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PCN-Infos du 03 août 2004

 

LA FRANCE TRISTEMENT EXEMPLAIRE
DANS L'EUROPE DE LA PAUVRETE ET DE L'EXCLUSION :
LE BILAN SOCIAL DU GOUVERNEMENT RAFFARIN
AU SERVICE DU GRAND PATRONAT

 

Dans un rapport décortiquant la politique sociale du gouvernement et intitulé « JEAN-PIERRE RAFFARIN, KAMIKAZE DU MEDEF ? », le « Réseau d'alerte sur les inégalités » (RAI), qui regroupe des membres de différentes associations et syndicats, mais aussi syndicats et chercheurs, lance un avertissement sur l'aggravation des inégalités.

Le RAI a lancé ce mercredi 28 juillet, dans un rapport de 25 pages, cet avertissement aux Français quant au bilan social de deux ans de gouvernement Raffarin. Le réseau, auquel appartiennent notamment des militants du DAL ou de la CGT, affirme avec justesse que « les gouvernements Raffarin, I, II ou III, mènent une politique au service d’intérêts particuliers, comme aucun gouvernement n’a osé le faire en France dans les décennies récentes ». Dans un communiqué le RAI affirme souhaiter grâce à ce rapport « reconstituer la cohérence de la politique menée depuis deux ans par ces gouvernements issus du 21 avril et du 6 mai 2002 ». Il décortique les mesures prises par le gouvernement Raffarin dans les domaines clés de sa politique économique et sociale, que ce soit la fiscalité, l’emploi, la santé, l’éducation, l’immigration, l’insertion, le chômage ou le logement : « L'analyse a été faite à partir d'un suivi minutieux des décisions prises par ces gouvernements ces deux dernières années. Le document récapitule les principales mesures prises et leurs répercussions ; il analyse les raisons pour lesquelles ces politiques sont dangereuses pour les citoyens ».

Il estime en effet que « l’action de Jean-Pierre Raffarin à l’instigation de Jacques Chirac est la juxtaposition de déclarations ronflantes sur la cohésion sociale, et d’innombrables mesures qui fragilisent les plus fragiles et aggravent les inégalités ». Présentant le Premier ministre en « Kamikaze du Medef », le RAI affirme que « toute la politique économique et sociale de Jean-Pierre Raffarin sert les seuls intérêts de sa clientèle », tandis que « ce gouvernement déploie une démagogie sécuritaire », il « multiplie les boucs émissaires (…) qui permettent de détourner l’attention des conséquences de ses politiques sociales ». Et citant notamment l'initiative de Nicolas Sarkozy concernant la transmission défiscalisée du patrimoine des personnes à leurs enfants pour relancer l'économie, le RAI s'interroge : « jusqu'où ira le cynisme de ces gouvernants ? ».

Sa conclusion, que le PCN et son « Action Syndicale Communautaire » (ASC-PCN) partage, précise que « le bilan global de notre analyse est que depuis deux ans des attaques sans précédent ont été menées contre les garanties sociales mais aussi les garanties en terme de liberté ».

Le RAI n’est pas le seul à dénoncer le gouvernement Chirac-Raffarin. Les syndicats dénoncent eux aussi le recul social de Raffarin. En réaction à la dernière conférence de presse de Raffarin, Ils ont accusé ce 28 juillet le Premier ministre « d'avoir défendu une politique de recul social en annonçant, sous couvert d'une "renaissance du pacte social",  de nouvelles mesures en faveur des plus aisés et un étalement de la hausse du Smic ». « Apologie d'une politique régressive » pour la FSU, « bel exercice d'auto-satisfaction » pour la CGC, « marketing de la méthode Coué » pour FO, la dernière conférence de presse du Premier ministre a suscité une pluie de commentaires grinçants du côté des syndicats. La CFTC a jugé qu'après deux échecs électoraux de sa majorité, le Premier ministre s'était « auto-délivré les bonnes notes que les Français lui refusent ».

Sur le fond, les syndicats s'inquiètent fort légitimement de ce qu'ils jugent une remise en cause des acquis sociaux tels que la durée légale du temps de travail à 35 heures (même s’il y a beaucoup de chose à en dire surtout en ce qui concerne la flexibilité et le gel des salaires pendant plusieurs années) ou le droit de grève dans les transports, qui doivent tous deux faire l'objet de concertations entre partenaires sociaux à la rentrée.

