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L'actualité commentée du Parti Communautaire National-européen - PCN-NCP

 

PCN-Infos du 16 juin 2010

ELECTIONS LEGISLATIVES ET SENATORIALES BELGES DU 13 JUIN 2010.
Les résultats / Une grande claque pour le régime belgicain (2) :
Face à deux communautés que désormais tout sépare, "la fin de la Belgique n'est plus qu'une question de temps" !

 

Par Luc MICHEL


Après le triomphe électoral des nationalistes flamands au soir du 13 juin, la particratie du nord comme du sud faisait tout pour minoriser cette victoire écrasante : 47% aux formations républicaines et indépendantistes (N-VA, VB – le noyau dur des indépendantistes, 13% des voix-, LDD), dont 32% au seul parti de Bart de Wever, pour qui près de 800.000 Flamands ont voté à titre personnel.

Oubliée sur les plateaux de télévision et dans les media la diabolisation du leader flamand, menace absolue pendant les trois dernières semaines de la campagne électorale ! On voyait même les vaincus démocrates-chrétiens (effondrement des flamands du CD&V et recul en sièges – appelé « stabilisation » (sic) – des francophones du CDH), la famille politique dominante en Belgique depuis 1945, par la voie de la présidente du CDH préciser qu’après tout « ce n’était que 30 sièges » (resic) et qu’ « Il n'y a pas de nouvel empereur en Belgique » (mais bien un défaiseur de roi …). A noter qu’avec ses 27 députés, la N-VA fait désormais mieux, à elle seule, que la famille chrétienne et CDH dans son ensemble …

L’autisme ou l’hypocrisie des politiciens francophones dépassant relevant une fois de plus, une fois de trop, du fameux « surréalisme à la Belge ».

Pour prendre toute la mesure de la victoire des indépendantistes flamands et du coup mortel porté au système belgicain, il faut lire la presse européenne, unanime toutes tendances confondues.

EL PAÏS, qui titre « La victoire des séparatistes défie l'unité de la Belgique ». Pour lui, « le boom des séparatistes ouvre une période d'incertitude sur la gouvernance d'un pays qui sera bientôt à la présidence de l'Union européenne ». Le quotidien de centre-gauche estime encore que « la Belgique est l'homme malade de l'Europe » plongé dans une « convalescence éternelle » mais dont la « subite dégradation électorale d'hier pose sérieusement la possibilité d'une rupture institutionnelle ». En Italie, LA REPUBBLICA note que « la Belgique se divise en deux », tandis que le CORRIERE DELLA SERRA, qui mentionne une « séparation institutionnelle », souligne que « la Belgique est devenue un pays divisé » et s'inquiète pour l'avenir de Bruxelles. « En Belgique, le vote secoue l'Etat », titre encore le CORRIERE DELLA SERA. « La mort de la Belgique, si jamais elle se produit, sera un événement irrationnel provoqué par des incompatibilités et des disputes (…) Mais la rupture surprendra seulement ceux qui sous-estiment l'importance des émotions dans les comportements politiques ».

« Le séparatiste (Bart de Wever) triomphe en Belgique », écrit LA STAMPA. Le résultat des nationalistes flamands « représente un séisme politique pour la Belgique ». En Allemagne, DIE WELT (droite) constate que « les élections législatives renforcent la division de la Belgique », à l'instar du SÜDDEUTSCHE ZEITUNG (centre-gauche) qui estime que le « vote du week-end a montré qu'il est de plus en plus difficile de préserver l'unité du pays ».

En France, LE FIGARO fait valoir que « la victoire des indépendantistes flamands fragilise la Belgique » et que « l'avenir du royaume dépend de ce que le vainqueur va faire de son succès dans les urnes ». Pour Jean-Pierre Stroobants, du MONDE, la situation doit être assimilée à un « tsunami » et « un tremblement de terre ». LE PARISIEN écrit que « l'horizon du Plat Pays se brouille » et que la « situation politique devient inextricable » après « le raz-de-marée électoral des nationalistes flamands » qui « plonge la Belgique dans une période de lourdes incertitudes ».

