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PCN-Infos du 14 septembre 2004

 

3 ANS APRES LE « 11 SEPTEMBRE » :
REFLEXIONS ET QUESTIONS SUR UN TOURNANT
DE LA POLITIQUE MONDIALE

 

Nous nous sommes souvent et longuement exprimés sur le « 11 septembre » (1). Notre position, proche de celle des mouvements révolutionnaires du Tiers-Monde, et singulièrement de celle de l’Irak ba’athiste (2), est que le « 11 septembre » est le prix payé par les USA pour leur politique impérialiste, un terrible retour de flamme qui a frappé la métropole impérialiste en son cœur.

Mais commençons par faire une remarque : le régime Bush et la presse aux ordres occidentale ont fait du « 11 septembre » le paroxysme de l’horreur. Une horreur qui éclipserait toutes les souffrances du monde. Ces souffrances infligées par l’impérialisme et dont le « 11 septembre » est justement le prix payé en retour.

Nous citerons un chiffre. Il n’appelle pas de commentaires. L’embargo imposé par les USA et leurs valets de l’ONU à l’Irak depuis 1991 a fait chaque mois 3000 victimes parmi les enfants irakiens. Un « 11 septembre » chaque mois !

Mais l’impérialisme, qui est l’expression politique du Système capitaliste libéral, frappe aussi son propre peuple. Pour l'anniversaire du « 11 septembre », le candidat indépendant à l'élection présidentielle Ralph NADER a déclaré que « la pauvreté, la faim, la pollution, les métiers dangereux et un accès limité à des soins de santé de qualité tuent chaque année beaucoup plus d'Américains que le terrorisme ». « Qui pleure ces morts-là ? » a demandé NADER. Et d'ajouter « qu'il faudrait un communiqué de presse signé de Ben Laden pour que les Républicains comme les Démocrates accordent un peu d'attention aux maux sociaux dont souffre l'Amérique ».

Que les faucons yankee, dirigés par les néo-conservateurs, aient vu dans le « 11 septembre » une divine surprise et en aient profité pour appliquer leur politique d’agressions tous azimuts, ne change rien au fait que le « 11 septembre » représente à long terme une brèche irréparable dans le prestige de la superpuissance impérialiste.

Et la faillite des théoriciens du Pentagone qui annonçaient avec la disparition de l’URSS la « fin de l’Histoire » et le triomphe définitif du libéralisme (3). « Le 11 septembre, les dix-neuf terroristes guidés par l'Egyptien Mohammed Atta faisaient comprendre au monde que l'Histoire se remettait en marche », commente fort justement le REPUBLICAIN LORRAIN (France).

Le « 11 septembre » a servi de prétexte au Régime de Bush et à ses idéologues pour appliquer leurs visées néo-colonialistes. Ils ne sont pas les premiers. Dans LES ECHOS (Paris), Jeffrey D. SACHS, professeur à l'Université Columbia (New York) et directeur du Earth Institute. nous le rappelle dans un  parallèle saisissant avec août 1914 : « Il y a quatre-vingt-dix ans ce mois-ci, l'Allemagne déclenchait la Première Guerre mondiale, une guerre qui eut un effet dévastateur sur l'économie mondiale - sans égal dans toute l'histoire de l'humanité. Cette guerre saigna l'Europe d'une génération entière et prépara le terrain pour la suivante. Elle ouvrit la voie à soixante-quinze ans de communisme soviétique et mit en marche l'instabilité financière qui mena à la Grande Dépression ainsi qu'à l'effondrement du système international d'échanges commerciaux. Tout cela a son importance aujourd'hui alors que l'Amérique a lancé, l'an dernier, une guerre dans laquelle une attaque terroriste sert également d'alibi plus qu'elle n'en est une cause véritable. Le gouvernement Bush voulait battre Saddam Hussein bien avant les attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, mais n'aurait jamais obtenu le soutien populaire nécessaire. Tout comme … l'Allemagne de 1914, le gouvernement Bush a manipulé l'opinion publique américaine pour qu'elle soutienne la guerre contre l'Irak comme une guerre contre le terrorisme, même si l'Irak n'avait rien à voir dans les attaques terroristes contre les Etats-Unis. Nous savons désormais que les attaques terroristes du 11 septembre n'étaient qu'un prétexte. Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz voulaient lancer une guerre contre Saddam depuis les années 1990 et plaidaient déjà, à l'époque de Bill Clinton, pour un « changement de régime », le président d'alors ayant eu la sagesse de rejeter ces conseils irresponsables. Leur empressement à partir en guerre avait de multiples origines. Ils voulaient prendre le contrôle de l'industrie pétrolière irakienne et établir une nouvelle « base » au Moyen-Orient au cas où les relations avec l'Arabie saoudite se dégraderaient. Ils voulaient également protéger Israël de Saddam ».

