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PCN-Infos du 31 mars 2003

 

SADDAM HUSSEIN, LE NOUVEAU SALADIN : 
L'EPOPEE DE LA RESISTANCE DE L'IRAK BAATHISTE

 

10 février 1258 : Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, s'empare de Bagdad. Les hordes mongoles rasent la ville, massacrent la population et exterminent la famille des califes abbassides. Un coup mortel porté à la civilisation arabe et à Bagdad. Les Arabes, qui sont une civilisation de la mémoire n'ont jamais oublié la chute de Bagdad, "point focal de l'empire et carrefour de ses routes (...) qui a acquis une dimension à part dans l'histoire et l'imaginaire arabes" (1)

Mars 2003 : Les barbares sont de nouveau devant Bagdad !

Mais contre toute attente, l'Irak résiste et rend coup pour coup. Confronté à la puissance écrasante des soudards yankees, un homme incarne le combat et l'honneur d'un peuple et soulève les foules arabes : Saddam Hussein ! Né à Tikrit comme le grand sultan ayyoubide, le leader irakien s'identifie légitimement à Saladin. Face à la croisade des fondamentalistes religieux du régime américain de Bush, le combat héroïque du Raïs irakien s'inscrit dans la continuité historique de la lutte de Saladin contre les croisés au XIIe siècle. Unissant sous sa bannière, Arabes, Kurdes et Turcs, tolérant pour les Chrétiens, bâtisseur d'un Empire qui englobe l'Egypte, l'Irak, la Syrie et le Yémen, Saladin est une figure historique qui semble faite sur mesure pour l'idéologie pan-arabe et laïque du Parti ba’ath socialiste arabe.

 

NOUS NE POUVONS QUE SOUHAITER LA VICTOIRE DE L'IRAK BAATHISTE !

L'agresseur yankee n'a pas rencontré le succès escompté. La Blitzkrieg des assassins de Washington s'enlise dans les sables du désert et piétine devant des villes qui résistent héroïquement, écrasées sous les bombes terroristes du Pentagone.

"On" nous avait dit que les Irakiens allaient se révolter...  Ils se battent pour Saddam Hussein !

"On" nous avait conté que Saddam Hussein était "démonétisé parmi les masses arabes"...  La rue arabe vibre à l'unisson pour le nouveau Saladin et les régimes pro-américains tremblent du Caire à Amman !

Les généraux yankees voient se dresser le spectre du Vietnam et de l'enlisement. Nous ne savons pas quelle sera l'issue de cette guerre injuste, où David est arabe et Goliath s'incarne dans la monstrueuse puissance yankee.

Nous ne pouvons ici que souhaiter la victoire de Saddam Hussein et une défaite ignominieuse pour les agresseurs américains.  

Et espérer que la prophétie de Scott Ridder, ancien inspecteur en désarmement de l'Onu (2) qui connaît aussi bien l'Irak que les rouages de la machine militaire yankee, s'accomplisse : « Les Etats-Unis n'ont pas les moyens militaires de prendre d'assaut Bagdad et ne peuvent que perdre la guerre contre l'Irak. Les Etats-Unis vont quitter l'Irak la queue entre les jambes, sur une défaite. C'est une guerre que nous ne pouvons pas gagner. Nous n'avons pas les moyens militaires de prendre Bagdad et pour cette raison je crois que la défaite des Etats-Unis dans cette guerre est inévitable. A chaque fois que nous affrontons les troupes irakiennes, nous pouvons gagner quelques batailles tactiques, comme nous l'avons fait pendant dix ans au Vietnam, mais nous ne serons pas capables de gagner cette guerre, qui est à mon avis perdue » (3).

 

VERS UN NOUVEAU VIETNAM ?

Scott Ridder n’est pas le seul à évoquer le spectre du Vietnam. Yvon Toussaint, éditorialiste du SOIR (Bruxelles) va dans le même sens : « Shock and awe, c'est-à-dire choc et effroi, sans doute une variante de stupeur et tremblements, une manière de dire qu'ils allaient frapper si fort d'entrée de jeu que l'adversaire serait dans un état d'inertie et d'insensibilité profonde, une hébétude, une léthargie qui rend stupide. Aujourd'hui, il n'est pas sûr que les stupéfiés soient ceux que l'on prévoyait. Car le choc, dès les premières heures, fut un choc en retour. Et l'effroi fut auto-contagieux. La découverte des Américains, on ose à peine l'écrire, c'est que cette guerre, ils seraient deux pour la faire. Il ne s'agissait plus de simplement paraître, de bombarder à tout va et de voir accourir des ralliés de la première heure. Le terrifiant pépin de la réalité, c'est qu'il fallait prendre en compte non pas un grain de sable dans l'engrenage sophistiqué, mais des centaines de milliers de grains de sable qui grippaient à la fois toutes les mécaniques, sans compter qu'ils piquaient les yeux » (4).

