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PCN-Infos du 19 octobre 2004

 

A PROPOS DU « 3e FORUM SOCIAL EUROPEEN » :
L’ENLISEMENT DE L’ « ALTERMONDIALISME »
ET L’ATERNATIVE DU COMMUNAUTARISME EUROPEEN

 

Le « 3e Forum social européen » (FSE), qui vient de se tenir à Londres, est l’occasion pour nous de développer la critique que nous faisons de l’ « altermondialisme » et de son enlisement dans et par le Gauchisme, ainsi que de présenter l’alternative anti-impérialiste opposée par notre « Communautarisme européen ».

L’antiaméricanisme a dominé le FSE, comme il domine la base du mouvement altermondialiste. Les militants altermondialistes ont organisé leurs débats à l'occasion FSE, précise l’AFP,  « avec en ligne de mire l'hégémonie américaine, à quelques semaines de l'élection présidentielle aux Etats-Unis ».

Mais dès le départ, un incident – révélateur de la véritable nature des forces qui se cachent derrière l’Altermondialisme – est venu ternir la tenue des débats. La participation d'un pseudo « leader syndicaliste irakien » – Subhi al Mashadani, proche des milieux trotskistes et présenté comme le secrétaire général de la « Fédération irakienne des syndicats », qui participe au processus néocolonial américain en Irak, a provoqué l'annulation d'une des conférences plénières supposée débattre de la situation en Irak, plusieurs militants le traitant fort justement de « collaborateur » et s'étant opposés à ce qu'il prenne la parole.

Si les débats concernaient les thèmes vertuistes chers aux altermondialistes comme la dénonciation de la mondialisation néo-libérale, la défense d'une meilleure organisation du commerce, les droits des travailleurs migrants, le racisme, etc ... , la question de l'hégémonisme américain et de la guerre en Irak semblait revenir comme un leitmotiv.

Révélateur des véritables enjeux auxquels l’Altermondialisme est incapable de répondre, et nous allons y revenir, un séminaire était intitulé « l'Europe est-elle une alternative à l'empire américain ? »

Un autre séminaire était consacré à la Palestine, où la politique américaine était à nouveau mise en cause pour son soutien à Israël. Sur un stand d'une association défendant l'environnement, était dressée une pancarte à l'effigie de Bush sur laquelle on pouvait lire : « Wanted » (« recherché ») pour « crimes contre la planète et tentative d'assassinat du Traité de Kyoto ».

Une conférence plénière devait se tenir aussi sur le thème « Stopper l'occupation de l'Irak ».

Le « 3ème Forum social européen » s'est achevé par un appel des mouvements sociaux en faveur de la paix et d'une Europe sociale : « Nous nous battons pour une Europe qui refuse la guerre », écrivent les mouvements sociaux dans ce texte, qui demande « l'arrêt immédiat des bombardements » en Irak et la « restitution immédiate de la souveraineté au peuple irakien ». Mais aucune mention du soutien effectif à apporter à la Résistance armée irakienne, le seul qui compte !

Le traité constitutionnel dont se sont doté les 25 pays de l'Union européenne le 18 juin, a été un deuxième sujet phare de mobilisation. Les mouvements sociaux estiment – comme nous qu'il « constitutionnalise le libéralisme comme doctrine officielle de l'UE (...), maintient le social dans le statut de pièce rapportée d'une construction européenne fondée sur le marché ».

Bref beaucoup de bons sentiments, un déluge de motions et de bonnes paroles. Mais pas grand chose de concret. Et rien qui soit en mesure de faire reculer l’impérialisme américano-sioniste. Tout cela révèle l’enlisement du mouvement altermondialiste et aussi son rôle in fine démobilisateur.

L’anti-américanisme tel qu’il existe dans le mouvement dit anti ou « alter-mondialiste », ou dans des mouvances similaires, exactement comme l’antiaméricanisme « soft » dans les milieux pacifistes des années 80, ne débouche sur rien ; c’est en effet un mouvement qui tourne à vide. Et les critiques occidentaux de l’antiaméricanisme ont beau jeu de le souligner. Le problème, c’est qu’ils n’envisagent absolument pas une idéologie comme notre Communautarisme européen.

Le Communautarisme européen, lui, veut en fait utiliser l’idéologie communautariste pour vertébrer l’antiaméricanisme. L’antiaméricanisme est le vecteur, mais l’idéologie est le moteur. Ce que nous pensons nous, c’est que l’antiaméricanisme doit être opératoire, il doit être opératoire pour déboucher sur autre chose. Cette autre chose, c’est quoi ? C’est le changement de Système, dont l’expulsion des Américains d’Europe n’est que la première étape et pas l’aboutissement. Et nous y arrivons ! Parce qu’actuellement, le grand sujet d’inquiétude de tous les centres de réflexion pro-américains en Europe et aux Etats-Unis, c’est le fait que la conscience européenne est en train de se développer en parallèle avec l’antiaméricanisme.

