués. Quand je l'ai vu à la télévision, j'ai cru que c'était une guerre qui commençait", dit Zinaïda, une employée de bureau d'une cinquantaine d'années. "Et puis, je me suis dit: les Américains ont voulu gouverner le monde, ils ont donné l'ordre de détruire l'Union soviétique, ils voient maintenant ce que cela coûte, d'être seuls maîtres à bord".

LONDRES : LE PLUS FIDELE CANICHE

DE WASHINGTON POUR NE PAS CHANGER

La Grande-Bretagne, alliée proche de Washington, a offert mardi toute l'aide possible aux Etats-Unis pour retrouver les auteurs des attentats. Le Premier ministre Tony Blair s'est déclaré terriblement choqué par les attentats. La voix tremblante d'émotion, Tony Blair, dont les avions frappent chaque jour le peuple irakien, a estimé que ce terrorisme de masse est le nouveau fléau de notre monde d'aujourd'hui. "Il est perpétré par des fanatiques qui sont complètement indifférents au caractère sacré de la vie humaine "

ATTENTATS AUX ETATS-UNIS:

ISRAËL PERD TOUTE RETENUE

Israël a pointé un doigt accusateur en direction des extrémistes musulmans à la suite des attaques qui ont frappé mardi les Etats-Unis, alors que la direction palestinienne les a dénoncés et qu'ils suscitaient des manifestations de joie dans la population des Territoires. Dans un entretien téléphonique avec l'ambassadeur américain en Israël, Daniel Kurtzer, le Premier ministre Ariel Sharon a affirmé que l'Etat juif était "prêt à accorder son aide aux Etats-Unis par tous les moyens possibles". Le gouvernement israélien a ainsi offert d'envoyer aux Etats-Unis des équipes de secours spécialisées dans le sauvetage de victimes prisonnières de bâtiments effondrés et dotées de matériels appropriés. Pour sa part, le ministre israélien de la Défense, Binyamin Ben Eliezer, a dénoncé dans un communiqué la menace que fait planer sur le monde "le terrorisme de l'islam extrémiste". "Le terrorisme de l'islam extrémiste représente la principale menace qui plane de nos jours sur le monde libre", a-t-il affirmé. Le ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, a, pour sa part, estimé que cette vague d'attentats sans précédent devait "forcer le monde à s'organiser pour lutter sans compromis contre le terrorisme".

L'heure est venue de "détruire les régimes terroristes", affirme pour sa part Netanyahu. L'heure est venue de "détruire les régimes terroristes, à commencer par l'Autorité palestinienne", a déclaré mardi soir l'ancien Premier ministre israélien de droite Benjamin Netanyahu, après les attentats d'une ampleur sans précédent qui ont frappé les Etats-Unis. "Ce qui s'est passé aux Etats-Unis est un tournant historique" a déclaré M. Netanyahu à la télévision publique israélienne. Il a appelé à la "formation d'un front international contre le terrorisme". L'heure est venue de "détruire les régimes terroristes, à commencer par l'Autorité palestinienne", a ajouté Netanyahu. Ce dernier, s'appuyant sur l'extrême droite, a multiplié ces dernières semaines les critiques contre la ligne politique de M. Sharon jugeant qu'elle n'était pas assez ferme envers les Palestiniens et a prôné une opération militaire de grande envergure contre l'Autorité palestinienne de Yasser Arafat.

Israël a décrété une journée de deuil pour mercredi, a annoncé le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres. ''Nous sommes avec l'Amérique'', a expliqué Pérès à l'Associated Press.

Le Congrès juif européen, lui, appelle ''tous les partis et syndicats européens'' à manifester contre le terrorisme PARIS, confirme l'AP. Quelques heures après les attentats perpétrés aux Etats-Unis, le Congrès juif européen a exprimé mardi ''son horreur et son effroi devant le terrorisme fanatique''. Qualifiant les attentats de ''véritable crime contre l'humanité'', le Congrès juif appelle dans un communiqué ''les pays européens à s'engager solidairement avec les Etats-Unis pour combattre par tous les moyens le terrorisme''. L'organisation propose ainsi ''à tous les partis et syndicats européens d'organiser le même jour des manifestations contre le terrorisme dans toutes les capitales d'Europe''.

LES PROJETS DES FASCISTES ISRAELIENS

L'AFP évoque "l'ouragan huttingtonien qui emporte commentateurs et politiciens israéliens", "Jusqu'à la tentation, pour Israël, de "finir la guerre de 1948", comme l'a récemment revendiqué Ariel Sharon. Les déclarations récentes, à faire frémir, de deux ministres israéliens fascisants sont désormais prises avec plus de sérieux. Le premier, Rehavaam Zéévi, propose de "transférer" tous les Palestiniens "à l'est du Jourdain". Le second, Avigdor Lieberman, a récemment présenté à Ariel Sharon un "plan de cantonisation" des Palestiniens sur 40% des territoires occupés, proposant d'y envoyer aussi… le million de Palestiniens de nationalité israélienne !"

LA CLASSE POLITIQUE FRANCAISE UNANIME :

LE PARTI AMERICAIN FAIT FRONT DERRIERE LES USA

Les attaques aux Etats-Unis, que plusieurs personnalités françaises comparent justement à des "actes de guerre", ont provoqué la mobilisation du président Jacques Chirac et du Premier ministre Lionel Jospin et un appel unanime de la classe politique à lutter contre le terrorisme. M. Chirac a exprimé son "immense émotion" après "ces attentats monstreux" et souligné que "le peuple français tout entier était aux côtés du peuple américain" (sic). Il a écourté la visite qu'il effectuait en Bretagne pour convoquer aussitôt un conseil restreint à l'Elysée. Jospin, qui avait auparavant réuni les ministres concernés, a "condamné ce recours abominable à la violence terroriste", soulignant "la gravité sans précédent" des attentats.

Allant plus loin, certains, dans la classe politique, parlent "d'actes de guerre" (le président de Démocratie Libérale Alain Madelin), "d'état de guerre" (le leader de l'UDF François Bayrou), de "logique de guerre" (la secrétaire nationale des Verts – qui virent au Kaki - Dominique Voynet), voire de "guerre mondiale larvée" (le député RPR Pierre Lellouche). Tous appellent à la lutte contre le terrorisme, certains soulignant aussi la nécessité de résoudre les conflits, notamment celui du Proche Orient, qui favorisent son émergence, d'autres désignant les intégristes islamistes.

Ainsi, pour le chef de la diplomatie française Hubert Védrine, "quand on en saura plus, il faudra réfléchir aux façons d'éradiquer les causes du terrorisme partout dans le monde". Le premier secrétaire du PS François Hollande a appelé "à la mobilisation internationale pour apporter une solidarité à l'égard des Etats-Unis, mais aussi une action vigoureuse contre le terrorisme à l'échelle de la planète". La présidente du RPR, Michèle Alliot-Marie, a estimé que "le terrorisme est devenu la menace majeure dans le monde", à combattre "avec la plus extrême fermeté et la plus grande unité de la part des gouvernements démocratiques".

Le secrétaire national du PCF, qui renie 80 ans d'anti-américanisme, Robert Hue, a exprimé son "sentiment d'épouvante" et son "extrême indignation", se déclarant "pleinement solidaire du peuple américain".

Pour Voynet, "ces actes témoignent de l'extension au coeur des pays développés d'un terrorisme sophistiqué" dans une logique "de mondialisation des conflits".

Pour Alain Madelin, "ceci montre au passage que l'idée de se protéger d'un certain nombre d'Etats voyous était une vraie nécessité", tandis que François Bayrou a évoqué "l'internationale fondamentaliste". Selon Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l'Intérieur et candidat à l'élection présidentielle, "quelles que que soient ses motivations, le terrorisme doit toujours entraîner une condamnation ferme et sans aucune restriction".

A l'extrême droite, ralliée au parti américain, Jean-Marie Le Pen a déclaré que les attentats montraient "la nécessité de mettre le terrorisme hors la loi" et Bruno Mégret a dénoncé "une nouvelle fois les dangers du terrorisme islamique".

Pour le président de la commision des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, François Loncle (PS), "il y a urgence à ce que la communauté internationale et en particulier les Etats-Unis, s'occupent un peu plus et un peu mieux des affaires du monde". Sur un autre plan, le président du Rassemblement pour la France (RPF) Charles Pasqua avait appelé, avant même l'annonce du renforcement du plan Vigipirate, à "des mesures de sécurité partout", notamment aux frontières.

L'EUROPE AMERICAINE EST CONSTERNEE

La présidence belge de l'Union européenne, à la remorque de ses maitres américains pour ne pas changer, a exprimé sa consternation devant les attentats condamnant un "acte de barbarie". "Au nom de l'Union européenne, (les ministres des Affaires étrangères) condamnent avec la plus extrême fermeté cet acte de barbarie qui frappe lâchement des civils innocents", précise une déclaration du premier ministre belge, Guy Verhofsdat, et du ministre des Affaires étrangères, Louis Michel.

REUNIONS D'URGENCE A L'UE ET A L'OTAN BRUXELLES

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européennes se sont retrouvé mercredi 12 à Bruxelles pour une réunion d'urgence consacrés aux actes terroristes meurtriers commis à New York et à Washington, ont annoncé des responsables européens. L'OTAN a également décidé d'organiser une réunion d'urgence des ambassadeurs de ses 19 pays membres, afin de traiter des implications de ces attaques sur le plan de sécurité. Le 11 au soir, les vassaux des Etats-Unis ont déclaré que Washington pouvait compter sur leur soutien dans la lutte contre le terrorisme, à l'issue d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord. ''En ces moments critiques, les Etats-Unis peuvent compter sur leurs 18 alliés au sein de l'OTAN (...) pour leur assistance et leur soutien'', a déclaré le secrétaire général de l'OTAN George Robertson. Les attaques perpétrées à New York et Washington ''soulignent l'urgence d'intensifier la lutte contre le terrorisme, une bataille que les pays de l'OTAN (...) doivent gagner'', a-t-il ajouté en soulignant que ''les responsables'' des attentats seraient ''trouvés''.

