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PCN-Infos du 02 mai 2005

 

DEMAIN, LA « QUATRIEME ROME » :
L’EUROPE JUSQU'AU SAHARA
ET DE TANGER A ANTIOCHE !

 

La Turquie, province d’Europe.
La Méditerranée pont entre les Peuples de toute la Méditerranée.
Vers l’intégration des deux rives de la Méditerranée.

« L’Europe a besoin de la Turquie, pas seulement pour sa très grande importance stratégique, mais surtout parce que la Turquie est en premier lieu une province de notre Europe » (LA NATION EUROPEENNE – 1967).

« En 1964, le problème politique-historique se pose de la manière suivante : les Turcs contrôlent l’accès à la Méditerranée orientale, l’Europe doit contrôler cette mer, donc les Turcs sont Européens. Il reviendra aux moralistes, aux écrivains, aux historiens, dans un mot aux intellectuels d’ajouter à mes considérations réalistes les ornements habituellement demandés » (Jean THIRIART – 1964).

« Le Bosphore constitue le centre de gravité d’un Empire qui dans un sens va de Vladivostok aux Açores et qui dans l’autre va de l’Islande au Pakistan. Istanbul est le centre de gravité géopolitique d’un Empire euro-soviétique » (Jean THIRIART – 1983).

En 1986, le PCN lançait avec Jean THIRIART la première campagne européenne pour l’entrée de la Turquie dans ce qui était encore la « Communauté économique européenne ». Depuis le début des années 80, nous précisions que les Communautaristes européens voulaient une « Grande Europe élargie aux deux rives de la Méditerranée ».

Notre position était alors bien isolée. Elle a fait du chemin depuis. Et notre revue CONSCIENCE EUROPEENNE lançait un slogan appelé à faire débat : « La Turquie province d’Europe » (1). Avec vingt ans d’avance, nous lancions – dans l’indifférence générale des partis traditionnels et sous les cris de haine de l’extrême-droite xénophobe – ce qui a fini par devenir l’un des enjeux majeurs du débat européen à l’aube du Troisième millénaire.

Ajoutons que nous ne faisions que reprendre l’une des idées-force de notre idéologie, le Communautarisme européen, exposée dès 1964 par son principal théoricien Jean THIRIART (2). Ajoutons encore que si nous sommes étouffés ici en Europe, nos idées ont été à plusieurs reprises exposées de l’autre côté de la Méditerranée, où elles ont rencontré un intérêt certain.

Dans le cadre de la même campagne pour la création d’une Europe-puissance reposant sur des critères exclusivement politiquesl’Europe comme communauté de destin et projet de culture et de civilisationet géopolitiques (3), nous prenions partie pour l’intégration rapide de l’Afrique du Nord dans la CEE.

Ce second aspect – dont on débat fort discrètement à Bruxelles depuis la fin des Années 70 – est encore relativement laissé dans l’ombre mais est un des axes majeurs de la politique extérieure de l’Union européenne. Gageons qu’ici aussi nous aurons fait œuvre de pionniers et que nous aurons annoncé ce qui sera l’horizon de l’Unité européenne dans quelques années.

J’ai longuement exposé récemment nos arguments pour la création d’une Grande-Europe impérialeet non impérialistejusqu’au Sahara, de Tanger à Antioche. Et j’y renvoie nos lecteurs (4).

J’ajouterai que notre opposition radicale au projet de constitution « européenne » concoctée par les valets de Washington qui entendent nous imposer une Europe américanisée, pilier de l’Atlantisme et du capitalisme – et que nous résumons sous le slogan « Leur « Europe » n’est pas la nôtre ! » – repose notamment sur la volonté d’y imposer le critère géographique réducteur comme une obligation.

Ici aussi la contradiction interne de l’Europe institutionnelle – celle qui oppose la logique impériale de l’outil de puissance (notre Ecole géopolitique professe qu’il y a une « physique des états et des nations » liée à leur dimension) qui se forge à Bruxelles à la volonté des politiciens « européens » d’inscrire la construction européenne dans le cadre de la vassalité atlantiste à Washington – apparaît au grand jour.

Accepter le critère géographique pour les futures adhésions à l’Union Européenne, c’est tuer dans l’œuf tout projet impérial, c’est-à-dire la volonté d’une Europe unitaire, grande, libre.

