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PCN-Infos du 01 mai 2004

 

Une nouvelle étape est franchie vers la Grande Europe
que prophétisait Jean Thiriart :

NOUS SOMMES 475 MILLIONS DE CITOYENS EUROPEENS !

 

En mars 1989, l’Association des anciens élèves de Polytechnique, un influent lobby français, organisaient un colloque sur le thème « L’Europe au XXIe siècle, mythe ou première puissance mondiale ». Première manifestation publique du ralliement à l’Europe-puissance des élites en Europe. Ce colloque est souvent présenté comme la naissance de cette idée-force qui voit dans l’Europe l’acteur majeur de la politique mondiale au nouveau siècle.

Mais c’est inexact. Car la théorisation de l’Europe comme superpuissance avait déjà été énoncée par Jean Thiriart dès le début des années 60.

Dans un livre prophétique intitulé « L’EUROPE, UN EMPIRE DE 400 MILLIONS D’HOMMES », Thiriart, dans lequel nous voyons le « Marx » de la Révolution européenne, définissait les conditions de la libération et de l’unification de la Nation-Europe et énonçait les conditions de sa puissance : une dimension minimale de 400 millions d’Européens, une monnaie unique, une Armée intégrée indépendante de l’OTAN, des frontières géopolitiques incluant la Méditerranée et l’Est européen, un exécutif transnational. Le tout impliquant l’expulsion des USA d’Europe. La marche de l’Europe institutionnelle s’avance vers la réalisation progressive des thèses de Thiriart.

La pensée de Jean Thiriart, qui est un des grands théoriciens et géopoliticiens du XXième Siècle (1), est totalement occultée, étouffée en Europe occidentale et singulièrement dans l’Espace francophone. Alors que nombre de ses thèses ont été abondamment plagiées ou suivies, y compris au plus haut niveau. Mais en Russie, c’est un théoricien reconnu, dont les thèses constituent l’un des axes principaux de la nouvelle pensée « eurasiste » (2), qui inspire même une partie de l’entourage de Poutine (et qui lui vaut de plus en plus d’être taxé de « national-bolchevisme »). Et le Manuel de Géopolitique des jeunes officiers russes consacre à Thiriart des pages élogieuses.

Visionnaire puissant, Thiriart, qui est le premier théoricien de notre « Communautarisme européen », a doté notre Organisation transnationale, et singulièrement le PCN qui l’incarne politiquement depuis 1984, d’une idéologie d’avant-garde. Nous avons souvent raison bien avant les autres. Et nos thèses incarnent l’avenir et la modernité.

Ainsi entre 1962 et le milieu des années 80, nous avons énoncé avec plusieurs décennies d’avance tous les thèmes qui constituent aujourd’hui la problématique de l’unification européenne :

- l’Europe comme mythe fondateur, 
- l’intégration de l’Europe orientale et de la Russie,
- ainsi que celles de la Turquie – dont Thiriart faisait l’une de ses idées-force – et de l’Afrique du Nord,
- le dialogue euro-méditerranéen – prôné dès le début des années 60 –,
- le Sahara comme frontière ultime de l’Europe vers le Sud (3),
- la création de l’Armée de l’Europe hors de l’OTAN,
- la question de la citoyenneté européenne élargie,
- le débat sur l’Europe comme nation et superpuissance,
- la création d’une conscience européenne,

et encore bien d’autres thèses qui font aujourd’hui l’actualité.

Ces thèses, énoncées plusieurs décennies avant l’événement, valurent souvent des sourires méprisants à Thiriart. Ainsi lorsque Yannick Sauveur présenta devant l’Université de Paris sa thèse sur « Jean Thiriart et le Communautarisme européen », de doctes professeurs méprisants parlèrent à propos de l’Europe de 400 millions d’hommes d’un « délire rationnel ». Mais l’Histoire a donné tord aux professeurs à la courte vue. Ce 1er mai 2004, tout juste quatre décennies après la publication du livre de Thiriart, nous sommes 400 millions de citoyens européens ! Et l’Europe que prophétisait Thiriart est en marche.