De son côté, le président de la Commission "européenne" Romano Prodi a précisé que les ''Européens se tiennent aux côtés des Etats-Unis et de tous les amoureux de la paix à travers le monde pour condamner le terrorisme dans les termes les plus forts possibles et y résister'' (sic), Le responsable européen de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) Javier Solana a évoqué des ''actes de terrorisme barbares'', tout en soulignant qu'aucun mot ne pouvait décrire ses sentiments. ''Il est clair que c'est une offensive non seulement contre les Etats-Unis mais contre toutes les sociétés libres et ouvertes du monde'', a écrit pour sa part le commissaire européen chargé des Relations extérieures Chris Patten au secrétaire d'Etat américain Colin Powell. Selon des responsables européens, la réunion des ministres qui aura lieu mercredi matin sera consacrée à l'aide que pourraient apporter les Quinze aux Etats-Unis, notamment sur le plan des investigations. ''Les événements sont assez dramatiques pour réunir l'ensemble des 15 ministres (des Affaires étrangères). Il y aura une évaluation de la situation et tout ce qui est lié'', a précisé Koen Vervaeke, porte-parole de la présidence tournante de l'UE, actuellement assurée par la Belgique.

Les membres de la Commission "européenne" se retrouveront également pour une réunion d'urgence. Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a estimé qu'il s'agissait d'une ''tragédie non seulement pour les Etats-Unis mais pour le monde entier. Nous exprimons notre solidarité pleine et entière à nos amis américains'', a-t-il ajouté dans un aéroport militaire en banlieue de Bruxelles. ''C'est un acte de barbarie''.

Au siège de l'UE comme à celui de l'OTAN, les drapeaux étaient en berne mardi à Bruxelles. Les militaires belges ont renforcé la sécurité autour des installations de l'Alliance atlantique, même si les responsables soulignaient qu'il n'y avait pas de menace directe contre des cibles en Europe. ''Les gens ne paniquent pas. Nous n'avons eu aucune menace claire, mais nous voulons prendre des mesures de précaution'', a déclaré Dirk Borms, porte-parole des forces armées. Le commissaire européen chargé de l'aide humanitaire Poul Nielson a pour sa part repoussé un voyage prévu en Afghanistan. Il devait s'envoler mercredi pour un déplacement d'une semaine afin de discuter de la situation avec des responsable du régime des taliban et des personnalités de l'opposition.

ENTRE COMPASSION ET CRITIQUE POUR LES USA

DANS LES QUARTIERS POPULAIRES D'ISTANBUL

Dans les quartiers populaires d'Istanbul, métropole de la Turquie alliée des Américains, les réactions aux attentats oscillent entre surprise ou compassion et critique du rôle de gendarme des Etats-Unis, sur fond de crainte pour la stabilité de la région. "J'ai suivi ça, incrédule, à la télévision, des premières images jusqu'au milieu de la nuit", raconte Volkan Daylan, électricien de 42 ans. "Je vivais l'événement de l'intérieur, comme lors du tremblement de terre (d'août 1999, qui avait fait plus de 20.000 morts dans la région d'Istanbul)". "Je suis très triste pour toutes ces victimes innocentes, mais s'il n'y avait eu qu'un objectif militaire à ces attentats, je me serais permis de dire que ce pays le mérite", explique-t-il calmement dans le quartier de Fatih, centre des fondamentalistes musulmans à Istanbul. Il ajoute qu'une telle attaque aurait pu frapper tout autre pays "impérialiste de la même manière, qui exploite certains pays du monde", sans plus de précision. "L'Irak a vécu quasiment la même chose, alors pourquoi ne serait-ce pas le tour des Etats-Unis?", lâche Abdullah Karabag, imam dans une mosquée de Topkapi, sur la rive européenne d'Istanbul.

Dans un café internet du quartier populaire d'Aksaray, Emir Kilic, marin de 24 ans, s'embarrasse moins de précautions: "Qui n'est pas l'ennemi de l'Amérique?", lance-t-il, affirmant qu'autour de lui, "tout le monde se réjouit de ce que l'Amérique ait été frappée".

"Qui sème le feu, périt par le feu", titrait mercredi le quotidien islamiste radical Akit, rappelant que "Washington se tient aux côtés d'Israël, qui enfonce chaque jour un peu plus la Palestine dans le sang et le feu, et a bombardé des enfants en Irak".

L'IRAN CONDAMNE LES ATTENTATS

MAIS EVOQUE UNE RESPONSABILITE AMERICAINE

L'Iran, considéré comme un pays "terroriste" par les Etats-Unis, a fermement condamné mercredi les attentats aux Etats-Unis mais a en même temps relevé que les Américains, du fait de leur soutien à Israël, étaient responsables de l'aggravation de la tension internationale. Réagissant avec une rapidité inhabituelle s'agissant d'une question internationale touchant un pays présumé ennemi, le président Mohammad Khatami a condamné dès mardi soir les attaques qui ont frappé New York et Washington. Il a dans le même temps appelé les Etats-Unis à "connaître et détruire les racines" du terrorisme, signifiant ainsi que Washington, accusé de soutenir inconditionnellement Israël, devait aussi faire son "mea culpa".

Fait rare, la télévision iranienne a multiplié les reportages et commentaires en direct sur les événements aux Etats-Unis, interrompant des programmes et insistant sur "l'affolement" des Américains.

"Horreur à la Maison Blanche", écrit le quotidien conservateur Tehran times, pour qui les Etats-Unis "paient le prix de leur soutien aveugle au régime raciste" israélien.

Les réactions politiques ont été nombreuses dans le pays. Le président de la Commission juridique du Majlis, Nasser Ghavami, a précisé que "Ce drame a créé une situation nouvelle. Les Américains doivent désormais mieux méditer sur les droits de l'Homme, ainsi le peuple et le gouvernement américains comprendront les souffrances des peuples opprimés". "Plus aucun pays n'est livré à lui même. Le monde est devenu un seul village", a affirmé de son côté le député Ali Mazrouï.

FOSSE ENTRE LE PEUPLE IRANIEN ET LE GOUVERNEMENT

Mais ces opinions officielles ne traduisent pas l'état d'esprit du peuple iranien, où dominent les sentiments anti-américains. La presse iranienne, qui réflète l'opinion de la rue, titre sur l'attaque qui a frappé New York mais reste avare en commentaires. "Des attaques inouies frappent les Etats-Unis" constate "Iran Daily", qui reprend le fil des événements de la journée meurtrière du 11 septembre.

Pour "Tehran Times" qui titre bizarrement "Horreur à la Maison Blanche", "les Etats-Unis sont en train de payer le prix de leur soutien aveugle au racisme".

LE PAKISTAN OFFICIEL EN OPPOSITION AVEC SES POPULATIONS

L'appareil d'Etat pakistanais, ouvertement rallié à la cause antiterroriste américaine, doit maintenant lever les réticences d'une population sensible aux thèses anti-américaines et encline à la solidarité islamique.Dès dimanche, l'exécutif a invité les dirigeants politiques et religieux pour les convaincre des bénéfices que pourrait récolter le Pakistan d'une coopération étroite avec les Etats-Unis. Il devait également recevoir séparément des érudits islamiques.

Le général-président Pervez Musharraf, dictateur du Pakistan, a également convoqué dimanche matin les responsables des quotidiens nationaux du pays, pour tenter d'obtenir leur collaboration dans cette campagne. Une partie de la presse est sensible aux thèses islamistes.

Ancien troisième récipiendaire au monde de l'aide américaine (après Israël et l'Egypte), le Pakistan avait perdu les faveurs de Washington il y a une dizaine d'années. Les Etats-Unis avaient alors considéré, avec la défaite des troupes de l'ex-URSS en Afghanistan, que leur présence massive n'était plus indispensable dans la région et avaient brutalement lâché le pays. Ce dont on se souvient là-bas.

Si les milieux d'affaires soutiennent incontestablement la décision annoncée samedi de l'exécutif pakistanais, avec tout ce que cela pourrait impliquer comme coups de pouce à l'économie locale, il n'en va pas de même d'une large partie de la population,

"Le sentiment anti-américain est très vif partout. Mais seuls quelques-uns osent l'exprimer ouvertement. De même, la solidarité islamique est également très forte" déclare un journaliste pakistanais. "Mais l'élite de ce pays est très bourgeoise. A cent lieues des va-nu-pieds taliban. Qui a envie de se passer de télévision, de luxe ? Aucun gouvernement anti-américain n'a jamais survécu ici" ajoute-t-il.

A Quetta, ville du Balouchistan (ouest), proche de l'Afghanistan, de nombreuses affiches sont apparues vendredi, jour de la prière, appelant au "Jihad" (guerre sainte) contre l'Amérique. De nombreux portraits d'Oussama ben Laden, "hôte" des taliban afghans ont également été placardés dans la ville par des extrémistes musulmans et par les élèves des écoles coraniques, les madrasa. Kandahar, en Afghanistan, où réside le chef suprême des taliban, le mollah Omar, "commandeur des croyants de l'Emirat islamique d'Afghanistan", n'est qu'à 200 kilomètres de Quetta. "Il ne faudrait pas croire que l'hostilité à une agression contre l'Afghanistan se manifeste seulement dans le nord-ouest, elle est très forte ici aussi. Nous avons beaucoup de madrasa favorables aux taliban" répond un correspondant de presse interrogé à Quetta par l'AFP. Le mollah Omar a d'ailleurs lui-même été formé dans une de ces écoles coraniques du Pakistan.