Mais je voudrais ici souligner combien le discours que nous tenons depuis quatre décennies sur la Question turque rencontre un écho au sein des élites turques, où est partagée notre vision de l’intégration turque sur la base du socle des valeurs kémalistes républicaines et laïques. Que les adversaires xénophobes de l’entrée des Turcs dans l’Europe ont un peu rapidement enterrées.

Ecoutons Hilmi Özkök, le chef d'état-major de l'armée turque (dont on sait le rôle civique et politique qu’elle joue), dont les paroles font directement écho aux thèses de Jean THIRIART, et pour qui la Turquie « n'est pas un pays de l'islam » et qui rappelle que « le moteur du développement de la démocratie turque, c'est la laïcité ».

Dans son discours annuel d'évaluation de la situation en Turquie et dans le monde, présenté devant le Commandement des Académies militaires turques, le chef d'état-major a été on ne peut plus clair : « Les principes laïques constituent les valeurs clés de la République Turque (…) A peu près 99% de la population turque est musulmane. Mais la Turquie est un Etat de droit, laïque et démocratique. Elle n'est ni un pays de l'islam, ni un Etat islamiste. Il serait erroné de nous montrer comme modèle pour démontrer que l'on peut transformer facilement les pays à majorité musulmane en états démocratiques. Ce qu'on oublie c'est que le moteur du développement de la démocratie turque c'est la laïcité ».

Hilmi Özkök a aussi insisté sur le fait que « la République turque n'a pas de religion officielle. La République prend soin de ne pas mêler les préoccupations religieuses avec les affaires d'Etat et du monde et voit dans le progrès de notre nation en accord avec son temps, la condition sine quanon de la réussite. Les principes laïques constituent les valeurs clés de la République turque. C'est seulement avec cette qualité que la Turquie peut être donnée comme exemple ».

Je tiens à aborder ici un autre aspect de la problématique de l’élargissement européen : le désir d’unité des peuples qui aspirent à rejoindre la Communauté de destin européenne. En Turquie ou au Maroc notamment.

Au Maroc, justement, où des milieux influents développent là aussi des thèses que nous exposons depuis le milieu des années 60.

« Et si le Royaume devenait européen » interroge LE JOURNAL-HEBDO, un grand hebdomadaire marocain, qui titre sur « Le Maroc, 27ème étoile de l'Europe ? » et précise que « Sur le Vieux continent, la question de l'adhésion de la Turquie à l'Europe a fait entrer le Maroc dans la danse » (5). La vision marocaine de l’intégration européenne repose sur une vision géopolitique qui est fort significativement la même que la nôtre et où l’Idée impériale – où l’Empire est la communauté de destin des peuples qu’il unit – est directement présente.

Ainsi pour l'économiste Hassan Benabderrazak, qui a mené il y a plus d'un an les négociations agricoles avec Bruxelles, il s’agit de « Consolider les marches de l'empire » : « Tout empire a besoin de consolider ses marches. Il y a une complémentarité démographique entre les rives nord et sud de la Méditerranée. Et économiquement, l'Europe doit avoir un bloc homogène pour contrer les blocs américain et asiatique. Et puis il y a une dynamique dans un processus d'adhésion dont bénéficie aussi l'Europe : aujourd'hui, la croissance européenne est tirée essentiellement par les pays du Sud du continent ».

En Turquie, on partage la même volonté de participer à la construction de l’Europe-puissance. Ecoutons le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan évoquer le renfort turc à l’Europe géopolitique et le devenir de l’Europe comme « puissance globale » et projet de civilisation : « Il faut rappeler plus souvent que la Turquie est un pays laïque. Mais c'est surtout l'attitude objective de la presse et sa bonne volonté qui sont importantes. Malheureusement, il y a beaucoup d'approches erronées, dans la presse écrite et télévisée, dans la manière de représenter la Turquie. Et puis, l'Union européenne n'est pas un club chrétien. Nous considérons l'Europe comme un lieu de conciliation et de rencontres des différentes civilisations. La Turquie apportera une très grande contribution pour que l'Union devienne une puissance globale. Donc la Turquie va contribuer à un développement positif de l'Union à la fois par cette dimension de rencontre des différentes civilisations et par l'apport de sa population dynamique (…) Par ailleurs, il faut aussi se poser la question de savoir si la population turque jeune et de haute formation est un avantage ou un désavantage pour l'économie européenne. Et il convient de mener cette réflexion en ayant en tête les propres projections démographiques de l'Europe » (6).

Quant à savoir ce qu’en pensent les Européens eux-mêmes, la question risque d’attirer de surprenantes réponses.

