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PCN-Infos du 06 janvier 2004

 

SUR LE FRONT DES PEUPLES EN LUTTE :
LA SERBIE QUI RESISTE !

 

Une électrice serbe : « Je touche 65 euros de pension par mois, et vous voudriez que je vote pour les voyous qui sont au pouvoir ? »

Le Monde diplomatique : « Les deux grands vainqueurs des élections de la fin décembre 2003 sont logés à la prison internationale de Scheveningen (Pays-Bas). MM. Milosevic et Vojislav Seselj dirigeaient, respectivement, les listes du Parti socialiste de Serbie (SPS) et du Parti radical serbe (SRS) »

Le Monde : « les brèves envolées médiatiques des deux candidats ont fait vaciller l’autorité du Tribunal pénal international »

Les élections législatives serbes du 27 décembre 2003 ont marqué un coup d’arrêt à la colonisation du pays par l’Occident américanisé et ses kollabos européens et serbes. « Victoire des ultranationalistes en Serbie » (lisez patriotes) titrait avec effarement nos media aux ordres.

Le « Parti radical serbe » (SRS, nationaliste), allié de Slobodan Milosevic, avec qui il participait à la coalition « rouge-noire » qui gouvernait la Yougoslavie jusqu’au coup d’Etat d’octobre 2000, a en effet remporté les élections législatives. Le SRS a recueilli 27 % des suffrages et 82 sièges sur 250 au Parlement, soit environ un tiers. Il n’a toutefois pas obtenu la majorité nécessaire pour gouverner seul. Avec l’aide des 22 députés du SPS, il dispose cependant d’une minorité de blocage. « Notre objectif de former le gouvernement était difficile à atteindre. Cependant, nous sommes en tête, la volonté du peuple s’est exprimée et nous sommes les premiers. Le plus important est que nous obtenions à nous seuls un tiers des sièges dans le futur Parlement : il sera impossible de modifier la Constitution serbe sans notre accord » affirme Tomislav Nikolic, le Vice-président du SRS.

Le leader du SRS, l’ancien vice-premier ministre Vojislav Seselj, s’est présenté aux élections malgré son placement en détention aux Pays-Bas dans les geôles du sinistre « TPI », tout comme un autre candidat, le président yougoslave Slobodan Milosevic. Vojislav Seselj s’est rendu à La Haye de son plein gré à la fin du mois de février 2003, après que la procureur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, avait lancé un mandat contre lui. Deux autres des quelque 4.000 candidats sont aussi inculpés « pour crimes de guerre ».

 

UN VOTE DE PROTESTATION CONTRE L’ECHEC, LES MENSONGES
ET LA CORRUPTION DES PARTIS PRO-OCCIDENTAUX 

Les mensonges et les promesses non-tenues des Kollabos pro-occidentaux de la DOS ont été sanctionné par le peuple serbe. « Les résultats prouvent que les citoyens ont ressenti le besoin de punir le gouvernement pour ses erreurs », a déclaré le vice-premier ministre sortant, Nebojsa Covic. « En trois ans, l’administration post-Milosevic n’a pas su s’imposer comme force de changement », estime le NEW YORK TIMES. « Quand on évalue le taux de chômage selon des critères occidentaux, il approche les 30 %, alors que le gouvernement serbe n’en reconnaît que 13 % », remarque le quotidien américain.

Les nationaux-patriotes serbes ont tiré parti de la profonde désillusion des électeurs devant le fort taux de chômage, des salaires moyens ne dépassant pas l’équivalent de 240 euros et la corruption dans les rangs du gouvernement sortant. La victoire des anti-occidentaux « traduit surtout le grand désarroi de la population, qui ne perçoit aucun effet bénéfique des réformes engagées depuis trois ans. La Serbie compte un million de chômeurs pour 1 250 000 d’actifs ayant un emploi et un million de retraités. Ces derniers survivent avec des pensions dont le montant moyen est inférieur à cent euros par mois », analyse LE MONDE DIPLOMATIQUE. « Pourtant, la privatisation des combinats géants hérités de l’ère socialiste est à peine entamée. La Serbie s’est engagée bien plus tard que tous les autres pays socialistes dans la voie de la transition économique et doit s’attendre à des difficultés accrues ».