La zone tribale du nord-ouest, aux environs de Peshawar, compte elle aussi nombre de ces "séminaires" ultra-fondamentalistes. Leur influence, et le radicalisme de l'Islam qu'ils prônent, dans une province encore sous influence féodale et très démunie, sont aux antipodes des aspirations de la classe dirigeante pakistanaise.

A Karachi (sud), les milieux islamistes sont également très actifs. "Bien sûr il y aura des bombes et des attentats. Cela a toujours été le cas. Ce sera peut-être plus violent et plus fréquent si le Pakistan redevient le bon élève des Américains. Mais le Pakistan n'a pas le choix" déclare un analyste. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'entre sa sympathie pour ses voisins taliban de Kaboul et le poids de Washington, Islamabad a tranché, comme on devait s'y attendre, au détriment du moins puissant.

Le gouvernement d'Islamabad a pourtant affirmé samedi qu'il souhaitait maintenir des "relations amicales" avec les taliban.

EN AFRIQUE : "LA RUE" MOINS UNANIME QUE LES ETATS

De "c'est horrible et très triste" à "c'est bien fait pour les Américains", toutes sortes de réactions ont été enregistrées dans les rues de certaines capitales ouest-africaines depuis les attentats du 11 septembre contre les Etats-Unis.

A Dakar, Conakry, Bamako ou Nouakchott, capitales de pays à forte majorité musulmane (Sénégal, Guinée, Mali et Mauritanie), les gouvernements ont tous condamné ces attaques.

Les éditorialistes, de la presse sénégalaise notamment, tout en soulignant l'horreur de ces attaques, en ont cherché l'explication, dans la politique américaine au Proche-Orient, dans la supposée toute-puissance des Etats-Unis, dans une mondialisation tous azimuts.

Dans la rue, dans les bureaux, de Dakar ou Bamako, de Conakry ou de Nouakchott, pour "les Américains" en général, au sens du gouvernement, de la politique américaine, certains, sous couvert de l'anonymat, ont des mots très durs.

"C'est bien fait pour eux", "ils sauront maintenant ce que vivent tous les jours les Palestiniens", "ça leur apprendra à être moins arrogants" ou encore: "ils récoltent les fruits de leur soutien aveugle à Israël et de leur hégémonisme", sont des commentaires entendus depuis l'après-midi du 11 septembre.

Certains de leurs auteurs vont jusqu'à considérer comme des "héros" les kamikazes qui ont piloté les avions jusqu'à leurs cibles, à New York et Washington. "Si ma femme accouchait aujourd'hui, j'appellerais le bébé Oussama ben Laden", a même lancé un père de famille.

Vendredi, un quotidien privé de Dakar évoquait "l'hypocrisie" et les "larmes de crocodile" versées par de "farouches ennemis (...) qui, au fond d'eux-mêmes, jubilent". Une remarque qui s'impose partout hors des frontières de l'Occident américanisé.

Ailleurs le sentiment anti-américain est encore plus fort. "Les Libériens s'arrachent les photos de Ben Laden vendues dans les rues de la capitale", écrit le correspondant de AP à Monrovia. "Les Libériens s'arrachaient samedi les photos d'Oussama Ben Laden présentées parfois sous forme de posters à en tête ''Wanted'' et vendues dans les rues de la capitale, Monrovia, comme des souvenirs destinées aux générations futures. Les échoppes de photocopies travaillaient à vitesse maximale pour reproduire des photos pirates prises sur des sites internet. Les vendeurs se précipitaient dans Broad Street, le seul endroit où les feux de circulation fonctionnent au Liberia, pour vendre ces images reproduites de Ben Laden aux automobilistes. La plupart des gens affirment qu'ils achètent les photos, pour les montrer à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants, de l'homme qui, disent-ils, a attaqué l'Amérique". Le gouvernement pro-américain imposé par les USA décidait ensuite d'interdire ces ventes et faisait arrêter les vendeurs ! Le Liberia, une nation appauvrie par sept ans de guerre civile dans les années 1990, a été fondée il y a 200 ans par des esclaves américains libérés.

LES ATTAQUES ANTI-AMERICAINES RELANCENT

EN AUTRICHE LE DEBAT SUR LA NEUTRALITE

Les attentats aux Etats-Unis ont relancé en Autriche un débat récurrent sur la neutralité que la coalition des droites au pouvoir veut abandonner, considérant que face au terrorisme, le pays ne peut pas ne pas s'engager.

Le chancelier (conservateur) Wolgang Schuessel a lui-même rouvert le débat en déclarant jeudi que "les attentats (de New York et de Washington, ndlr) étaient dirigés contre le monde civilisé et ses institutions démocratiques". "Dès lors, il ne saurait y avoir de neutralité", a-t-il affirmé. "A cet égard, l'importance d'une relation transatlantique fonctionelle apparaît comme particulièrement importante", a-t-il ajouté dans une allusion claire à une éventuelle participation de son pays à l'OTAN.

Comme en France, l'extrême-droite s'est ralliée aux Etats-Unis.

Le ministre de la Défense, Herbert Scheibner, membre du FPOe (extrême-droite) du opuliste Joerg Haider, a renchéri en estimant que l'Autriche devait s'engager, en sa qualité de membre de l'Union européenne et du Partenariat pour la paix, "aux côtés de la communauté internationale démocratique" contre la "menace globale" représentée par le terrorisme international. Pour le secrétaire-général du FPOe, Peter Sichrovsky, "le temps est venu pour remettre à plat la soi-disante neutralité" de l'Autriche. Non seulement celle-ci ne fournit "pas de protection" au pays, mais elle fait craindre (à l'étranger) qu'il "ne constitue pas un partenaire fiable dans la lutte contre la violence", selon lui.

Signe de sa détermination à abandonner une neutralité observée par le pays depuis près d'un demi-siècle, le gouvernement a autorisé vendredi le ministre de la Défense a lancer les appels d'offres pour 30 chasseurs-bombardiers destinés à remplacer les vieux Draken suédois équipant encore l'armée de l'Air autrichienne.

Le parti social-démocrate (SPOe), resté le plus important du pays bien qu'étant dans l'opposition, refuse, au contraire, fermement d'abandonner la neutralité, considérée comme faisant partie de l'"identité" du pays. "Il serait totalement absurde" d'y renoncer, estime le député SPOe Caspar Einem. Pour le chargé des questions de Défense du parti, Peter Schieder, "la neutralité doit empêcher une participation de l'Autriche à une guerre mais elle n'exclut pas sa participation à la lutte contre le terrorisme", explique-t-il.

Comme en France, en Allemagne ou en Belgique, les Verts aurichiens ont viré au kaki et soutiennent l'OTAN.

Concédant qu'il "ne pouvait y avoir de neutralité face à la terreur", le porte-parole des Verts (opposition), Alexander Van der Bellen, a souligné que le concept s'appliquait à une "crise militaire" et qu'il n'en est actuellement pas question aux Etats-Unis, "au sens du droit international".

L'Autriche est neutre depuis 1955, un statut qu'elle a négocié contre le retrait des troupes américaines, françaises, britanniques et soviétiques qui l'avaient occupé à la fin de la Deuxième guerre mondiale. Mais elle est désormais entourée par deux pays ayant récemment adhéré à l'OTAN - Hongrie et République tchèque - et de deux candidats à l'alliance - Slovénie et Slovaquie -.

Les conservateurs et l'extrême-droite au pouvoir depuis février 1999 ne disposent pas au parlement de la majorité des deux tiers nécessaire pour modifier la Constitution.

Dans un sondage OGM réalisé après les attentats et publié vendredi, 48% des Autrichiens estiment qu'il leur faut "se solidariser" avec les Américains tandis que 44% souhaitent que leur pays adopte un "comportement neutre" à l'égard des Etats-Unis.

LES ALBANAIS DE PRISTINA AUX COTES DES USA

"Manifestation à Pristina en hommage aux victimes des attentats terroristes aux Etats-Unis" écrit le correpondant de AP à PRISTINA (Kosovo), qui ajoute que "Plusieurs dizaines de personnes ont participé mercredi à une manifestation dans les rues de Pristina en hommage aux victimes des attentats perpétrés la veille aux Etats-Unis. Parmi les manifestants, certains agitaient des drapeaux américains, d'autres brandissaient des pancartes aux slogans solidaires. ''Etats-Unis, nous sommes avec vous'', pouvait-on lire sur l'un d'eux. Cette marche retransmise en direct par la télévision publique a bénéficié de la présence de responsables politiques locaux et de dignitaires religieux."

UNE PARTIE DU PERSONNEL DE L'OTAN EVACUEE A BRUXELLES BRUXELLES

Le secrétaire général de l'OTAN, George Robertson, a appelé, mardi, le personnel "pas essentiel" à quitter le bâtiment qui se trouve à Bruxelles et "à ne pas revenir mercredi", a indiqué le service de presse de l'Alliance atlantique. Cet appel de Lord Robertson a été diffusé par haut-parleur au siège de l'OTAN. Le secrétaire général de l'OTAN a aussi appelé dans un communiqué les pays de l'Alliance à faire "front commun" contre le "fléau du terrorisme", après les "attaques" qui se sont produites aux Etats-Unis.