Le professeur SACHS conclut fort justement en avertissant que « les guerres enracinées dans le mensonge ne produisent généralement qu'une série de conséquences désastreuses et imprévisibles ».

L’arrogance de Washington, sa brutalité, exposées depuis 3 ans à un niveau jamais atteint auparavant portent en effet aussi en elles les germes de la destruction de la puissance yankee.

« Là où l'Amérique s'est privée des moyens de gagner la guerre contre le terrorisme, c'est lorsque, ne reculant pas devant la manipulation et le mensonge d'Etat, l'administration Bush a dévoyé une action relevant de la légitime défense en un règlement de comptes avec l'Irak de Saddam Hussein. Les arrière-pensées pétrolières étaient trop lourdes et les vues stratégiques trop angéliques pour ne pas tourner au désastre que nous connaissons aujourd'hui, conduisant probablement à l'embrasement généralisé du Moyen-Orient », analyse encore le REPUBLICAIN LORRAIN.

En 1940, d’autres théoriciens conservateurs, en France, portaient au pouvoir les idées de l’extrême-droite. Eux aussi voyaient dans le choc de « Mai 1940 » une divine surprise. On sait comment ont fini les Pétain et les Laval. L’Américanisme des néo-conservateurs finira comme le régime de Vichy dans les poubelles de l’Histoire. Et le temps de l’arrogance se payera au prix du sang.

Nous n’avons jamais suivi les théories conspirationnistes sur le « 11 septembre », développées aussi bien par une certaine extrême-droite que par certains réseaux gauchisants francophones (comme le Réseau Voltaire ou les anarcho-maoistes belges). Ceux-ci voient dans le « 11 septembre » un grand complot. Nous pas !

Mais nous n’en sommes pas pour autant dupes  de la propagande américano-sioniste sur « Al Qaida », fourre-tout commode élaboré après le « 11 septembre » qui sert remarquablement les intérêts de Washington et tel-Aviv.

Et nous connaissons trop bien – pour avoir été les premiers à les dénoncer au début des années 90les liens établis entre Washington et les islamistes, alliés privilégiés de l’impérialisme américano-sioniste, non seulement contre l’URSS mais aussi et surtout contre le Nationalisme révolutionnaire arabe, en Irak, en Syrie ou en Libye. Cette « idéologie arabe » dont la destruction est aujourd’hui l’objectif prioritaire des faucons néo-conservateurs au Proche-Orient.

« Al Qaida », pour autant qu’elle existe – ce dont nous doutons fortement –, est une aubaine permanente pour la politique de Bush, aux USA mêmes, où elle est son meilleur agent électoral,  ou en Irak où elle discrédite quotidiennement la Résistance véritable à direction ba’athiste.

Et l’actualité nous le rappelle. « Si Al-Qaeda avait voulu faire un cadeau à George W. Bush juste avant le troisième anniversaire du 11 septembre, l'organisation ne s'y serait pas prise autrement, commente LIBERATION (Paris) ce 11 septembre 2004. Pour le président américain, la vidéo d'Ayman al-Zawahiri, le bras droit d'Oussama ben Laden, représente une aubaine politique : elle vient renforcer très à propos le message qu'il martèle selon lequel il est le seul à pouvoir protéger les Américains d'une menace terroriste toujours omniprésente. Depuis des mois, la sécurité était au coeur de la campagne présidentielle. Mais c'est durant leur convention à New York, début septembre, que les républicains ont choisi d'en faire leur thème phare dans la course à la Maison Blanche : on y voyait en boucle les vidéos montrant Bush venu rendre hommage aux pompiers dans les ruines du World Trade Center au lendemain du 11 septembre. Et le Président d'en appeler à ses concitoyens pour «se tenir à ses côtés» afin de libérer le monde et protéger les Etats-Unis (…) Les sondages donnent raison à la stratégie républicaine. Selon Associated Press, 41 % des Américains disent toujours redouter une attaque terroriste ».