« Sur le nombre total des chômeurs enregistrés, plus de la moitié, soit 54,5 %, sont des femmes, les jeunes de moins de 25 ans représentent 21,4 %, et les moins de 30 ans représentent un inquiétant pourcentage de 40,3 % », souligne Toplica Todorovic, collaboratrice de l’Institut du marché du travail. 524 014 personnes sont dans l’attente d’un premier emploi. « Les bastions ouvriers » sont les « laissés-pour-compte de la transition », rapporte LE COURRIER DES BALKANS.

Parmi les battus qui n’ont pas réussi à franchir le seuil de 5 % des voix, nécessaire pour entrer au parlement, figure notamment les Libéraux de l’actuel ministre de l’Intérieur, les démocrates-chrétiens du ministre de la Justice, et l’ « Alternative démocratique » du vice-premier ministre Nebojsa Covic. Le mouvement « Otpor », une organisation de hooligans financée par la CIA, qui avait joué un rôle déterminant dans le coup d’état rampant contre Milosevic et qui s’est récemment transformé en parti politique, obtient à peine 1,5 % des suffrages.

 

LA COLERE DES SERBES CONTRE L’OTAN ET LE TPI

Le SRS, et dans une moindre mesure le SPS, hélas divisé par des querelles internes, ont également profité du profond ressentiment anti-occidental, provoqué par le bombardement de la Serbie par l’OTAN lors de la guerre au Kosovo en 1999.

Pour une partie de l’opinion serbe, le gouvernement sortant a plié devant le Tribunal pénal international de La Haye, qu’elle juge avec justesse partial. « Les maladresses du TPIY, notamment de sa procureur générale, Mme Carla del Ponte, ont facilement conforté l’opinion dans l’idée que le tribunal était une institution "anti-serbe" », commente LE MONDE DIPLOMATIQUE.

Le scrutin s’est tenu en Serbie proprement dite mais aussi dans la province du Kosovo administrée par l’ONU, où près de 100.000 Serbes disposent d’une carte d’électeur. Les populations albanophones, majoritaires dans la province, ont boycotté le scrutin.

 

LA REVOLTE DE LA SERBIE D’EN-BAS

Pour le journal suisse LE TEMPS, « la carte du vote radical recoupe largement celle de la Serbie la plus misérable (…) Serbes des enclaves du Kosovo, retraités paupérisés, réfugiés sans espoir, populations marginalisées des faubourgs, la carte du vote radical recoupe largement celle de la Serbie la plus misérable. Et les perspectives d’intégration européenne avancées par les réformateurs n’ont aucune prise sur ces populations dont les conditions de vie ne se sont pas améliorées depuis la chute de Milosevic ».

Significatif est le témoignage d’une électrice rapporté par LE SOIR (Bruxelles) : « Anka Vujetic, 70 ans, est bien loin de ces calculs. Elle a voté pour la liste nº 2, celle de Vojislav Seselj après avoir demandé quel était son numéro. Car Madame Vujetic ne sait ni lire ni écrire. Sa vie difficile faite de ménages dans les immeubles ne lui rapporte qu’une maigre retraite et elle pense résolument que les radicaux sont biens pour les vieilles gens et la Serbie. Leur promesse de baisser le prix du pain à 3 dinars n’est pas étrangère à sa décision. Elle n’a vu aucune amélioration de sa situation les trois dernières années et affirme que Seselj, qui ne devrait pas être en prison, a bien travaillé lorsqu’il était à Zemun, la banlieue de Belgrade ».