La A201 qui relie le centre de Bruxelles à l'aéroport de Zaventem en passant devant le siège de l'OTAN à Evere, a été fermé aux alentours 18 heures à toute la circulation venant du centre vers l'Aéroport. Le personnel de l'entreprise KPMG, dont le siège est situé aux abords de l'OTAN à Evere, a également été autorisé à quitter le bâtiment. (PHD) L'état d'alerte maximale a été déclaré mardi au siège de l'OTAN à Bruxelles et au quartier général des forces alliées à Mons (sud de la Belgique) après les attentats aux Etats-Unis, a-t-on indiqué à l'Alliance atlantique. Sur un panneau "Alerte sécurité" à l'entrée du centre de presse au siège de l'Alliance atlantique une pancarte "Delta" a été accrochée, ce qui signifie en langage militaire l'état d'alerte maximale, a-t-on précisé.

"L'OTAN n'a pas reçu de menaces directes mais il faut être prudent. Tout le monde est vulnérable", a déclaré le porte-parole de l'Alliance Yves Brodeur.

Une réunion d'urgence du Conseil permanent de l'OTAN (ambassadeurs), convoquée par le secrétaire général de l'organisation George Robertson, a débuté mardi à 21H00 locales (19H00 GMT), a précisé le service de presse de l'OTAN. Une conférence de presse de Lord Robertson est prévue à 22H00 locales (20H00 GMT). Le conseil veut apporter son soutien au peuple américain et avoir un échange d'informations avec l'ambassadeur américain, a précisé M. Brodeur.

LA SFOR PREND TRES AU SERIEUX D'EVENTUELLES ACTIVITES TERRORISTES

La Force de stabilisation de l'OTAN (SFOR) en Bosnie prend très au sérieux d'éventuelles activités terroristes et continuera à assurer un climat de sécurité dans le pays, indique un communiqué publié mercredi par la division nord de la SFOR.

La division nord de la SFOR, basée à Tuzla, "prend les éventuelles activités terroristes très au sérieux... (et) ne tolérera pas des activités destinées à ébranler le processus de paix" en Bosnie, selon ce communiqué signé par le commandant des troupes de la région de Tuzla, le général Walter Sharp. Les mesures de sécurité prises par la SFOR à Tuzla pourraient avoir "un impact significatif" sur les Bosniaques travaillant pour la SFOR, poursuit le communiqué qui condamne les actions terroristes ayant frappé mardi New York et Washington.

La majorité des soldats américains de la SFOR sont déployés dans la région de Tuzla. Quelque 3.300 soldats américains font partie de la SFOR, qui compte 19.500 hommes et est chargée de mettre en oeuvre les aspects militaires des accords de paix de Dayton de 1995.

Le quotidien de Sarajevo Dnevni Avaz a rapporté de son côté mercredi que la police de la capitale bosniaque avait été placée en état d'alerte à la suite des attentats. La totalité du contingent a été mobilisée "pour renforcer les mesures de surveillance et de sécurité" du personnel américain de l'ambassade et des intérêts américains à Sarajevo, a indiqué au quotidien Nerman Pecanac, commandant de la police municipale. Des forces spéciales ont été déployées aux abords de l'ambassade des Etats-Unis, a-t-il souligné. L'ambassade américaine de Sarajevo restera fermée jusqu'à vendredi, officiellement pour des "activités de routine".

LES FORCES ARMEES AMERICAINES EN EUROPE PLACEES EN ETAT D'ALERTE

Les forces armées américaines en Europe ont été placées en état d'alerte à la suite des attaques commises aux Etats-Unis. Le Commandement américain en Europe a précisé dans un communiqué que ''des mesures prudentes et immédiates'' avaient été prises pour assurer la sécurité des militaires américains basés en Europe et celle de leurs familles. Toutes les bases américaines en Europe ont été placées en état d'alerte élevée, selon le commandement qui n'a pas apporté plus de précisions pour des raisons de sécurité. Un porte-parole des bases aériennes américaines de Ramstein et Spangdahlem, en Allemagne, a expliqué que la police militaire effectuait des patrouilles dans les bases.

"LE POUVOIR AMERICAIN APPARAIT FLOTTANT FACE AUX ATTENTATS"

titre l'AP ce 11 septembre, décrivant la panique des dirigeants américains, Bush en tête.

Avec les grandes administrations de Washington évacuées, le président George W. Bush en déplacement et de nombreux hauts responsables muets, le pouvoir américain a semblé flottant et pris au dépourvu mardi face à l'ampleur des attaques de New York et Washington. Bush, en voyage dans le sud, en Floride, puis en Louisiane, n'avait toujours pas fait savoir en fin d'après-midi quand il comptait revenir dans la capitale américaine. Son vice-président Dick Cheney et son ministre de la Défense Donald Rumsfeld sont restés invisibles. Le chef de l'Etat s'est efforcé, dans deux brèves allocutions, de donner l'impression qu'il maîtrisait la situation et a voulu rassurer ses concitoyens, mais sans annoncer de décision concrète en dehors d'une mise en "arlerte maximale" des forces armées. Il a également indiqué que les autorités américaines "avaient pris toutes les mesures de sécurité appropriées pour assurer la protection des Américains", mais sans préciser lesquelles. Bush a également indiqué avoir été en contact avec le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, ainsi que ses conseillers pour la sécurité nationale et les membres de son gouvernement, mais ces derniers n'ont fait aucune apparition publique.

La Maison Blanche, coeur du pouvoir américain, a été évacuée rapidement en début de matinée, de même que l'immeuble du département d'Etat, le ministère des Affaires étrangères, aux abords duquel une voiture piégée aurait explosé. L'imposant complexe du Pentagone, siège des services de la Défense américaine, a également été vidé de son personnel. Un avion s'y est écrasé dans la matinée.

Les chef de la CIA George Tenet de même que celui du FBI Robert Mueller ne se sont pas davantage montrés en public après les attaques, qui ont notamment détruit les deux tours du World Trade center à New York. Si Tenet était déjà à la tête des services de renseignement américains sous la précédente administration, Mueller en revanche a pris son poste à la direction de la sûreté fédérale il y a quelques jours à peine.

Le secrétaire d'Etat Colin Powell a lui aussi été pris de court, en plein milieu d'un voyage en Amérique du sud. M. Powell a annoncé qu'il annulait une visite en Colombie pour regagner au plus vite Washington depuis Lima, la capitale du Pérou. Le chef de la diplomatie américaine a parlé d'une "terrible tragédie", sans plus de commentaires.

Le pouvoir économique a semblé pour sa part réagir plus vite que le instances politiques. Les autorités américaines de l'aviation civile (FAA) ont ordonné l'annulation de tous les vols commerciaux aux Etats-Unis, une mesure sans précédent, et également dérouté tous les vols internationaux vers le Canada. Tous les marchés financiers et boursiers du pays ont également été fermés.

"Le président américain George W. Bush et les principaux dignitaires du Congrès ont été rapidement emmenés mardi dans des endroits sûrs après les attentats de New York et Washington. Dans le même temps, les bâtiments fédéraux étaient évacués et les équipes de secouristes mobilisées. Cette mobilisation s'est faite en vertu d'un plan d'urgence mis au point il y a des décennies. M. Bush, qui visitait une école maternelle à Sarasota (Floride), a été rapidement transporté sur les bases aériennes de Barksdale (Louisiane) et d'Offutt (Nebraska), avant de rentrer en début de soirée à Washington. Le Secret Service, chargé de la sécurité présidentielle, a pris des mesures immédiates pour s'assurer que le président, le vice-président Dick Cheney et le président de la Chambre des représentants Dennis Hastert étaient en sécurité, a précisé Karen Hughes, une conseillère de M. Bush. On a également pris des précautions pour les membres du Conseil de la sécurité nationale, du gouvernement et de hauts responsables de la Maison Blanche. Fait sans précédent, les agents du Secret Service ont fouillé les conseillers de la Maison Blanche à la recherche d'armes ou explosifs avant de les laisser monter à bord de l'avion présidentiel pour le vol de retour de Sarasota. Quant à la First Lady Laura Bush, avec un groupe de ses conseillers, elle a été évacuée dans un lieu tenu secret hors de la Maison Blanche, où n'étaient restés qu'un petit groupe de conseillers de politique étrangère, installé dans le Situation Room, la salle de crise située au sous-sol. Les deux jumelles du couple Bush, âgées de 19 ans, ont également été emmenées de leurs universités respectives vers des lieux sûrs" ecrit l'AP.

En fin de journée, les principaux responsables du Congrès ont regagné Washington et fait une déclaration publique, après avoir été envoyés dans un bâtiment gouvernemental sécurisé hors de Washington.

LE PRESIDENT BUSH DANS LA CRISE: QUESTIONS SUR UN LEADERSHIP

titre l'AFP : "Propulsé au centre d'une crise d'une ampleur inégalée, George W. Bush, élu dans la controverse et le scepticisme, bénéficie du grand rassemblement des Américains derrière leur commandant en chef mais des doutes demeurent quant à sa capacité d'être à la hauteur. Les sondages continuaient de montrer lundi un soutien sans faille des Américains à George Bush, dont l'indice de satisfaction pour sa politique en général a fait un bond considérable. Les Américains approuvent massivement l'action du président face aux attentats de New York et Washington et se déclarent favorables, dans une écrasante majorité, à une "action militaire" contre les responsables de ces actes. Et les leaders politiques de tous bords se gardent bien, à un moment où la ferveur patriotique atteint son paroxisme dans une marée de drapeaux et un déluge de cris de guerre, d'exprimer la moindre réserve face à la performance du président Bush. Mais dans l'épreuve historique qu'il traverse huis mois après son arrivée à la Maison Blanche, bon nombre de commentateurs relèvent que le président Bush se doit maintenant de prouver s'il reste le manager qu'il s'est toujours flatté d'être ou le chef d'Etat exceptionnel qu'exigent les circonstances exceptionnels".