Même analyse dans la presse flamande, plus lucide. Pour l'éditorialiste du MORGEN, Yves Desmet, l'issue du scrutin est « historique dans la mesure où jamais auparavant, on a assisté à un tel glissement de voix. Bart De Wever a construit un nouveau large parti du centre, faisant aussi en sorte que les trois partis "classiques" n'atteignent plus, ensemble, la moitié des voix ». « L'événement est historique en ce que pour la première fois, un parti nationaliste est la première formation de Flandre », a souligné Pieter Blomme, du quotidien DE TIJD.

Nous laisserons la conclusion – que nous partageons – au journaliste Eric Zemmour (cité par LA LIBRE.BE) : « la fin de la Belgique n'est plus qu'une question de temps (…) Bruxelles est la seule marque belge connue dans le monde (…) La Belgique ne tient plus que par Bruxelles ».

La Belgique, comme nous l’analysions déjà avant le 13 juin, est dans une impasse totale. Au lendemain du 13 juin, un grand jeu de dupes a commencé.

Pour de Wever et les nationalistes flamands, il s’agira de naviguer entre un objectif minimaliste : le dépeçage de la Belgique en un état « confédéral » donnant un maximum d’autonomie à la Flandre. Et un objectif maximaliste : le blocage des institutions belges, par « une stratégie de pourrissement et de blocage comme groupe politique le plus important et en tant que membre du gouvernement flamand », comme l’écrit DE MORGEN, la responsabilité de l’échec devant alors reposer sur les Francophones.

Pour la particratie francophone, mais aussi celle du nord hors formations républicaines, il s’agit de mouiller la N-VA dans des négociations et un gouvernement de coalition et de lui faire décevoir son électorat. Aucune loyauté, aucun avenir sérieux n’est à attendre de tels calculs politiciens.

Pour comprendre, à nouveau, le surréalisme de la situation, le roi a du confier les pourparlers pour la formation d’un gouvernement – le temps presse, en juillet la Belgique présidera l’UE et son président le démocrate-chrétien Van Rompuy (issu du CD&V) et ses maîtres mettent la pression – supposé « sauvegarder la Belgique » au président d’un parti républicain et indépendantiste, dont le premier article des statuts appelle à l’indépendance d’une République flamande sur le cadavre de la Belgique et l’abolition de la monarchie. Bart de Wever à du savourer toute l’ironie de la situation !

« De Wever n'en fait pas mystère : pour lui, le confédéralisme (à la Belge) ne représente qu'une étape, analyse LA LIBRE BELGIQUE. Vers quoi ? L'indépendance de la Flandre, pardi. En attendant ce grand soir, sa stratégie lui permet de maintenir un cap radical, sans effaroucher ces nombreux électeurs néerlandophones qui veulent plus d'autonomie pour la Flandre, mais ne désirent pas la fin de la Belgique. Bien joué, Bart ! »

Comme nous l’écrivions dans une précédente chronique, « demain, ou plus tard – car des forces puissantes au niveau de l’Ue, de l’OTAN, des pays anti-français, et des réseaux financiers liés à l’influente Monarchie belge s’opposent en coulisses à la disparition de la Belgique – lors d’une prochaine élection, l’impasse sera définitive ». Fabrice Grosfilley explique dans l’hebdo TELE-MOUSTIQUE que « La Belgique est en crise communautaire depuis 2007. On ne peut plus connaître deux ou trois années comme ça. Si on se retrouve dans le même scénario, avec les mêmes blocages, ça signifiera que les négociations ne sont pas possibles. Et il deviendra inévitable non pas de parler de réforme de l'Etat mais de démentèlement de l'Etat ».

Le « confédéralisme » est la dernière formule trouvée par la particratie belgicaine pour sauver les meubles dans une maison Belgique en feu.

Le vocabulaire politique belgicain est une monstruosité qui effraie tous les spécialistes du Droit constitutionnel, y compris en Belgique. Le « confédéralisme » à la belge n’a en effet rien à voir avec celui de tous les autres états du monde. Comme l’avoue Francis Delpérée, tête de liste CDH au Sénat, mais aussi professeur de Droit constitutionnel, dans un moment de lucidité ou d’honnêteté : « Dans aucune université du monde, je n'ai entendu un prof de droit dire que le fédéralisme et le confédéralisme, c'était la même chose. Les Belges ne peuvent pas se faire leur petit vocabulaire à eux tout seuls ».