Tout aussi éclairant celui qui suit : « Malgré le froid piquant qui régnait à Belgrade, des retraités tirés à quatre épingles faisaient la queue dès l’ouverture des bureaux de vote, dimanche à 7 h du matin. Comme toujours, ils ont été les premiers à accomplir leur devoir électoral, mais beaucoup d’entre eux ne cachent pas leur nostalgie de l’ancien régime. "Je touche 65 euros de pension par mois, et vous voudriez que je vote pour les voyous qui sont au pouvoir ? ", s’indigne une institutrice en retraite. Dans la file d’attente, les sympathies se partagent entre le Parti socialiste de Slobodan Milosevic et le Parti radical ».

 

LE POIDS POLITIQUE DES REFUGIES ABANDONNES

Les nationaux-patriotes ont aussi su séduire les « paysans de la ville », du nom donné par les Belgradois aux populations réfugiées, comme l’atteste LE SOIR : « Dans le faubourg de Cukarica, la ville et la campagne se mélangent sans grâce. A côté des barres d’immeubles des années 1970, des jardins potagers entourent des maisonnettes délabrées. Cukarica fait partie de ces faubourgs de Belgrade qui se sont développés sans tenir compte d’aucun plan d’urbanisme. Les services publics de base sont souvent défectueux, et il faut près d’une heure de voyage dans un autobus brinquebalant pour gagner le centre de la ville. C’est ici que se sont concentrés les "paysans de la ville", comme les appellent souvent, non sans mépris, les habitants de Belgrade : migrants venus des zones pauvres de Serbie et de Yougoslavie dans les années 1970, réfugiés et déplacés chassés par les conflits des années 1990. Le Parti radical serbe est ici sur ses terres ». Il « a commencé son ascension dans les années 1990, recueillant les suffrages des populations les plus déshéritées. Les réfugiés constituent également une clientèle attitrée des radicaux. Le gouvernement et le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés essaient depuis un an de fermer les centres d’accueil collectifs. Cent trente ont déjà mis la clé sous la porte. Les réfugiés qui y vivaient, sans travail, ont touché un pactole dérisoire de quelques centaines d’euros et sont venus grossir les rangs du lumpenprolétariat qui survit dans les faubourgs des grandes villes. Mais la majorité des Serbes chassés de Croatie et de Bosnie ont obtenu ces dernières années le droit de vote en République de Serbie » (ndlr – suite à la volonté du gouvernement de Milosevic, qui a accueilli les réfugiés d’où qu’ils viennent).

 

LES SERBES DU KOSOVO VOTENT « RADICAL »

Ignorés par les soi-disant « réformateurs », les déplacés serbes du Kosovo ont eux aussi soutenu massivement les partis de l’opposition patriotique : « Les 200.000 déplacés serbes du Kosovo votent aussi majoritairement pour les radicaux, tout comme les quelque 80.000 électeurs serbes résidant encore dans le territoire placé sous protectorat international. Les bureaux de vote n’ont ouvert que dans les enclaves serbes disséminées à travers 19 communes du Kosovo, car les Albanais boycottent naturellement le scrutin et ne sont plus inscrits sur les listes électorales ». LE SOIR évoque « le monopole du Parti radical dans la province ». « Aucun dirigeant réformateur de premier plan n’est descendu faire campagne au Kosovo », déplore Dusan Janjic, le coordinateur du « Forum pour les relations interethniques » (sic)  de Belgrade, proche de la DOS.

 

LA VICTOIRE PERSONNELLE DU PRESIDENT MILOSEVIC

Slobodan Milosevic est lui élu député à l’Assemblée serbe. Le président Milosevic, « jugé » à La Haye, est l’un des grands gagnants du scrutin. L’élection a en effet été marquée par le maintien au Parlement de nos camarades du « Parti Socialiste de Serbie » (SPS) de Slobodan Milosevic, qui a obtenu 7,6 %. Incarcéré dans la prison du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, où il comparaît pour « crimes de guerre » (sic), l’ancien président ne pourra siéger. Pas plus que Vojislav Seselj, dirigeant du SRS, élu en tête de la liste de son parti, qui attend son procès aux Pays-Bas.