« Pour dire les choses clairement, le 11 septembre est peut-être la meilleure chose qui est arrivée à George W. Bush sur le plan politique, estime Marion Just, professeur de sciences politiques à Wellesley College. Dans les premiers mois de son mandat, il n'était pas très populaire. Mais, après les attentats, plus personne n'osait le critiquer, dans la presse ou au Congrès. Et il s'est forgé cette image de leader, qui ne fléchit pas face au danger. Aujourd'hui, on se rend compte que les Américains apprécient ces qualités, alors qu'ils sont moins sûrs de leur Président quand il s'agit de politique, de santé ou d'économie ».

Mais lorsqu’on évoque l’après « 11 septembre », on oublie trop souvent son volet sioniste. Car dans la décennie violente et chaotique que nous traversons, l’extrême-droite sioniste tient le gouvernail idéologique de l’agression impérialiste. La « doctrine du Likoud », colonialiste et raciste, servant d’inspiration au monde de Bush.

On connaît trop bien les liens étroits qui unissent l’extrême-droite néo-conservatrice yankee à la droite et à l’extrême-droite sionistes et israélienne, et singulièrement au Likoud de Sharon. Ils expliquent notamment – car le pétrole n’est qu’une des clés et pas la première – l’agression contre l’Irak et l’ « idéologie arabe » (4).

Le « 11 septembre » a aussi été une divine surprise pour les Sionistes. Le 12 septembre 2001, le ministre israélien des finances Benjamin NETANYAHU avait ainsi commenté les attentats terroristes contre New York et Washington : « C’est très bien. Bien pas vraiment, mais cela va générer de la sympathie immédiatement. Ces attaques vont resserrer les liens entre nos deux peuples [israélien et américain]. Nous [en Israël], avons expérimenté la terreur depuis plusieurs décennies, mais les Etats-Unis n’avaient jamais connu cela, et d’une telle ampleur, une orgie ».

Nous assistons à une inquiétante israélisation des USA, à l’application au monde entier de la vision paranoïaque que le Sionisme étend sur le Proche-Orient.

Ecoutons Naomi KLEIN dénoncer « La « Likoudisation » du monde » : « Depuis le 11 septembre, une nouvelle ère géopolitique a été ouverte, selon les orientations de ce qu’on appelle généralement la « doctrine Bush » et qui comprend plusieurs éléments : des guerres préventives, des attaques contre l’ « infrastructure terroriste » (ce qui peut aller jusqu’à des attaques contre les pays en entier), et une insistance sur le fait que l’ennemi ne comprend que le langage de la force. Cela serait plus juste de qualifier cette vision du monde en fait de « doctrine Likoud ». Celle-ci, précédemment appliquée contre les Palestiniens, est maintenant agréée par plusieurs nations dans le monde, et mise en œuvre à l’échelle mondiale. C’est l’héritage du 11 septembre, la « likoudisation du monde ». Pour être plus précis, cela ne veut pas dire que les principaux éléments de l’administration Bush travaillent pour les intérêts d’Israël, et donc contre les intérêts des Etats-Unis (c’est un argument qui est quelquefois utilisé, dit de la « double loyauté »). Le 11 septembre, George W. Bush s’est défini une nouvelle philosophie politique, en tant que « président de guerre ». Il a trouvé les fondements de cette philosophie dans la doctrine du Likoud, que lui ont transmise des éléments pro-Likoud au sein de la Maison Blanche. Depuis lors, la Maison Blanche a mis en œuvre cette logique d’une manière très consistante dans sa « guerre contre le terrorisme ». C’est ce qui a conduit aux conflits en Afghanistan et en Irak. Et qui pourrait continuer contre la Syrie et l’Iran. Ce n’est pas tellement que Bush veut protéger Israël contre un monde arabe hostile. C’est qu’il voit le rôle des Etats-Unis de la même façon qu’Israël voit le sien. Dans ce narratif, les Etats-Unis combattent une guerre sans fin pour sa survie, contre des forces irrationnelles qui cherchent à les exterminer ».