A l'ère de l'omniprésence de la télévision, "le plus grand défi de Bush, note Alan Brinkley, professeur à l'université Columbia de New York, est de donner un leadership émotionnel et moral au peuple américain et, en cela, il a pour l'instant échoué". En temps de crise, "le public, renchérit Michael Genovese, professeur de sciences politiques à l'Université Loyola Marymount de Los Angeles, réclame à cor et à cris un président qui peut remplir le rôle charismatique de grand prêtre et de leader, des mots qui donnent un sens à l'action".

Alors que les phrases historiques, majestueuses de grandeur et de lyrisme des présidents Franklin Roosevelt ou John Kennedy, confrontés notamment l'un à Pearl Harbor ou l'autre à la crise des missiles, continuent de résonner dans la mémoire collective des Américains, le premier discours de Bush après les attentats "était plat, sa présentation maladroite et il est peu probable que quiconque se souvienne d'un seul mot de ce qu'il a dit", estimait dimanche le Chicago Tribune.,"Bush a semblé parfois presque un petit garçon --un gosse avec des tâches de rousseur souhaitant être ailleurs-- alors qu'il fallait un timonier, capable de parler de façon crédible et avec confiance sur l'état de l'union à son heure la plus sombre", note pour sa part le Los Angeles Times.

Même certains alliés républicains de George Bush ont critiqué la manière dont le président est revenu à Washington après les attentats, errant secrètement pour des raisons de sécurité entre la Lousiane et le Nebraska avant de regagner la Maison Blanche. Les comparaisons de la performance du président Bush et du maire de New York Rudolph Giuliani, dans le feu de l'action dès la première minute, paraissent à beaucoup inévitables.

Dans plusieurs journaux, les lettres des lecteurs reflétent cette frustration. "Comme tout citoyen fier des Etats-Unis, je soutiens mon pays et mon président. Mais dans des moments comme celui-ci, j'aimerai avoir un président que je pourrais suivre pour des raisons plus profondes que ce qui est conventionnel. (...) J'ai été collé à la radio et à la télévision ces derniers jours et j'attends toujours un leadership qui vienne du coeur", résume un lecteur du Washington Post. "Nous verrons bientôt si cette crise effroyable le rendra plus souple, plus complexe, plus intelligent" se demandait quant à elle, plus sarcastique, une éditorialiste du même quotidien.

 

DEUX PORTE-AVIONS DEPLOYES AU LARGE DE LA COTE EST DES USA

Du jamais vu depuis 1945 ! La flotte atlantique américaine a déployé deux porte-avions au large de la côte est des Etats-Unis pour assurer la défense aérienne de Washington et de New York après les attaques spectaculaires de mardi. Cinq croiseurs et deux contre-torpilleurs équipés de missiles antiaériens, ainsi que des navires amphibies ont également été dépêchés au large de la côte est. "Ils sont là pour assurer toute mission de défense qui s'avérerait nécessaire(...)", a déclaré un porte-parole de la flotte.

Les porte-avions USS John F. Kennedy, avec ses 80 avions, et USS George Washington, qui procédaient à des manoeuvres militaires au large de la côte de Caroline du Nord, étaient déjà en mer, précise la flotte. L'équipage du porte-avions Theodore Roosevelt, qui mouillait dans le port de Norfolk, a également été rappelé d'urgence pour préparer le déploiement de cet autre bâtiment de guerre, dit-on de source proche de l'US Navy. Si le déploiement des porte-avions est un moyen de maintenir le contrôle du ciel, en particulier lorsque les vols commerciaux vont reprendre, une source proche de l'administration Bush faisait remarquer que les navires sont mieux protégés d'une attaque lorsqu'ils croisent en mer que lorsqu'ils sont dans un port. La flotte atlantique basée à Norfolk en Virginie a d'ailleurs été placée en état d'alerte maximale.

De l'autre côté des Etats-Unis, sur la côte de l'océan Pacifique, l'US Navy a dépêché un bâtiment chargé de patrouiller dans le port de Seattle, à titre de précaution.

Le reste de la flotte de l'Atlantique, qui est basée à Norfolk, en Virginie, a été placée en état d'alerte "Delta", soit le niveau maximum. "Nous n'avons pas vu une attaque pareille, certainement pas depuis Pearl Harbour", a déclaré l'amiral Robert Natter, qui commande la flotte de l'Atlantique.

UN PEARL HARBOR POUR LES SERVICE DE

RENSEIGNEMENTS AMERICAINS, PRIS DE COURT

La déficience des services de surveillance "Ces attaques vont vraisemblablement entraîner de sérieux changements sur plusieurs fronts", anticipe "The Wall Street Journal". Du côté des services de renseignements d'une part. Comment la CIA et le FBI ont-ils pu ne déceler aucun signe avant-coureur d'un événement aussi énorme ? Et du côté de la défense du territoire d'autre part. "Quelqu'un peut-il encore douter qu'un réseau ayant réussi à mener à bien les actions d'hier ne parviendra pas à posséder les missibles susceptibles de menacer les villes américaines ?".

Cette analyse diffère des autres quotidiens plutôt enclins à blâmer l'obssession américaine anti-missile, au détriment d'une défense plus large. Ainsi "International Herald Tribune" rappelle que "les discussions s'intéressaient surtout aux attaques par des missiles, aux armes nucléaires, ou encore chimiques et biologiques. Les avions commerciaux n'ont jamais inquiété les services de défense. La vrai leçon, qui n'a pas servie, nous avait pourtant été fournie il y a à peine soixante ans, juste avant la fin de la seconde guerre mondiale. Un bombardier américain, perdu dans le brouillard, s'était écrasé contre l'Empire State Building à New York, qui était alors l'immeuble le plus haut".

Les spécialistes, interrogés par l'AFP, "notent que les différentes agences de renseignement civiles et militaires ont été surprises, notamment parce qu'elles n'ont pas pu infiltrer certains groupes terroristes. Certes ces services avaient manifestement, selon ces sources, prévenu des attentats terroristes avant le nouvel an 2000 et procédé à des arrestations de suspects arrivés aux Etats-Unis avec des explosifs".

"Il y a eu une faille dans notre renseignement", apparemment il n'y a pas eu d'avertissements, a déclaré Ann Nelson de l'American University, se demandant comment des terroristes avaient pu pénétrer dans les avions qui se sont écrasés contre le World Trade Center, à New York, et le Pentagone à Washington. "Il est très difficile d'infiltrer des groupes terroristes originaires du même village", estime cette historienne du renseignement. Selon elle, le "tout technologique" de la surveillance électronique ou par satellite a fait long feu et "les moyens humains" de la CIA ou du FBI doivent être augmentés.

Dan Goure, du centre de recherches conservateur Lexington, admet lui aussi que "même aux Etats-Unis, il est très difficile d'infiltrer des groupes mafieux", qui parlent le même dialecte, se connaissent. Mais cet expert militaire estime que les services d'espionnage technologique, comme la NSA (Agence de sécurité nationale) à l'écoute des communications électroniques dans le monde ou le NRO (Bureau national de reconnaissance), en charge des satellites espions, n'ont pas été à la hauteur de la tâche. "Au contraire il faut renforcer la technologie": les terroristes ont forcément communiqué pour préparer leurs attaques et auraient dû être interceptés, estime M. Goure. Enfin selon lui, il faudra en finir avec la division néfaste du contre-terrorisme entre agences rivales comme CIA, FBI, NSA ou services des armées.

Qui a pu mener avec autant d'efficacité de telles attaques meurtrières au coeur même de la superpuissance? Les spécialistes restaient prudents quelques heures seulement après le désastre. Le sénateur Orrin Hatch, qui venait d'être briefé par le FBI (police fédérale américaine), a pourtant estimé à la télévision qu'il était "possible de voir la signature de Oussama ben Laden". "C'est le suspect numéro un", a estimé sur CNN le spécialiste du renseignement Peter Bergen, affirmant que le milliardaire d'origine saoudienne été très certainement capable de mener des attaques simultanées contre des ambassades américains au Kenya et en Tanzanie en 1998. Des enregistrements laissaient aussi présager des "attaques imminentes", a-t-il estimé. "Outre des Etats "renégats", tels que l'Irak, seuls quelques groupes comme celui de ben Laden ou le FDLP palestinien auraient les moyens de mener des attaques aussi vastes et précises", estime encore Dan Goure qui se dit persuadé que les commanditaires seront retrouvés et éliminés. "Ce jour du 11 septembre 2001 restera dans l'histoire du monde civilisé comme aussi mémorable que l'attaque surprise du 7 décembre" 1941 par les Japonais à Pearl Harbor, a-t-il encore déclaré.

Ann Nelson rejette l'analogie avec Pearl Harbor qui était une entrée en guerre et rappelle qu'avant de frapper les pilotes japonais kamikaze établissaient un silence radio total. Selon l'historienne, les dirigeants des Etats-Unis n'ont en fait pas assez prêté attention depuis des années au reste du monde, en négligeant notamment les tensions au Proche-Orient depuis la guerre du Golfe. Engoncés dans la croyance que leur sanctuaire national était sûr, "les Américains vont paniquer" face à "un terrible élément d'incertitude", pour Mme Nelson.

"C'est un événement totalement unique, pas seulement à cause du bilan, mais en raison de l'organisation et de la coordination qu'il suppose", affirme à Reuters David Rapoport, rédacteur en chef du "Journal of terrorism and political violence", soulignant que cela avait impliqué "plusieurs personnes capables de se tuer simultanément et qui savaient piloter des avions". "Il me semble que l'un des problèmes principaux est l'échec total des services de renseignements. Il a fallu un temps d'organisation très long. Il y a eu de nombreuses personnes impliquées, et le fait que nous n'ayons eu aucun indice ou information semble extraordinaire", estime Rapoport.

