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L'actualité commentée du Parti Communautaire National-européen - PCN-NCP

 

PCN-Infos du 19 novembre 2007

NOUVEAU « DRANG NACH OSTEN » DE L’OTAN :
L'ABM EST BIEN DIRIGE CONTRE LA RUSSIE !

 

« Il est clair que les éléments de la défense antimissile (ABM) que Washington souhaite déployer en Europe sont dirigés contre la Russie », a déclaré le chef de l'Etat-major général des forces armées russes le général d'armée Iouri Balouïevski (13/11/2007).

Le président de la Douma (chambre basse du parlement russe) M. Gryzlov dénonce la « logique de guerre froide » des Occidentaux qui aggrave les tensions avec la Russie : « Pour moi, il est évident que la menace de l'aggravation des tensions en Europe est tout à fait réelle et que cela s'explique largement par le fait que tous les partenaires de la Russie ne sont pas prêts à renoncer à la logique de guerre froide ». « Au moment de la réunification de l'Allemagne, l'OTAN avait promis de ne pas s'élargir vers l'Est, sans jamais tenir sa promesse », a-t-il rappelé. Selon M. Gryzlov, les tensions se sont multipliées quand les Etats-Unis ont voulu renforcer leur présence militaire en Europe en y déployant des éléments du bouclier antimissile. « Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle guerre froide, mais nous sommes obligés de veiller à notre sécurité, et toutes les mesures qui s'imposent seront prises en cas de nécessité ».

La question du déploiement des ABM américains aux frontières polonaises et tchèques de la Russie, mais aussi dans le Caucase, sous prétexte d’une hypothétique « menace iranienne », est une nouvelle étape dans l’encerclement de la Russie, telle qu’elle est théorisée par les idéologues et les géopoliticiens de l’OTAN.

Les Etats-Unis demandent à la République tchèque et à la Pologne d'accueillir sur leur sol des éléments du bouclier antimissile américain pour parer à d'éventuelles attaques venant d'Iran ou de Corée du Nord. Le projet de Washington prévoit de déployer un radar en République tchèque et dix installations antimissiles en Pologne.

Par ailleurs, ce projet n’est qu’un premier pas, un coup d’essai. Selon Alexeï ARBATOV, directeur du Centre de la sécurité internationale de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales, « le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe ne doit pas être négligé, malgré son potentiel insignifiant par rapport aux forces russes de dissuasion nucléaire. Tout d'abord, parce que, comme le reconnaissent eux-mêmes les experts américains, il s'agit d'un programme de défense antimissile qui va être poursuivi. Cela signifie que ni les Etats-Unis, ni leurs alliés ne peuvent garantir que tout cela se bornera à un radar en République tchèque et une base avec 10 intercepteurs de missiles en Pologne. Autrement dit, Washington ne garantit pas que le nombre de ses missiles ne sera pas 10, 15 ou 100 fois plus grand ».

Moscou, se sentant menacé, a exprimé à plusieurs reprises son hostilité envers ce projet malgré les tentatives américaines pour rassurer la Russie. Elle a ouvert la voie à la remise en cause des traités qui assurent le statut-quo des forces militaires en Europe depuis la Guerre froide. Le Moratoire russe sur l'application du traité FCE doit être compris dans cette optique : un dernier avertissement lancé par la Russie à l'Occident.

« De vifs débats sur le traité FCE (Traité sur les forces conventionnelles en Europe) perdurent. L'Occident et la Russie ont des points de vue différents sur l'application de ce traité par ses signataires, analyse le quotidien russe ROSSIÏSKAÏA GAZETA. Les Européens estiment que la Russie ne doit pas être effrayée par les troupes de l'OTAN se trouvant dans les pays baltes, en Roumanie et en Bulgarie, car elles sont sans commune mesure avec les forces armées russes. La Russie estime, au contraire, que l'Occident a enfreint toutes les règes du jeu ainsi que les traités bilatéraux, qu'il a élargi la zone d'influence de l'OTAN et installé son infrastructure militaire à proximité immédiate des frontières russes. Moscou est persuadé que des efforts sont déployés afin d'évincer la Russie des régions de la mer Noire et de la Caspienne en vue d'étendre les structures de l'OTAN à la Géorgie et au Caucase du Sud, pour que Moscou ne puisse plus influer sur ces régions ayant une importance stratégique pour la Russie. La Russie s'oppose à ces projets, pour l'instant occultes, de l'Occident ».