Car ceci n’est qu’une étape. Dès 1964, Thiriart annonçait que les frontières de l’Europe à l’Est sont sur l’Ossouri et que la Sibérie – ce far-east européen – serait le cadeau de mariage de la Russie lorsqu’elle s’unirait à la Grande Europe. Ce thème, incongru au milieu des années 60, est devenu banal avec l’avènement de la « Maison Europe ». Et entre 1962 et le début des années 80, Thiriart fut le premier à prôner l’intégration des peuples des deux rives de la méditerranée dans l’Etat-nation européen, organisant avec le PCN en 1987 la première campagne européenne pour l’entrée de la Turquie dans ce qui était encore la CEE. Thèmes aujourd’hui brûlants, avec la candidature de la Turquie, du Maroc et de la Tunisie dans l’Union européenne. Ou encore le projet politique euro-méditerranéen de Moammar Kadhafi que le guide libyen vient hier de réaffirmer à Bruxelles, donnant, lui le leader arabe et africain, une leçon de patriotisme européen aux nains politiques des parlements européen et belge.  (Voir l'éditorial de Luc MICHEL du 29 avril 2004)

Certains esprits à courte vue – ils sont hélas les plus nombreux et pas seulement dans les universités – nous objecterons que l’extension de l’Europe à l’Est se fait sous l’égide le l’OTAN et des USA et qu’elle inquiète – légitimement – la Russie. Mais ceux-ci ignorent l’Histoire. Car ce sont souvent les occupants et les colonisateurs qui réalisent l’unité nationale des peuples qu’ils occupent.

L’Histoire moderne nous en offre des exemples révélateurs : l’occupation française sous Napoléon a préparé l’unité allemande, les Autrichiens ont fait de même en Italie, les colonialistes italiens et Français en Libye. Ou encore les Anglo-Saxons en Irak.

Il en ira de même en Europe, où l’occupant américain, qui souille le sol européen depuis 1944, assure déjà notre unité continentale. De même que la CEE favorisée par Washington après 1947 est aujourd’hui un géant économique qui fait la guerre commerciale aux USA, le pilier militaire européen de l’OTAN débouchera inévitablement sur une Armée européenne indépendante opposée aux prétentions hégémoniques de Washington. Comme tant de colonisateurs avant eux, les USA jouent aux apprentis sorciers. Et forgent leur ennemi mortel. Le grand marché continental ouvert aux firmes américaines se transforme années après années en une Europe-puissance ! Et la dimension conjuguée à la puissance détermine inévitablement une grande politique.

Avec sa théorie de la « circulation des élites », le grand sociologue Vilfredo Pareto définit les conditions de la révolution : blocage du système politique (souvent couplé à une crise de civilisation) qui empêche tout renouvellement, constitution d’une « contre-élite » révolutionnaire, basculement de l’ « élite neutre » – les fonctionnaires, commis de l’Etat, militaires, etc – vers les thèses de la contre-élite. S’y ajoute la propagation de thèses opposées au système dominant parmi les masses, qui sont progressivement gagnées à des idéologies nouvelles.

L’Europe du siècle naissant nous offre un bon champs d’application des théories de Pareto. Nous assistons en effet, alors qu’une crise de civilisation prédomine, à deux phénomènes capitaux, qui inquiètent hautement nos occupants américains et la classe politique européenne qui leur est liée depuis six décennies (celle des Quislings de Washington) :

- la montée de la conscience européenne au sein des élites neutres européennes
- et la montée parallèle de l’anti-américanisme et de l’anti-sionisme – d’où le cirque actuel sur la pseudo « résurgence de l’antisémitisme » en Europe, qui ne repose que sur la manipulation médiatique – parmi les masses européennes.