Ainsi CGC et FO ne sont pas favorables à des négociations sur les 35 heures, expression d'une « volonté idéologique » de remettre en cause la réduction du temps de travail.  Elle causera un « désordre épouvantable » dans les grandes entreprises pour la première, et est qualifiée de « boîte de Pandore » par la seconde. Selon FO, le gouvernement « a surtout la volonté de payer moins les heures supplémentaires », et les « assouplissements » existants sont suffisants.

Les syndicats se sont également alarmés de voir le Premier ministre revenir sur l'engagement du gouvernement de revaloriser le salaire minimum, dont la hausse pourrait être reportée pour moitié à 2006. « La France d'en bas pleure et la France d'en haut se frotte les mains », a déclaré la CGT.

L'amnistie pour les capitaux illégalement expatriés et les allègements de charges des entreprises d'un montant « supérieur » aux 17 milliards d'euros consentis en 2004 évoqués par le Premier ministre ont soulevé un concert de protestations. « Nous sommes très inquiets de le voir promettre des allègements de charges, sans rien demander en retour aux entreprises », a confié le secrétaire général de la CFTC. Pour la CGT, Jean-Pierre Raffarin promet aux « plus favorisés » une « amnistie fiscale pour les capitaux évadés », et dans le même temps il « s'attaque à une population en situation d'urgence sociale absolue » en reportant la hausse du Smic. « Avec la baisse des charges concédée aux entreprises et l'étalement de la hausse du Smic, ce sont toujours les mêmes qui paient et toujours les mêmes qui sont épargnés », a jugé le secrétaire général de la FSU. Jean-Pierre Raffarin « fait plaisir au Medef, mais si les allègements de charges se font sans conditions, ils ne serviront qu'à augmenter les bénéfices des entreprises et ne créeront pas un chômeur de moins », a-t-il ajouté.

Déplorant l' « absence de dialogue social », la CGT a accusé le gouvernement de passer « en forcing sur les questions de la décentralisation, sur l'assurance maladie, après avoir attaqué le caractère public d'EDF-GDF ». Selon elle « pour un gouvernement qui a un soutien populaire plus que limité, il y a un déni de démocratie qui est extrêmement grave ».

Tout cela se place sur un fonds d’inégalité et d’exploitation, qui constitue l’arrière plan social de l’Europe capitaliste. Et débouche chaque jour davantage sur une société à deux vitesses à l’Américaine, où les laissés pour compte sont abandonnés à leur triste sort. La France de Raffarin n’en est qu’un triste exemple. Et le processus n’était nullement différent sous la « majorité plurielle » de Jospin. LE MONDE précisait début 2002 « que la disparité des revenus en France s'était fortement élargie. De 1983 à 1997, avec un Premier ministre ou président socialiste en fonction pendant 12 de ces 14 années, le pourcentage de travailleurs qui est tombé dans la catégorie du revenu le plus bas a doublé de 5 à 10 pour cent ».

Droite et gauche ne sont plus des alternatives, mais deux moyens convergents d’écraser les masses populaires au profit d’une minorité d’exploiteurs. Changer de majorité ne sert plus à rien, ce qu’il faut c’est changer de Système et briser l’exploitation capitaliste libérale.