Le monde de l’après « 11 septembre » n’est pas facile à décrypter. La propagande impérialiste en fausse la vision. Avec ses alliés objectifs que sont les islamistes, elle entend faire croire à une « guerre de civilisation », à un « choc des cultures », selon la vision d’un autre théoricien du Pentagone, Samuel HUNTIGTON (5).

Mais derrière ce théâtre d’ombre, l’analyse idéologique rigoureuse restitue les véritables enjeux : la guerre de libération nationale des peuples colonisés des quatre continents, en Orient comme en  Europe, en Afrique comme en Amérique latine, contre le colonialisme, l’impérialisme et l’exploitation.

Dans sa fuite en avant arrogante, l’Amérique de Bush a oublié que la dignité et la liberté des peuples ne se jauge pas à l’aune de l’économie de marché et de l’ultra-libéralisme.

Elle en paye déjà le prix fort en Irak. Elle le payera ailleurs demain. Jusqu’à la défaite finale !

Ecoutons à nouveau Naomi CAMPBELL : « Si nous voulons savoir où la doctrine Likoud nous mènera, il n’y a qu’à regarder le pays d’où elle est origine, Israël. C’est un pays paralysé par la peur, qui accepte des politiques que personne d’autre dans le monde n’oserait officialiser. C’est un pays où la réalité quotidienne est faite de brutalités innommables. C’est une nation entourée d’ennemis et désespérée de trouver des amis, qu’on définit de manière simpliste, ceux qui ne posent pas de questions, et à qui l’on offre généreusement la même amnistie morale. C’est la leçon que nous propose Ariel Sharon ».

L’Histoire est en marche. Elle ne se terminera pas dans le cloaque du consumérisme yankee, l’immonde, triste et gris Mc World !

 

Luc MICHEL
(Sources : Libération, Les Echos, AFP, Globe and Mail, AFP)

 

Notes et renvois :

(1) Lire notamment : « REFORMISME OU REVOLUTION : QUEL ANTI-AMÉRICANISME APRÈS LES ATTAQUES ANTI-IMPÉRIALISTES CONTRE WASHINGTON ET NEW-YORK ? » (septembre 2001).

Et notre Dossier « APRES LES ATTAQUES ANTI-IMPERIALISTES CONTRE WASHINGTON ET NEW-YORK : QUE PENSER ? QUE CROIRE ? QUE FAIRE ? » (2001).

(2) Les Américains « ont récolté les épines semées par leurs dirigeants dans le monde entier », avait déclaré Saddam Hussein, dans sa première réaction aux attentats spectaculaires mardi à Washington et New York. Il avait ajouté que, quels que soient « les sentiments humains contradictoires » à l'égard des attentats, les Etats-Unis « n'ont laissé aucun endroit dans le monde où un monument symbolisant leurs actes criminels n'a pas été érigé, que ce soit au Japon, victime d'une destruction nucléaire, au Vietnam ou en Irak ». Le président irakien, dont l'animosité est sans égale à l'égard des administrations qui se sont succédé à la Maison blanche depuis la guerre du Golfe en 1991, a été l'un des rares dirigeants du monde à n'avoir pas condamné les attentats. « Dans l'Histoire, personne n'a franchi l'Atlantique, avec des armes, pour nuire aux Etats-Unis, mais ce sont eux qui ont traversé l'Océan pour amener la mort, la destruction dans le monde », a dit Saddam Hussein. Il faisait ainsi allusion à l'intervention américaine dans les différents conflits armés dans le monde.

(3) Lire « THEORIES DE L'IMPERIALISME AMERICAIN : LA REPONSE DES PEUPLES ».

(4) Lire « L'AGRESSION AMERICANO-SIONISTE EST UNE GUERRE IDEOLOGIQUE CONTRE LE NATIONALISME ARABE : APRES BAGDAD, DAMAS ET TRIPOLI SONT EN LIGNE DE MIRE ! », éditorial du 7 octobre 2003, LE QUOTIDIEN DU PCN - N° 765.

(5) Lire « LE "CHOC DES CIVILISATIONS" DE SAMUEL HUNTINGTON : UNE THEORIE FALLACIEUSE QUI NE VISE QU'A JUSTIFIER LES AGRESSIONS AMERICAINES ».

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