« Le confédéralisme, c'est une alliance entre des Etats indépendants et souverains, qui décident de gérer en commun certaines matières, peu nombreuses », précise Hugues Dumont, professeur de droit constitutionnel aux Facultés Saint-Louis de Bruxelles. « Parmi les cas emblématiques figure la Confédération américaine qui, à la fin du XVIIIe siècle, a précédé la fondation des Etats-Unis. Avant l'unification de l'Allemagne par Bismarck, en 1871, il y eut aussi une Confédération germanique. Quant à la Suisse, elle est un Etat fédéral depuis 1848, bien qu'elle porte toujours le nom de « Confédération helvétique », souvenir d'un passé où les cantons étaient réellement indépendants ». « On ne parle jamais d'un Etat confédéral, mais d'une confédération d'Etats », insiste Hugues Dumont.

Et ajoutons que l’état va toujours du confédéralisme au fédéralisme, ce dernier prenant souvent en dernier stade, ouvertement ou non, les formes unitaires.

Pour les politiciens belges, il s’agit de faire l’inverse. C’est-à-dire quelque chose qui n’existe ni dans l’histoire des états, ni dans celle du Droit constitutionnel. Ils « affirment cependant ne pas concevoir le confédéralisme comme une association d'Etats indépendants. Pour eux, il s'agit plutôt d'un « au-delà» du fédéralisme actuel, qui augmenterait encore le poids des Régions et des Communautés. La Belgique subsisterait en tant qu'Etat, mais ne s'occuperait plus que d'un nombre réduit de compétences. Une perspective envisagée dans le sud du pays avec moins d'effroi que par le passé ».

La N-VA s’est emparée du concept de « confédéralisme » et l’a fort adroitement retourné contre la Belgique. Prenant au piège ses concepteurs belgicains. De Wever a, lui, une vision maximaliste du sujet : « en plaidant pour le confédéralisme, la N-VA ne renonce en rien au rêve d'une Flandre indépendante. Tout juste consent-elle à déléguer une poignée de compétences à un reliquat d'Etat belge ». La N-VA et les partis belgicains « n'ont donc pas la même définition du mot », commente LA LIBRE BELGIQUE. Celui de la N-VA « ressemble comme deux gouttes d'eau à ce « séparatisme feutré» conspué par le roi Albert II. Il frappe avec insistance à la porte de la maison Belgique. Il est l'invité sans gêne de cette campagne maussade. Et si le confédéralisme était, déjà, le vrai vainqueur de ces élections ? Ralliée de fraîche date à ce concept politique aux contours flous, la N-VA en parle désormais avec la foi des convertis. Ah bon ? La N-VA ne serait plus séparatiste ? Ses chefs de file, Bart De Wever et Geert Bourgeois, renonceraient à leur projet de toujours, l'indépendance de la Flandre ? Que nenni ! De Wever n'en fait pas mystère : pour lui, le confédéralisme ne représente qu'une étape. Vers quoi ? L'indépendance de la Flandre, pardi ».

Tout cela aura évidemment des répercussions sur l’Ue, dont les fondateurs appartenaient en grande partie à cette même démocratie-chrétienne qui a si longtemps dominé la Belgique. Et qui figurent parmi les meilleurs valets de l’impérialisme américain et de sa vision de l’Ue comme second pilier de l’Empire américain (relire les analyses de Jean Thiriart et leur double en négatif, celles de Zbigniew Brezinski dans son GRAND ECHIQUIER).

L’idéologie démocrate-chrétienne qui domine l’Ue est évidemment la même que celle qui a échoué en Belgique. Pour le quotidien démocrate-chrétien allemand NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG, un « Etat fondateur de l'Union européenne se détruit lui-même. La victoire historique des nationalistes flamands (...) ne signifie rien de bon pour l'Ue ». Nous y reviendrons dans une prochaine chronique …

Comme on le voit, la formule ultime sensée « sauver la Belgique » ressemble bien plus à enterrement de seconde classe qu’à un concept d’avenir. L’entité belgicaine est entrée en coma profond. On peut prolonger longtemps encore artificiellement l’agonie. Mais on ne pourra éviter l’issue fatale.

BELGICA DELENDA EST !

 

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