Rappelons que plusieurs centaines de milliers de Turcs et de Nord-Africains et singulièrement de Marocains vivent déjà à Bruxelles (qui est aussi une grande ville arabe), où beaucoup sont déjà citoyens. Et que plusieurs millions de nos compatriotes de Turquie et d’Afrique du Nord car pour nous ils sont déjà, tout comme les Turcs, des Européens politiques – vivent depuis plusieurs décennies dans l’Union européenne.

Dans un sondage publié il y a quelques semaines par le quotidien français LE FIGARO, près de 40 % des Français se prononçaient pour une éventuelle adhésion du Maroc, plaçant ainsi le Royaume chérifien avant la Turquie. Il faut souligner ici la sagesse populaire – des deux côtés de la Méditerranée – et y opposer la criminelle nocivité des politiciens issus de la corruption parlementaire et ploutocratique. Ces sinistres prédateurs qui n’ont rien compris et rien appris depuis que leurs prédécesseurs du début du XXe siècle ont conduit, en août 1914,  peuples et nations au grand suicide de la Vieille Europe.

« Les Dardanelles – rappelait THIRIART – constituent un lieu stratégique pour l’Europe (…) La Turquie est une province de la Grande Europe. Donc, les campagnes de presse turcophobes non seulement sont de très mauvais goût, mais elles sont idiotie politique. Certes, il y a le problème des immigrés turcs dans les communes de Bruxelles. Mais c’est un problème social. Les auteurs des campagnes de presse susdites se révèlent des politiciens de sous-préfecture, ils se pavoisent du titre d’ « Européens » sans même savoir ce qu’est l’Europe (…) Il faut condamner avec une extrême sévérité toute la littérature nationaliste allemande anti-italienne et toute la littérature nationaliste belge anti-turcs. Il s’agit de sentimentalisme et de xénophobie dangereux pour l’unité politique de l’Europe (…) L’Europe contiendra des Turcs, des Maltais, des Siciliens, des Andalous, des Tatars de Crimée – il en reste –, des Afghans. Pour le simple fait que l’Europe ne pourra pas exister de manière vivable sans posséder et contrôler les territoires habités par ces peuples » (7).

En 1987 (8), THIRIART ajoutait qu’ « Il est évident que la construction de l'Empire euro-soviétique doit se faire dans un cadre politique pur et que cette construction exige impérativement l'éradication impitoyable d'un quelconque racisme anti-turc, anti-arabe. C'est l'anti-racisme POUR RAISON D'ETAT. Dans la construction grande-européenne, celle de l'Empire euro-soviétique, le racisme constitue une atteinte à la Sûreté de l'Etat. Pour Luc MICHEL, tout comme pour moi, la géopolitique est le départ du raisonnement logique de la construction d'un Etat-Nation et pas un simple argument de rhétorique pédante. Nous sommes anti-racistes pour des raisons de lucidité politique et non pas publicitaire comme chez les exhibitionnistes pathologiques de la LICRA et autres furieux (…) Le racisme anti-turc, le racisme anti-arabe, nous les condamnons dans la condition essentielle et primordiale de turcs laïcs et d'arabes laïcs. Luc MICHEL et moi-même n'avons aucune tendresse pour l'Islamisme, aucune indulgence ou patience, pourrait-on dire ».

Deux décennies plus tard, il n’y a pas une ligne à changer. Mais le contexte, lui, l’est profondément. Car notre position est aujourd’hui au cœur du débat européen. Celle de savoir si l’Europe sera demain une puissance impériale – la « Quatrième Rome » (9)unissant les peuples de Vladivostok à Reykjavik et du Québec au Sahara dans une Communauté de destin et une vision du monde.

Où si elle restera un club non pas chrétien mais singulièrement catholique (car la fausse « Europe » des nains de la particratie est aussi anti-russe et anti-orthodoxe), frileusement repliée sur la nostalgie des croisades, la réaction vaticane (symbolisée hier par l’anti-communiste rabique Wodjdila et aujourd’hui par l’ex Hitler-Jungen Ratzinger, ferme soutien de Bush lors de sa dernière campagne électorale et adversaire rabique de l’intégration turque) (10) et la xénophobie peureuse partagée des franges du néo-nazisme aux cénacles des droites bourgeoises. C’est-à-dire une Europe-croupion repliée sur un passé à jamais disparu, sur « une philosophie et un style de vie pour vieux » et une « vision extrêmement sentimentale de l’histoire » comme l’écrivait THIRIART en 1964.