Deux phénomènes qui vont directement à l’encontre des positions idéologiques atlantistes et pro-américaines de la classe dirigeante européenne.

Les américains, avec leur arrogance, sont directement responsables de la prise de conscience européenne des nombreuses élites dans l’administration européenne, les milieux diplomatiques et militaires, les cadres de la grande industrie. La puissance naissante de l’Europe en devenir rend cette arrogance, et le lot d’humiliation constante qu’elle amène – rappelons-nous des propos méprisant de Rumsfeld sur la « veille Europe » –, insupportables. En humiliant le colonisé – et l’Europe n’est rien de plus que la première colonie de Washington – le colonisateur forge sa révolte.

La montée de l’anti-américanisme – et son corollaire l’anti-sionisme, qui lui est étroitement lié au sein de l’Axe américano-sioniste – parmi les masses européennes, à l’Est comme à l’Ouest est également suscité par la politique américaine de domination mondiale. Il prépare des lendemains douloureux aux occupants yankee.

Lorsque les élites européennes feront leur jonction avec les masses anti-américaines, les conditions seront réunies à la fois pour la libération de l’Europe, l’expulsion des USA d’Europe et de Méditerranée et l’avènement de la Grande-Europe en tant que première puissance mondiale. Nous en sommes encore loin mais cette marche de l’Europe vers sa libération constituera la trame de notre histoire dans les prochaines décennies.

Pour que cette jonction se fasse, il faut un catalyseur. Celui que Thiriart – encore lui – annonçait aussi dans son livre de 1964 : le Parti historique révolutionnaire européen, avant-garde de la Révolution européenne, minorité agissante – comme l’était hier son prédécesseur direct, le Parti bolchevique, dans la Russie des Années 1890-1917 –, décidée à forcer l’Histoire.

Et il faudra une grande crise, car l’Europe véritable, Une, grande et libre, débarrassée de la souillure yankee, ne surgira que d’une aggravation de la crise de civilisation que nous subissons. Nietszche, ce grand européen, prophétisait que l’Europe ne se fera qu’au bord du gouffre. Nous partageons sa vision. Les grandes révolutions exigent un climat tragique et non la tonalité triviale de notre époque décadente.

La marche de l’Europe vers son unification marque les étapes qui nous rapprochent de notre libération continentale.

Nous sommes aujourd’hui 475 millions. Mais nous serons demain Un milliard de citoyens européens, unis, forts et libres : un Etat, une Nation et un seul peuple de Vladivotok à Reykjavik et du Québec – cet avant-poste de l’Européanité – au Sahara. La grande Nation unitaire et communautaire que prophétisait Jean Thiriart !

 

Luc MICHEL

 

Notes et renvois :

(1) Lire : Luc MICHEL, "CONCEPTIONS GEOPOLITIQUES DE JEAN THIRIART : LE THEORICIEN DE LA NOUVELLE ROME", sur le site de l' Association Transnationale des Amis de Jean Thiriart.
(2) Lire : "DE THIRIART A ZOUGANOV, LE NOUVEAU VENT QUI VIENNENT DE L'EST", Traduction de l'article "Stato e Potenza" publié dans "RINASCITA", quotidien de libération nationale (Rome, mars 2000), in LA CAUSE DES PEUPLES, n° 22, mai 2004, 
& Luc MICHEL, "L'IMPACT DU "COMMUNAUTARISME EUROPEEN" A L'EST",  1ère partie : "DU KPRF AU PCN : LA MOUVANCE NATIONAL-COMMUNISTE", in LA CAUSE DES PEUPLES, n° 21, janvier 2004.
(3) Sans doute le thème le plus récent dans la problématique européenne, et que Thiriart énonçait dès 1982. Cfr notamment : "Le Sahara, nouvelle frontière migratoire entre l'Europe et l'Afrique ?", par Olivier PLIEZ (géographe, chargé de recherche au CNRS - Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe), in DIPLOMATIE, Paris, n°5 (septembre-octobre 2003).

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