A vrai dire, ce processus défavorable pour le continent européen – comme le sont toutes les manœuvres de l’OTAN depuis 60 ans – a été provoqué par le président américain George W. Bush. Au début de son mandat, il a intensifié les travaux de création du système de défense antimissile (ABM) et s'est mis à former un ordre mondial particulier avec l'Amérique en tête, au mépris des intérêts de la Russie et même de l'Union européenne. Moscou ne fait que commencer à réagir aux actions de George W. Bush. Il a exigé que ses intérêts dans le domaine de la sécurité européenne, entre autres, soient pris en considération par les occidentaux.

Les Américains, avec le cynisme qui accompagne inévitablement leurs belles déclarations moralisantes hypocrites, jettent déjà le masque et reconnaissent le caractère anti-russe du déploiement des ABM. Condoleezza Rice évoque en effet ouvertement la possibilité de conflits avec Moscou.

La secrétaire d'Etat américaine a présenté début novembre une analyse détaillée des relations russo-américaines et sa vision de leur développement ultérieur. Dans une interview accordée au quotidien DALLAS MORNING NEWS, Rice a déclaré que « la politique énergétique russe représentait le principal défi de la Russie vis-à-vis du monde extérieur ». Concernant les relations qu'entretiennent les Etats-Unis avec Moscou depuis la disparition de l’URSS, la diplomate a fait ressortir trois aspects principaux : la coopération sur les sujets globaux, les contacts dans l'espace postsoviétique et la perception de la politique intérieure de la Russie par Washington. Il est à noter que ce sont ces deux derniers points qui préoccupent le plus la Maison-Blanche. La situation se révèle « compliquée », selon Rice, en matière de coopération entre Moscou et Washington dans l'espace de l'ancien Pacte de Varsovie. Selon Condoleezza Rice, les Etats-Unis pourraient « se retrouver bientôt impliqués dans des conflits liés à la Russie ». Elle a aussi précisé que « Moscou était en train de faire valoir ses intérêts dans cette région après une période d'incertitude dans les années 1990 ».

Les « préoccupations les plus fortes de Washington sont liées à la concentration du pouvoir au Kremlin » et, « par conséquent, au renforcement du contrôle de l'Etat sur les ressources pétrolières et gazières du pays ». C'est la politique pétrolière et gazière de Moscou qui représente « le plus grand défi », a affirmé la secrétaire d'Etat, pour qui un Etat russe faible et corrompu, comme celui de l’ère Eltsine, est évidemment préférable.

« Il y a plusieurs moyens de régler le problème du traité FCE, expose le politologue Alexander RAHR, expert du Conseil allemand pour la politique étrangère. Premièrement, il s'agit d'une solution d'ensemble comprenant les concessions de la Russie sur le Kosovo et l'Iran, ainsi que celles des Etats-Unis sur la défense antimissile et le traité FCE. Si la Russie et les Etats-Unis parviennent à une entente, ils ne l'afficheront pas. Il s'agira d'un jeu en coulisses, une sorte de marchandage mené comme dans un bazar oriental. Cette solution d'ensemble pourrait permettre à la Russie de gagner du temps ou de s'entendre sur les problèmes les plus importants pour elle. Mais ce serait la solution la plus cynique aussi bien pour l'Occident que pour la Russie.

Une autre solution est également possible: la Russie et l'Occident mettront fin aux pourparlers et ne se soucieront plus du traité FCE, d'autant que ce traité n'est plus efficace. Tout le monde l'oubliera et agira à sa guise: la Russie déploiera ses bases militaires à la frontière de l'Union Européenne tandis que l'OTAN poursuivra son élargissement dans le Caucase ».

Dans tous les cas, l’Europe et les Européens, de Vladivostok à Reykjavik, seront tous perdants.

C’est d’ailleurs le second but des USA dans ce dossier : rétablir un climat de guerre froide en Europe et séparer durablement l’Union Européenne et la Russie, cette seconde Europe.

 

Luc MICHEL
 

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