Pour notre part, nous avons choisi depuis longtemps. Comme l’écrivait le grand écrivain Alexis Curvers, nous sommes « des citoyens de l’Empire romain » !

 

Luc MICHEL

 

Notes et renvois :

(1) Cfr Jean THIRIART, « La Turquie, la Méditerranée et l'Europe » et Luc MICHEL, « La Turquie, Province d'Europe », in CONSCIENCE EUROPEENNE, n° 18, juillet 1987. 

(2) Dès 1964, THIRIART écrivait ce qui suit : « La Turquie est europénne [...] les nationalistes [ainsi qu’ils s’autodéfinissent] sont des individus d’insuffisante imagination et d’insuffisante ambition. [...] Le nationalisme – dans la sémantique actuelle du terme – est une philosophie et un style de vie pour vieux, même si, peut-être, ses partisans n’ont que dix-sept ans dans le sens physiologique. Lorsqu’il m’est arrivé de déclarer que “la Turquie est européenne”, j’ai soulevé un déluge de protestations pédantes. Mais comment ? Et le Turc ennemi héréditaire ? Et le musulman abhorré ? Il n’a rien manqué dans tout cela, y compris le tableau du massacre de Chio. Les nationalistes ont une vision extrêmement sentimentale de l’histoire : on pourrait dire qu’ils ont une optique inversée de la réalité. En 1964, le problème politique-historique se pose de la manière suivante : les Turcs contrôlent l’accès à la Méditerranée orientale, l’Europe doit contrôler cette mer, donc les Turcs sont Européens. Il reviendra aux moralistes, aux écrivains, aux historiens, dans un mot aux intellectuels d’ajouter à mes considérations réalistes les ornements habituellement demandés. Il est criminellement imbécile de repousser l’Espagne hors du Marché commun au nom de la démocratie, comme le font les socialistes fanatiques ; il est stupide d’ostraciser la Yougoslavie de Tito, comme le voudrait la droite, cela parce que l’Espagne et la Yougoslavie sont en premier lieu des territoires européens et seulement de manière entièrement accessoire et précaires les sièges respectifs du Franquisme et du Titisme. Il en est de même sur ce qui se dit au sujet de la Turquie, dont nous avons besoin. »  (in « La criminelle nocivité du petit nationalisme : Sud-Tyrol et Chypre », in JEUNE EUROPE, hebdomadaire, 6 mars 1964).

(3) Sur notre vision géopolitique de l’Europe-puissance, lire :Luc MICHEL, « Une nouvelle étape est franchie vers la Grande Europe que prophétisait Jean Thiriart : NOUS SOMMES 475 MILLIONS DE CITOYENS EUROPEENS ! », PCN-INFO HEBDO, 1er mai 2004.

& Luc MICHEL, « LES CONCEPTIONS GEOPOLITIQUES DE JEAN THIRIART : LE THEORICIEN DE LA NOUVELLE ROME », conférence (donnée dans le cadre du cycle de formation organisé conjointement depuis 1999 par l’« Institut d’Etudes Jean Thiriart » et l’ « Ecole de Cadres Jean Thiriart » et consacré à « JEAN THIRIART : L’HOMME, LE MILITANT ET L’ŒUVRE »), Bruxelles, 19 septembre 2003.

Texte sur le site de l’ « Association Transnationale des Amis de Jean Thiriart » et de l’ « Institut d’Etudes Jean Thiriart » (voir « conférences »).

(4) Luc MICHEL, « LES NAINS POLITIQUES DE BRUXELLES ET LES TRAHISONS DE LA FAUSSE EUROPE : L'EUROPE-CROUPION DES KOLLABOS YANKEE N'EST PAS LA NOTRE ! LA TURQUIE C'EST AUSSI L'EUROPE ! », PCN-INFO HEBDO, 18 novembre 2002. 

(5) « Le Maroc, 27ème étoile de l'Europe », in LE JOURNAL-HEBDO, N° 205, 23 / 29 avril 2005.  

(6) Interview, « Le plaidoyer d'Erdogan. Le Premier ministre turc, dans un entretien exclusif, défend sa conception de la laïcité et la vocation européenne de son pays », Propos recueillis par Olivier Weber, LE POINT, hebdomadaire, Paris, 21/04/05, N°1701, Page 72.