Les attentats n'ont pas été revendiqués, et les experts refusaient mardi d'accuser qui que ce soit. Ils comparent toutefois l'attaque sanglante à celle de Pearl Harbor en 1941. "Au moins à Pearl Harbor, on savait qui attaquait. Dans ce cas, le plus difficile est de ne pas savoir qui est l'ennemi", dit Steven Spiegel, professeur de sciences politiques à l'Université de Californie, à Los Angeles. "C'est un nouveau type de conflit", ajoute-t-il, estimant qu'il serait difficile pour George Bush de convaincre ses alliés de l'utilité de son projet controversé de bouclier antimissiles, censé protéger les Etats-Unis d'attaques balistiques de "Etats voyous" comme l'Iran, l'Irak ou la Corée du Nord. "Ce qui est arrivé confirme que le plus grand problème auquel doivent faire face les Etats-Unis aujourd'hui est le terrorisme", explique Speigel. "Nous avons besoin d'une coalition mondiale contre le terrorisme qui fonctionne réellement, qui ait des services de renseignements qui travaillent de concert." "Le bouclier antimissile n'aurait pas été utile", ajoute Spiegel, soulignant que Washington a dépensé des milliards de dollars ces dernières années pour se défendre d'attaques à l'arme chimique ou bactériologique, tandis que les attentats de mardi sont dus à une mauvaise sécurité dans les aéroports.

Les assaillants qui ont détourné quatre avions et attaqué le World Trade Center et le Pentagone n'ont pu réussir leur attaque qu'en ayant recours à leurs propres pilotes entraînés, dans le cadre d'une machination qui a dépassé tous les scénarios envisagés par les responsables de la sécurité nationale, ont affirmé mardi des experts en terrorisme. ''Ils ont conduit les avions eux-mêmes'', a déclaré mardi Gene Poteat, président de l'Association des anciens officiers des services de renseignement. ''Aucun pilote, même avec un revolver sur la tête, ne va foncer sur les tours du World Trade Center'', a-t-il assuré. Les pirates de l'air ont utilisé les avions comme des armes, a poursuivi Gene Poteat, en ajoutant qu'ils pourraient aussi avoir eu la capacité de mettre hors d'état les systèmes de communications utilisés pour alerter les autorités sur des problèmes éventuels. ''Ca a été une de manière évidente une opération planifiée soigneusement et de longue date'', a précisé Gene Poteat.

Cette préparation allait bien au-delà de tous les scénarios envisagés par les responsables de la lutte antiterroriste, a déclaré pour sa part Steven Emerson, membre de l'''Investigative project'', un mouvement spécialisé dans l'étude du terrorisme international. ''Personne ne pensait qu'il était possible de perpétrer simultanément de telles attaques. Aussi, aucun scénario antiterroriste n'avait jamais envisagé cela'', a affirmé Steven Emerson. Les autorités avaient envisagé les risques d'attaques individuelles sur des cibles comme le World Trade Center et le Pentagone, dont une attaque contre un grand immeuble en utilisant un avion réquisitionné, a-t-il déclaré. Mais les hypothèses d'attaques entraînant des grosses pertes en vies humaines concernaient plutôt l'utilisation de moyens chimiques ou biologiques, a-t-il déclaré.

La plupart des journaux américains s’interrogent surtout sur les méthodes des services de renseignements américains. "L’Amérique n’a pu ni prévoir ni empêcher que des avions de ligne soient utilisés comme des bombes volantes", écrit le "Boston Globe". Et il est grand temps, estime le journal, "de revoir de fond en comble les priorités de notre politique de défense". Justement, renchérit avec un brutal cynisme le "Wall Street Journal", il serait aussi grand temps que "la CIA revoit son recrutement et qu’elle cesse d’embaucher des boy-scouts angéliques" (sic) . Pour cela, souligne le quotidien new-yorkais, "l’administration Bush doit lever les restrictions qui pèsent sur le recrutement des agents de la CIA depuis 1995. Au nom de la lutte antiterroriste, elle doit désormais être autorisée à travailler avec qui elle veut, aussi douteuses soient ce genre de fréquentations. On ne peut lutter contre le terrorisme qu’en acceptant de soudoyer d’autres terroristes", juge le "Wall Street Journal". Enfin, pour le "New York Times", "la lutte contre le terrorisme ne doit pas seulement être une priorité du gouvernement, elle doit devenir son ambition première. Et tout pays qui ne voudra pas s’associer pleinement à ce combat, souligne le journal, devrait alors être identifié comme un adversaire des Etats-Unis et en subir toutes les conséquences économiques et militaires." Toujours ême arrogance. Les USA n'ont toujours pas compris !

L'ECONOMIE CAPITALISTE FRAPPEE DE PLEIN FOUET

"Les attaques ont frappé la renaissance des Etats-Unis. La vague d'attaques terroristes a également provoqué un séisme sur les marchés financiers, en chute libre en Europe et à Sao Paulo, tandis que les cours du brut grimpaient en flèche, tout comme ceux de l'or et de l'euro. Avec l'annulation de tous les vols commerciaux et la fermeture des bourses américaines, une grande partie de l'activité économique des Etats-Unis tournait au ralenti mardi. Des économistes ont avertis que les efforts pour redonner la confiance à l’économie américaine avaient été retardés pour des mois, si ce n’est plus, par les attaques sur le World Trade Center et le Pentagone. "  L’ampleur et l’étendue sont si importants que nous essayons juste de les comprendre. Mais il y a des choses plus importantes en ce moment que les profits et les pertes " (Nick Parsons, Commerzbank). Alors qu’ils disent qu’il ne peuvent même pas commencer à quantifier le coût économique, certains attendent que les USA prennent des mesures, y compris une attaque militaire pour tenter de renouer avec la foi dans la plus importante économie du monde. " C’est un coup dur ", affirme Hans Redeker, économiste à la BNP Paribas. " Cela peut prendre plusieurs mois mais les USA seront prêts à agir pour favoriser la confiance, et il y aura des frappes militaires. Le coup porté à l’état d’esprit US va avoir un impact en Europe, au Japon et dans le reste de l’économie globale, avec une ampleur qu’il est difficile d’évaluer. " J’aurais tant aimé savoir ", dit Nick Parsons, stratège en chef des fonds à la Commerzbank à Londres. "L’ampleur et l’étendue sont si importants que nous essayons juste de les comprendre. Mais il y a des choses plus importantes en ce moment que les profits et les pertes. La confiance est atteinte. La nouvelle de l’attaque a fait plonger les bourses européenne, alors que l’euro s’affirmait contre le dollar, et le pétrole et l’or ont augmenté. L’économie US a connu un dur ralentissement économique cette année mais a été maintenue à flot par les dépenses des consommateurs. " Ce n’est pas une bonne chose pour la confiance des consommateurs ou des investisseurs ", a dit Mr Redeker. " La réserve fédérale américaine va maintenant baisser les taux d’intérêt de 50 points le 2 octobre, et il pourrait y avoir de nouvelles baisses en novembre ", a t’il ajouté." commente BBC news, qui ajoute que "Le pilote suicide n’a pas seulement frappé des civils innocents, mais le cœur de ce qui fait la force de l’économie américaine : la confiance innée des habitants du pays. En la minant, les terroristes espèrent détruire plus que l’un des plus hauts bâtiments du monde. Ils veulent détruire le système financier mondial de l’Occident. A court terme, ces tueurs pourraient endommager la prospérité aux Etats-Unis et au delà".

KRACH : LA FIN DE L'HEGEMONIE ECONOMIQUE AMERICAINE ?

Avec les Twin Towers, ce ne sont pas seulement des symboles d'une fragile hégémonie qui s'effondrent. Pour emblématiques que sont ces deux cibles, leur chute est également, très concrètement, celle de l'économie mondiale. L'écroulement des deux tours a entraîné la fermeture de Wall Street et l'évacuation du sud de Manhattan, centre névralgique de la finance mondiale. Les courtiers du monde entier n'ont plus d'interlocuteurs américains. Cette absence de communication donne de l'emphase au mouvement de panique des investisseurs, qui veulent tous vendre : les différentes places boursières mondiales perdaient entre 7 et 15 % dans l'après-midi de mardi.

Une panique telle que, comme l'indique le "Financial Times", il a fallu "fermer les marchés sans savoir quand ils seront ouverts à nouveau". Avant cette clôture, les flux financiers allaient tous dans le même sens, évident : à la recherche de valeurs refuges. L'or montait à toute vitesse et "le baril de brut atteignait 34 euros", signale le "Wall Street Journal". Ces réactions de panique ne devraient toutefois pas durer, et un krach boursier durable demeure peu probable. La logique est désormais d'attendre et voir. Cela devrait amener un certain retour vers la stabilité.

En outre, quels titres acheter ? Les compagnies aériennes ne peuvent que perdre de la valeur ; les assureurs vont devoir faire face aux plus gros remboursements de leur histoire ; les télécommunications doivent se rendre à l'évidence, leurs réseaux téléphoniques ont failli, comme le fait remarquer le "Wall Street Journal". A la rigueur, les entreprises de travaux publics peuvent profiter du drame. D'une certaine manière, les Bourses mondiales se sont brusquement "assainies", des cours spéculatifs revenant à la norme.

Or, une conséquence des attentats est "l'union sacrée" des grands acteurs économiques, union apte à remettre rapidement l'économie mondiale sur les rails. La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont fait savoir qu'elles étaient prêtes à fournir les liquidités nécessaires pour la relance. Elles sont d'accord pour abaisser leurs taux directeurs, ce qui devrait rassurer les marchés. En 1987, la Fed avait enrayé le krach en procédant déjà de la sorte, rappelle l'"International Herald Tribune". De plus, au niveau de la politique économique américaine elle-même, républicains et démocrates discutaient déjà mardi soir, après l'attentat, de mesures de reprise.