Une analyse du WSWS exposée en 2002 est révélatrice de cette « société profondément polarisée » : « Les couches supérieures de la société ont bénéficié d'une énorme augmentation de leurs richesses et vivent de plus en plus dans le luxe. Selon les chiffres officiels, les profits des grandes sociétés ont augmenté de 36% l'an dernier, et de nombreuses firmes offrent de grosses ristournes à leurs actionnaires. Pendant ce temps, les conditions de vie de la grande majorité des travailleurs deviennent de plus en plus difficiles. Au cours des cinq dernières années, sous le gouvernement du Premier ministre Lionel Jospin et de sa coalition de « gauche » (…)  l'inégalité sociale est devenue de plus en plus prononcée. Dans des discours récents de campagne, les représentants du Parti socialiste (PS) mentionnent régulièrement qu'entre 1997, date d'entrée en fonction du gouvernement Jospin, et 2001, le taux de chômage est tombé de 12 à 9% selon les statistiques officielles. Ces chiffres sont cependant trompeurs, car la baisse statistique du chômage était liée à de profonds changements dans les conditions de travail nettement au désavantage des employés. Une bonne partie des 1,4 millions de nouveaux emplois tant vantés qui ont été créés sous l'ère Jospin appartient à la catégorie du «travail précaire», c'est-à-dire des contrats et emplois temporaires. Ils ont une durée fixe, rapportent beaucoup moins que le niveau officiel et beaucoup sont à temps partiel. La plupart de ces emplois sont offerts par des agences privées et les travailleurs sont privés de la protection sociale la plus minimale. Selon les chiffres officiels, 2,2 millions de personnes en France, soit 9% de ceux aptes au travail, détiennent de tels emplois précaires ».

Et nous voilà devant le spectre de la société à l’américaine : « Ce type d'emploi a mené à une rapide expansion d'un nouveau genre de pauvreté qui est d'abord apparu à grande échelle aux Etats-Unis : le phénomène des « travailleurs pauvres », c'est-à-dire les gens qui ne sont pas capables de subvenir à leurs besoins élémentaires même s'ils ont un emploi à plein temps ou plusieurs emplois à temps partiel ».

L’arrivée de cette société, où l’inégalité est institutionnalisée et la solidarité sociale inexistante, est révélée par l’apparition des « nouveaux pauvres ». Un rapport du Ministère français de l'Emploi et de la Solidarité, intitulé « Luttons contre la nouvelle pauvreté » (2002) commence avec les mots suivants : « Dans un contexte de chômage élevé, la difficulté de nombreux jeunes à s'insérer sur le marché du travail, la séparation des couples ou leur surendettement ont contribué à l'essor d'une nouvelle pauvreté ». L'ampleur effrayante de la misère sociale apparaît dans ce rapport, qui précise que « le gouvernement dépense 28 milliards d'euros par mois (1 euro = 0,95 dollar US) pour soutenir les familles à faible revenu, qui représentent environ six millions de gens. Des paiements spéciaux vont en outre à près de 500.000 sans-emploi qui ne sont plus admissibles à l'aide régulière. Du soutien financier additionnel va à 2,8 millions de travailleurs qui sont employés à temps partiel par des agences de placement temporaire ou pour des contrats à durée déterminée, et qui reçoivent moins que le salaire minimum légal ».

« Dix-sept pour cent des jeunes Français âgés de 20 à 25 ans sont officiellement sans emploi, et il est généralement admis que le vrai nombre est beaucoup plus élevé. Dans les quartiers ouvriers de Paris, devenus notoires pour leur pauvreté et dégradation sociale, le chômage chez les jeunes atteint jusqu'à 50%. La petite délinquance a doublé au cours des 10 dernières années. Mendiants, prostituées et pickpockets sont présents partout, pas juste dans les banlieues. De nombreux reportages établissent le nombre de sans-abri à 200.000, tout en indiquant qu'un nombre additionnel de 1,5 million de gens ont de « très mauvais logements » La condition des logements publics s'est détériorée et de plus en plus de familles ne peuvent plus payer leur loyer ».

Cette pauvreté et cette misère disqualifient définitivement la société capitaliste et les théories libérales, qui ne sont que l’application de la loi de la jungle aux plus faibles. La vieille alternative « socialisme ou barbarie » est plus que jamais d’actualité en ce XXIème siècle naissant. Bien loin de représenter la marche du progrès, le capitalisme libéral a pour tendance profonde, consubstantielle, une volonté récurrente de retour en arrière, de régression sociale.

Et le vieux combat des Socialistes pour l’égalité et la société sans classes est aujourd’hui comme hier le seul espoir d’un monde meilleur. Ce choix et ce combat sont les nôtres, ceux du « Communautarisme européen », le Socialisme du Troisième millénaire !

 

Luc MICHEL
(Sources : RAI, AFP, REUTERS, WSWS)

Lire le rapport complet du RAI.

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