(7) Jean THIRIART, 106 QUESTIONS SUR L’EUROPE, Entretiens avec Bernardo-Gil Mugarza, Editions Machiavel, Charleroi, 1983.

(8) Jean THIRIART, « La Turquie, la Méditerranée et l'Europe », in CONSCIENCE EUROPEENNE, n° 18, juillet 1987. Extraits sur : http://www.pcn-ncp.com/pub/ofturquie.htm

(9) Sur le concept de « Quatrième Rome », lire la MOTION DE SOUTIEN DU PCN-NCP ET DE L'ASSOCIATION DE SOLIDARITE TRANSNATIONALE "LA CAUSE DES PEUPLES", Congrès Du Mouvement International Eurasien, Moscou, 20 novembre 2003.

(10) La position anti-turque de Ratzinger s’inscrit directement dans la logique guerrière du « choc des civilisations » développées par les idéologues néoconservateurs yankee (on rappellera que le Cardinal Ratzinger avais pris position pour la réélection de Bush), dont elle partage tous les fondements idéologiques (à commencer par la vision « culturelle » de l’Histoire) et concevant une petite Europe-forteresse repliée sur un noyau catholique et la nostalgie des croisades.

Dans un entretien au FIGARO (Paris), Ratzinger, chantre de l’Europe américaine des Atlantistes et ennemi du Socialisme,  disait ce qui suit : «L'Europe est un continent culturel et non pas géographique. C'est sa culture qui lui donne une identité commune. Les racines qui ont formé et permis la formation de ce continent sont celles du christianisme. Il s'agit d'un simple fait de l'histoire. J'ai donc des difficultés à comprendre les résistances exprimées contre la reconnaissance d'un tel fait incontestable. Si vous m'affirmez qu'il s'agit d'un temps lointain, je vous réponds que la renaissance de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale a été rendue possible grâce à des hommes politiques qui avaient de fortes racines chrétiennes, qu'il s'agisse de personnes comme Schuman, Adenauer, de Gaulle, De Gasperi ou d'autres. Ce sont eux qui se sont confrontés aux destructions provoquées par des totalitarismes athées et antichrétiens (…) Nous avons parlé de l'Europe comme d'un continent culturel et non géographique. Dans ce sens, la Turquie a toujours représenté un autre continent au cours de l'histoire, en contraste permanent avec l'Europe. Il y a eu les guerres avec l'Empire byzantin, pensez aussi à la chute de Constantinople, aux guerres balkaniques et à la menace pour Vienne et l'Autriche... Je pense donc ceci : identifier les deux continents serait une erreur. Il s'agirait d'une perte de richesse, de la disparition du culturel au profit de l'économie. La Turquie, qui se considère comme un Etat laïc, mais sur le fondement de l'islam, pourrait tenter de mettre en place un continent culturel avec des pays arabes voisins et devenir ainsi le protagoniste d'une culture possédant sa propre identité ».

Cette vision passéiste « culturelle » de la Petite-Europe s’oppose directement au concept « eurasiatique » de la Grande-Europe, qui repose sur des critères de géopolitique et de puissance (physique des Etats). Et qui voit dans l’Empire romain – et ses résurgences byzantine et moscovite – et la Culture gréco-romaine (qui fut portée aussi par la civilisation musulmane) les racines véritable de l’Europe.

Cette vision est aussi une vision républicaine et laïque. L’Europe « club chrétien » vision intégriste s’il en est ! n’exclut pas seulement les musulmans, mais aussi avant tout la majorité des citoyens de l’Union Européenne qui ne se reconnaît pas comme catholique, ni même chrétienne. On rappellera que Jean THIRIART, le « prophète de l’Europe unitaire », était un athée en béton.

« Le Vatican, combien de divisions ? » disait STALINE en son temps. Pour une fois, il se trompait. Après avoir directement participé aux côtés des Américains à la Guerre froide contre l’URSS – son rôle en Pologne aux côtés de la réaction droitière des Walesa et consorts n’étant que la pointe de l’iceberg -, comme il avait appuyé la « croisade » nazie anti-communiste à l’Est,  le Vatican a joué un rôle non négligeable dans l’offensive contre la Yougoslavie socialiste, en soutenant les sécessions slovène et croate.

A noter que le Patriarcat oecuménique de Constantinople, dont le siège est au Phanar à Istanbul, est, lui, pour l'entrée de la Turquie dans l’Europe. On mettra cette position « néo-romaine » en parallèle avec la vision anti-orthodoxe de la Petite-Europe vaticane.

 

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