"Avec l'écroulement des Twin Towers, c'est tout un système qui est remis en question" écrit Reuters. "Si des avions ont été détournés, c'est parce que les mesures de sécurité étaient atténuées dans les aéroports, afin de gagner du temps, de la souplesse et donc du trafic et de l'argent. Un retour à plus d'attention - inéluctable - signifie moins de flexibilité. Ce qui a un coût. De même, les entreprises vont renforcer leur sécurité, avec le même genre de conséquences : perte de temps, lourdeurs... Les tours abritaient aussi de grandes entreprises financières comme Morgan Stanley, American Express ou Merryll Lynch... Les décès de nombreux employés, la disparition de documents et d'archives, la paralysie momentanée de ces institutions vont peser dans les bilans financiers. A plus long terme, l'incapacité des services secrets américains à prévenir ces attentats malgré des possibilités techniques en théorie ultraperfectionnées, le fait que - pour l'instant - ce n'est pas l'Occident mais bel et bien les Etats-Unis qui sont visés, les incertitudes sur l'agresseur, autant d'éléments qui pourraient donner envie à de nombreux agents économiques de venir se réfugier en Europe, forçant Washington à partager pour de bon son pouvoir économique". "Auquel cas les attentats pourraient faire perdre aux Américains bien plus que leurs illusions : leur hégémonie".

L'ASIE DOUTE DE LA SUPERPUISSANCE AMERICAINE

"Les attaques terroristes contre New York et Washington ont porté un sérieux coup, en Asie, à l'image des Etats-Unis comme la seule superpuissance invincible au monde. Cette tragédie devrait renforcer la coopération entre les Etats-Unis et leurs alliés dans la lutte contre le terrorisme. Elle devrait aussi accentuer les doutes dans les capitales mondiales sur une diplomatie et une politique de sécurité américaine, perçues comme unilatérales et trop fermes sur les principes", écrit Reuters.

Les média asiatiques se sont certes largement fait l'écho de la consternation devant l'incapacité de la première puissance économique et militaire mondiale d'éviter cette catastrophe. "Cela aurait pu arriver au Kosovo, à Beyrouth où dans les territoires palestiniens. Mais c'est New York et Washington, le coeur même de la forteresse de la démocratie, qui ont été touchés", écrit ainsi l'éditorialiste de l'Indian Express. "La nation la plus puissante du monde, qui possède suffisamment d'armes pour le détruire plusieurs fois, n'a rien pu faire qu'assister, horrifiée, à une attaque par quelques terroristes d'édifices symboliques qui a fait plusieurs milliers de victimes".

Les media asiatiques étaient consternés par l'incapacité des services de renseignements américains d'éviter cette tragédie. "Que le FBI et la CIA n'aient pas été en mesure de contrôler les activités d'individus aussi dangereux ne laisse pas d'étonner" est-il ainsi écrit dans le Nihon Keizai Shimibun, le principal quotidien financier du Japon. L'aveuglement des services de renseignement américains sur leur territoire apparaît d'autant plus surprenant aux yeux de la presse asiatique que les citoyens américains en Corée du Sud et au Japon avaient été avertis de menaces contre les intérêts américains dans ces deux pays.

"L'Amérique n'avait pas envisagé qu'une telle chose puisse arriver", a estimé le spécialiste des questions militaires Kazuhisa Ogawa, dans le quotidien japonais Senkei Shimbun.

Les spécialistes des questions de sécurité estimaient qu'une meilleure coordination entre les Etats-Unis et leurs alliés pour combattre le terrorisme est désormais cruciale même s'ils ne sont fait guère d'illusions sur la possibilité de se prémunir totalement contre les attaques terroristes.

Le projet de bouclier anti-missiles est vivement critiqué. Les interrogations et les mises en cause du projet du président Bush d'un bouclier anti-missiles destiné à protéger les Etats-Unis des attaques d'Etats "scélérats" comme la Corée du Nord, l'Iran ou l'Irak vont se multiplier, estiment aussi les experts et les journalistes asiatiques. Le Sud China Morning Post de Hong Kong souligne ainsi que les raids aériens de mardi n'auraient pas pu être empêchés par un système de contrôle anti-missiles, tel que celui projeté par le Président Bush. La Chine, la Russie mais aussi les Européens ont critiqué le projet de bouclier anti-missiles américain estimant qu'il pourrait déclencher une nouvelle course aux armements. Le Japon ne s'y est pas totalement rallié, en partie pour éviter d'irriter Pékin.

L'administration Bush va aussi devoir faire face à une montée des critiques à l'encontre de sa diplomatie, notamment de sa réticence à jouer un rôle de médiation dans le conflit israélo-palestinien. Son orientation pro-israélienne, sa fermeté à l'encontre de la Corée du nord et sa tendance à l'unilatéralisme sur de nombreux dossiers vont se retrouver au centre des critiques, estiment les experts et la presse asiatique.

LA VULNERABILITE DE L'AMERIQUE FAIT TREMBLER L'ASIE

Les pays d'Asie-Pacifique ont été frappés mercredi de peur et de stupéfaction en découvrant la vulnérabilité des Etats-Unis, principale puissance de la région, à des attaques au coeur même de son territoire. "L'impression d'invulnérabilité des Etats-Unis s'est révélée être une illusion", a déclaré Desmond Choong, consultant d'un groupe de recherche régional, le Strategic Intelligence.

La plupart des gouvernements d'Asie, parangons du capitalisme, considèrent la présence américaine comme un facteur de stabilité régionale. Quelque 37.000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud et plus de 50.000 au Japon alors que des facilités d'accès existent dans d'autres pays. La Corée du Sud, Taiwan, les Philippines, le Japon, l'Australie et l'Indonésie ont immédiatement renforcé leurs propres mesures de sécurité et la protection des bases et ambassades américaines après les raids kamikazes sur New York et Washington.

Plusieurs pays ont immédiatement offert de coopérer avec Washington à la lutte anti-terroriste mais la région attend maintenant avec anxiété les possibles répercussions et la réponse des Etats-Unis à ce défi sans précédent. "Si cela (les attentats suicide) est faisable en toute impunité à Washington au coeur du quartier général des Etats-Unis (le Pentagone), on peut frapper n'importe où et la région Asie-Pacifique ne fait pas exception", a dit J.N. Dixit, ancien responsable au ministère indien des Affaires étrangères.

LES USA PREPARENT UNE RIPOSTE-ECLAIR ET UNE GUERRE D'USURE

Paul Taylor, correspondant à BRUXELLES de Reuters écrit que "Les Etats-Unis répondront probablement aux attentats de mardi par une opération "coup de poing", mais ils se préparent aussi à une longue et difficile guerre d'usure contre le "nouveau terrorisme", estiment mercredi experts et analystes".

"Les Américains voudront frapper vite et fort pour satisfaire le besoin de revanche présent dans l'opinion publique et pour rétablir la dissuasion, mais la lutte contre cette nouvelle forme de terrorisme sera longue, usante, face un ennemi fuyant, qui ne peut être assimilé à un Etat", souligne un responsable de l'Otan. "Nous devons réagir comme s'il s'agissait d'une guerre. Nous devons réagir en ayant à l'esprit que cela ne sera pas réglé au moyen d'une seule contre-attaque, dirigée contre un seul individu. Ce sera un conflit de longue haleine", a déclaré à ce sujet le secrétaire d'Etat américain Colin Powell.

Au siège de l'Alliance atlantique à Bruxelles, on insiste sur le fait que Washington entend compter sur le soutien politique et la coopération logistique de ses alliés en matière d'antiterrorisme, sans parler éventuellement d'une action militaire concertée. "Dans cette nouvelle guerre, le peuple américain fera très attentivement le tri entre ceux qui sont ses alliés et ceux qui ne le sont pas. Il nous faudra tous nous rassembler désormais derrière les Etats-Unis", estime un diplomate "européen".

Les experts prévoient un raid prochain sur l'Afghanistan si les preuves s'accumulent contre le milliardaire islamiste Oussama ben Laden, protégé par les autorités de Kaboul. Steven Simon, directeur adjoint de l'Institut international des études stratégiques, pense que tout désigne ben Laden, ennemi juré des Etats-Unis et commanditaire présumé de plusieurs attentats contre des intérêts américains. Humilier l'ennemi "Un trait marquant de ce type de terrorisme, c'est l'obsession d'un nombre élevé de victimes. Ces terroristes religieux veulent tuer autant d'ennemis que possible et humilier l'ennemi en frappant des cibles symboliques", explique à Reuters cet ancien conseiller de Bill Clinton (qui ne semble pas voir que c'est exactement la stratégie des USA et de l'OTAN, en Irak ou en Yougoslavie ...).

Ben Laden a menacé les Etats-Unis de ce type exact d'attaques dans une cassette vidéo en juin dernier, rappelle-t-il. "Et c'est difficile de ne pas le prendre au mot. Les cibles, la nature synchronisée et coordonnée des attentats, la recherche d'un maximum de victimes et l'audace: tout en fait le suspect numéro un", note Simon. Ce dernier souligne que le terrorisme-catastrophe est alimenté par le rejet radical dans le monde arabe de l'hégémonie occidentale en matière commerciale et culturelle, fruit de la mondialisation. Compte tenu du fossé grandissant séparant les riches du "village global" de pays musulmans tels que l'Afghanistan, le Pakistan, l'Egypte et les Territoires palestiniens, on ne manquera pas de recrues pour remplacer les 'martyrs'. Steve Simon fait remarquer qu'après les attentats, le Congrès devrait être plus enclin à adopter le projet de bouclier antimissiles, même si ce système n'aurait eu aucune efficacité dans les attaques de mardi.