La loi serbe n’interdit pas aux personnes inculpées de faire acte de candidature. En revanche, le soi-disant Tribunal de La Haye a estimé que les détenus sont soumis « à son autorité exclusive ». A ce titre, ni Slobodan Milosevic, tête de liste du Parti Socialiste de Serbie (SPS), dont il est devenu président honoraire après son kidnapping à La Haye, en juin 2001, ni Vojislav Seselj, qui mène la liste du Parti radical de Serbie (SRS), n’ont, malgré quelques tentatives, été autorisés à conduire leur campagne depuis leur cellule !

 

LE SOI-DISANT « TPI » S’INGERE DIRECTEMENT
DANS LA VIE POLITIQUE SERBE

Le 11 décembre 2003, le Tribunal leur a interdit tout contact avec l’extérieur pour une période de trente jours. Le président Milosevic, en procès depuis le 12 février 2002, n’est depuis lors autorisé qu’à rencontrer ses conseillers juridiques, sa famille proche ou les représentants diplomatiques.

« En interdisant à l’ex-homme fort de Belgrade de faire campagne depuis sa prison, le Tribunal a estimé qu’il existait "un conflit d’intérêts" entre "les droits individuels d’un accusé présumé innocent" et "les devoirs du tribunal" » (sic), commente LE MONDE. « La décision est tombée alors que Slobodan Milosevic avait déjà prononcé un discours diffusé, en Serbie, sur les ondes de Radio S, une radio proche du SPS ». Selon le quotidien DANAS, Milosevic a invité ses militants à choisir le SPS, seul parti ayant « la capacité de réunir et de mobiliser les forces qui changeront le cours actuel des choses et la triste réalité de la Serbie ».

Pour les juges iniques du TPI, laquais de l’OTAN, « l’effet d’une telle déclaration est de saper le mandat du Tribunal qui est d’assister à la restauration et au maintien de la paix en ex-Yougoslavie » (sic). Le 12 août, le greffier avait déjà interdit « toute visite de membres du SPS et de ses associations satellites » à Slobodan Milosevic, alors que deux articles signés de l’accusé venaient d’être publiés dans la presse de Belgrade. « Les brèves envolées médiatiques des deux candidats ont fait vaciller l’autorité du Tribunal pénal international », conclut avec dépit LE MONDE.

 

UNE DEFAITE POUR LE « TPI »

Le Vice-président du Parti radical, Tomislav Nikolic a dédié la victoire de sa formation aux captifs serbes du TPI : « Notre victoire est d’abord celle de Vojislav Seselj. C’est aussi un encouragement pour tous les Serbes détenus par le TPI ».

« La position de force des radicaux au Parlement devrait leur permettre d’exercer des pressions sur les autorités en vue de résister aux exigences des pays occidentaux, notamment en ce qui concerne le transfert de suspects serbes au TPIY, une mesure particulièrement impopulaire en Serbie, y compris au sein du courant libéral », commente LE MONDE. « Ainsi le Parti démocratique de Serbie, dirigé par l’ancien président yougoslave Vojislav Kostunica, et qui devrait jouer un rôle central dans une future coalition gouvernementale, a-t-il, par le passé, accusé à plusieurs reprises le TPIY d’être partial et anti-serbe. Sans nul doute le Parti radical se retrouvera-t-il, sur ce sujet, en osmose avec son ancien allié d’hier, le Parti socialiste de Serbie (SPS) de Slobodan Milosevic ».

Face à des partis pro-occidentaux corrompus et incapables, les nationaux-patriotes serbes ont un avenir certain.

 

Luc MICHEL

(Sources : LE SOIR, AP, AFP, DANAS, LE COURRIER DES BALKANS, LE MONDE DIPLOMATIQUE, LE TEMPS, BBC, BORBA)

 

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