Au début des années 60, Jean Thiriart, le premier théoricien et fondateur de notre Organisation, disait que « l’Europe se ferait contre les USA », et on l’a traité de rêveur, de lunatique, etc. On y est pourtant ! Nous, nous constatons que maintenant, la montée de la conscience européenne se fait déjà contre les Etats-Unis. L’Europe existera lorsqu’elle prendra une position réellement antiaméricaine. En politique on ne pose qu’en s’opposant : Carl Schmitt disait que l’important c’était la « désignation de l’ennemi ». Ce qui manque actuellement à ce qu’on pourrait appeler le Mouvement européen, cette mouvance qui comprend les fédéralistes, les régionalistes, qui englobe aussi le PCN, et encore beaucoup d’autres, c’est d’avoir désigné l’ennemi. L’Europe n’a pas encore actuellement désigné son ennemi qui se trouve à Washington !

Le drame du milieu altermondialiste, c’est qu’il est pensé de manière idéologique par les rescapés du Gauchisme, qu’ils soient en grande partie trotskystes ou, dans le cas belges, anarcho-maoïstes. Il est particulièrement révélateur que le livre de Tony Negri, « Contre l’empire » serve de référence, de base idéologique à cette mouvance. LE MONDE DIPLOMATIQUE a fait beaucoup pour cela, ARTE également. Negri prétend opposer à l’Amérique qualifiée d’ « empire » une espèce de front des individus, ce qu’il appelle la « multitude », qui devrait s’organiser de par le monde pour s’opposer à cet empire. Tout cela révèle évidemment la pauvreté de la pensée idéologique gauchiste, que dénonçait d’ailleurs déjà Lénine aux débuts des années 20. En particulier, le gauchisme de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle a été incapable de se définir et de se penser dans un cadre post-marxiste, mais également de se chercher des références dans les théories qui ont précédé Marx. Il lui manque particulièrement les solides méthodes d’analyses socio-politiques de l’Ecole néo-machiavélienne.

Il ne s’agir pas pour nous d’ « opposer l’empire à la multitude », mais d’opposer UN empire, l’empire néo-carthaginois américain, à un AUTRE empire en devenir, l’Europe. Dès le début des années 60, notre courant idéologique avec Jean Thiriart a particulièrement posé les fondements idéologiques de la critique de la puissance américaine et des moyens de s’y opposer et de la détruire.

Nous avons particulièrement exposé que ce qui avait changé dans la Théorie de l’impérialisme classique, c’était que l’Europe, de puissance impérialiste pluri-nationale, jusqu’au sortir de la deuxième guerre mondiale, était devenue après Yalta elle-même une colonie. La première et la plus riche des colonies américaines, ce que Jean Thiriart appelait « le second poumon des Etats-Unis ». Dès lors, si l’on veut vaincre les Etats-Unis, on doit raisonner sur cette nouvelle base. On peut organiser autant qu’on veut un « front unique des multitudes », on peut essayer de développer cette théorie ubuesque de la « société civile » qui s’opposerait aux appareils d’Etat, alors que Lénine, et Marx et Engels avant lui, ont particulièrement bien exposé que seul un contre-appareil d’Etat pouvait vaincre un Etat, qu’on ne pouvait opposer qu’une puissance à une autre puissance.

C’est la réflexion de Jean Thiriart dès le milieu des années 60 : Thiriart explique que pour vaincre les Etats-Unis, il faut leur opposer un outil de puissance. Et le seul outil de puissance qui puisse rivaliser avec eux et les dépasser, c’est la grande Europe unitaire et communautaire, qui est en train d’ailleurs, au travers de l’Europe institutionnelle, de jeter les fondements d’une nouvelle superpuissance.

C’est la raison pour laquelle nous sommes à la fois pessimiste et optimistes sur le mouvement altermondialiste : pessimistes, parce que, canalisé, endigué, enlisé par le gauchisme, il est déjà dans une impasse. Optimistes, parce qu’il va agir comme un sas de décompression et, nous en sommes persuadés, amener de plus en plus de cadres et de militants politiques sur la ligne d’un antiaméricanisme radical, c’est-à-dire sur une ligne que le gauchisme est incapable de développer ou de proposer. L’antiaméricanisme de masse va sortir de l’échec du mouvement altermondialiste !

Luc MICHEL

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