Pour Dominique Moïsi, directeur adjoint de l'Institut français des relations internationales (IFRI), reprend les thèses de Samuel Huntington sur le "choc des civilisations", dictées par le Pentagone. Il précise que "le monde va devoir faire face, après les attentats de New York et Washington, à un affrontement durable entre des civilisations que tout oppose". "Nous sommes entrés dans un nouveau monde. Ce n'est pas la Troisième guerre mondiale, c'est une guerre d'un nouveau genre, qui oppose les représentants du monde occidental aux terroristes.

LA RIPOSTE AMERICAINE DEVRA ETRE ANALOGUE,

AFFIRME HENRI KISSINGER

La riposte de l'Amérique aux attentats de mardi devra être exemplaire et analogue, affirme l'ancien secrétaire d'Etat américain Henri Kissinger, criminel de guerre et assassin patenté, dans un entretien publié mercredi par le quotidien italien La Repubblica. "Ce qui c'est passé est comparable à Pearl Harbor et la riposte devra être analogue", estime-t-il. Henri Kissinger considère que les attentats de mercredi sont le résultat d'une opération coordonnée. "Tout groupe qui se risque à mener une attaque de ce type en un laps de temps aussi bref bénéficie d'une extraordinaire capacité d'organisation et il doit avoir un refuge d'où il peut la préparer", assure-t-il. "Il va falloir faire pression, une pression énorme, sur les gouvernements qui donnent l'asile à ce genre d'organisations", insiste le spécialiste des coups d'état et des assassinats de la CIA, au Chili ou au Vietnam. "Il ne s'agit pas d'une attaque isolée (...) et nous ne pouvons pas répliquer seulement par une action de représailles. Nous devons organiser une attaque systématique", affirme-t-il. "Elle doit viser ceux qui ont réalisé l'attaque et ceux qui l'ont rendue possible", explique-t-il, citant "ceux qui ont offert l'hospitalité aux terroristes et ceux qui ont encouragé l'action par la propagande".

RAPPEL DE QUELQUES "REACTIONS" AMERICAINES PRECEDENTES

"Le Soir" rappelle ce que furent dans le passé les "réactions" américaines : "Le 15 avril 1986, un raid américain frappait Tripoli et Benghazi, dont la résidence du colonel Kadhafi, en Lybie, faisant entre 60 et 100 victimes. Il s'agissait officiellement pour Washington de punir les auteurs d'un attentat contre une discothèque berlinoise fréquentée par des soldats américains, mais plus largement, de donner une sévère leçon à un chef d'Etat soutenant le terrorisme anti-américain. Tant que je serai dans ce bureau, lorsque nos concitoyens sont attaqués n'importe où dans le monde sur l'ordre direct d'un régime hostile, nous riposterons, commentait alors le président américain Ronald Reagan. Le 20 août 1998, c'est Bill Clinton, en pleine affaire Lewinsky, qui est aux commandes. Sur ses ordres, les Etats-Unis lancent sur des cibles terroristes en Afghanistan et au Soudan quelque 80 missiles Cruise en réponse aux deux attentats visant les ambassades américaines à Nairobi (Kenya) et Dar es-Salaam (Tanzanie) et qui avaient fait, 13 jours plus tôt, 225 morts dont 12 Américains. Les 16 missiles envoyés sur la capitale soudanaise, Khartoum, y avaient totalement détruit une usine pharmaceutique, " Al Shifa ", que le président Clinton expliquait avoir choisie parce qu'elle était associée au réseau Ben Laden et qu'elle était impliquée dans la production de matériel pour armes chimiques. En Afghanistan, l'attaque américaine a frappé six sites soupçonnés d'abriter des camps d'entraînement terroriste."

LA HAINE DES USA

Baudouin Loos, dans "Le Soir" analyse la haine des Etats-Unis : "dans tout le monde arabo-musulman, on trouve aisément les racines d'une haine parfois incommensurable à l'égard de l'Amérique. Deux dossiers très douloureux expliquent cette situation : la Palestine et l'Irak. Les souffrances de ces deux peuples - les Palestiniens depuis la création d'Israël en 1948 et les Irakiens depuis l'embargo des Nations unies de 1990 - sont en effet largement imputées dans les opinions publiques de l'espace musulman au parti pris américain, coupable à leurs yeux d'appliquer une politique de " deux poids deux mesures " favorisant Israël au détriment de la justice. Il reste malaisé de dire si les Américains ont jamais mesuré l'effet désastreux de leur image dans ce monde arabo-musulman. Pour l'Irak, ainsi, l'indifférence US envers le calvaire de la population mourant à petit feu n'a cessé de hanter l'esprit de millions de gens, tandis que l'humiliation des Palestiniens par Israël, telle que perçue par les masses, n'aurait jamais eu lieu sans le soutien massif et indéfectible de l'" Oncle Sam "."

LES AMERCAINS DECOUVRENT LA HAINE QU'ILS INSPIRENT DANS LE MONDE

Une autre conséquence des attaques attire l’attention du "Chicago Tribune". "Les Américains, écrit-il, ont brutalement pris conscience de l’animosité qu’ils suscitent parfois à travers le monde." "Dans toutes les classes et dans toutes les familles américaines", insiste le "Chicago Tribune", "c’est la même question qui a été répétée d’un bout à l’autre du pays : pourquoi sommes-nous si détestés ?"

 

L'AMERIQUE TRAUMATISEE SE DECOUVRE SOUDAIN VULNERABLE

"L'Amérique, frappée au coeur, tentait mercredi de surmonter le traumatisme provoqué par l'attaque terroriste la plus sanglante de son histoire et un soudain sentiment de vulnérabilité signant, pour beaucoup de commentateurs, "la fin de l'innocence" américaine", écrit l'AFP.

Résumant le sentiment de beaucoup d'Américains encore sous le choc de l'attaque contre les symboles emblématiques de sa puissance financière et militaire, le New York Times estimait mercredi dans un éditorial que "si une navette aérienne ordinaire peut être transformeé en missile de guerre, alors tout devient dangereux". "Le sentiment de sécurité des Américains a été profondément bouleversé, changé à jamais, et le mythe de l'invincibilité des Etats-Unis sérieusement terni", indique Robert Goldman, professeur de droit international à l'American University de Washington. L'attaque sans précédent sur New York et Washington dont les images hallucinantes continuent de passer en boucle à la télévision, représente pour "toute une génération d'Américains, comme Pearl Harbor il y a 60 ans, la fin d'une ère d'innocence" dit-il à l'AFP.

Les attaques contre le Pentagone et le World Trade Center "vont changer la façon dont les Américains vivent et travaillent aujourd'hui" renchérit Patrick Cody, porte-parole de l'Association américaine de santé mentale (National Mental Health Association). Il relève que les tragédies comme celle que viennent de vivre les Etats-Unis "attaquent la psyché nationale". "Il est important que les enfants mais aussi les adultes comprennent qu'il est normal de se sentir perdu, effrayé, en colère ou impuissant" dit-il à l'AFP.

Alors que les écoles demeuraient fermées à New York, Washington et dans la banlieue de la capitale américaine en Virginie et dans le Maryland, psychologues et médecins prodiguaient des conseils à la radio et sur les chaînes de télévision, suggérant notamment que les plus jeunes voient le moins d'images possibles des attentats. "Les jeunes enfants ne savent pas les interpréter" indiquait mercredi sur la chaine ABC un pédiatre, Tim Johnson. Pour sa part, Patrick Cody indique que les 340 centres de la NMHA à travers les Etats-Unis ont été mobilisés "pour aider les gens à faire face au traumatisme et ses symptomes". "Il faudra du temps avant que la poussière ne retombe et que la dimension de la tragédie soit entièrement assimilée", estime-t-il.

Expliquant le profond sentiment d'incrédulité ressenti encore par la majeure partie de la population américaine 24 heures après les attaques, Robert Goldman indique que "pour les Américains, la guerre a toujours été ailleurs, déshumanisée, comme la guerre du Golfe avec ses frappes chirurgicales, une sorte de jeu de Nintendo, et personne n'aurait imaginé que quelque chose d'aussi spectaculaire puisse se produire sur le sol américain".

Les spécialistes relèvent également qu'il est important de ne pas s'engluer dans le chagrin, la frustration ou la colère. Selon un sondage, l'immense majorité des Américains (86%) considère comme un acte de guerre les attaques au coeur de New York et Washington, et près de 90% sont en faveur de représailles militaires contre leurs auteurs.

L’"AMERICAN WAY OF LIFE" EN QUESTION

"Libération" cite l’auteur du livre "Sept scénarios de l’apocalypse" qui a prophétisé ce qui vient d’arriver aux US. "Ce système (économique) que nous considérons comme le meilleur est vu comme une agression par deux terriens sur trois".

"Nous sommes là au cœur du problème. C’est notre mode de vie qui est mis en cause. Depuis 50 ans nous suivons aveuglément le "Great way of life" américain. Dans une totale inconscience et avec une sidérante irresponsabilité nous vivons aux dépends des pays pauvres. Nous pillons leurs ressources, nous leur imposons nos lois, nos idéaux sans égard pour leurs cultures, leurs identités. Et tout cela pourquoi ? Pour que nous puissions consommer, consommer et encore consommer. Cet acte effroyable et symbolique qui surgit brutalement dans notre horizon est le miroir exact de la violence qu’exerce nos sociétés occidentales développées sur le reste du monde. La même quantité de violence concentrée en un seul lieu. Qui osera prétendre aujourd’hui que l’on peut éradiquer le terrorisme en terrorisant les terroristes ? Une telle politique (hélas la plus probable vu l’autisme de nos dirigeants) ne fera que rendre notre monde plus conforme aux films de science-fiction les plus sombres. Un monde hyper policé, hyper violent, hyper désocialisé. Bref un monde comme le notre mais en pire".