Toussaint se souvient lui aussi du Vietnam et trouve que l’Irak a « la saveur du déjà-vu » : « Hey, hey, LBJ, how many kids you've killed today ? Ce slogan, qui date de la guerre du Vietnam (LBJ, c'était Lyndon B. Johnson), on l'entendait beaucoup sur les campus de Berkeley. Il paraît qu'on l'a actualisé ces jours-ci et ce n'est pas étonnant parce que, décidément, si cette guerre continue de se développer de la sorte, ce n'est pas la guerre du Golfe qui sera la référence obligée, mais l'enlisement de sinistre mémoire en Asie du Sud-Est. Cette guerre-là, je l'ai couverte, comme on dit, pendant quelques semaines, en 1966, pour un hebdomadaire qui s'appelait « Pourquoi pas ? ». Et il n'est pas exclu, en effet - mutatis mutandis - qu'on s'achemine vers un remake, vers un piège analogue pour corps expéditionnaire trop sûr de lui. Au Vietnam aussi, il y avait la disproportion entre la technologie guerrière des uns - les tapis de bombes au napalm, les essaims d'hélicoptères de la First Cav' à An-khe, les myriades de marines survitaminés à Da Nang, bref tout ce qu'on a pu voir plus tard dans Apocalypse now - et la pugnacité des chétifs en pyjamas noirs, avec leurs sandales taillées dans des pneus de vélo et leurs boudins de riz à bouffer dans des sous-terrains gluants. Au Vietnam aussi, il y avait des communiqués triomphants des centres de presse de Saigon et les cadavres américains de plus en plus nombreux emballés dans du plastique avant d'être rapatriés vers le Kansas ou l'Oregon. Et toujours plus de B-52 qui obscurcissaient le ciel. Et toujours plus de troupes, avalées par la jungle spongieuse. Et toujours plus de renforts exigés, de rallonges budgétaires, de fuites en avant du complexe militaro-industriel » (5).

L'appel de l'ancien ministre des Affaires étrangères Robin Cook à retirer les troupes britanniques d'Irak, dénonçant une "guerre sanglante et inutile", relève du même désarroi occidental. "Je veux que nos soldats rentrent à la maison et je veux qu'ils rentrent avant qu'un plus grand nombre d'entre eux ne soient tués", a ajouté M. Cook qui a été le ministre des Affaires étrangères de Tony Blair de 1997 à 2001.

 

SADDAM HUSSEIN A DEJA REMPORTE LA VICTOIRE POLITIQUE !

Si la disproportion des forces engagées dans cette Guerre asymétrique ne permet que d’espérer une victoire militaire de l’Irak baathiste par attrition et enlisement des agresseurs, une chose est déjà certaine. Le vainqueur politique est déjà connu et c’est Saddam Hussein !

Au niveau de la Nation arabe tout d’abord. « Cette population est aujourd'hui en colère : les seules images que les paraboles lui transmettent depuis des décennies, c'est celle de l'armée d'Israël qui humilie et celle du rouleau compresseur américain qui écrase, et d'États arabes corrompus qui construisent des palais idéologiques avec les gravats d'un discours arabiste, voire islamiste aussi désuet que contradictoire. La guerre d'Irak va élargir le fossé entre les populations et les régimes et mettra à nu - si besoin est encore - les inepties d'États soumis et « impérialisables ». Ayant interdit quasi tous les canaux légaux de contestation, l'opposition à ces Etats risque de prendre une forme violente. Cela débouchera sur une gestion policière du mécontentement. C'est l'opposé du scénario du cercle vertueux cher aux Américains » (6).

Résistance héroïque ou victoire, Saddam Hussein accomplit aujourd’hui une geste admirable qui marquera le combat des masses arabes contre l’impérialisme américano-sioniste. Et demain, nous savons déjà que la libération d’ Al Quods et le renversement des bourgeoisies coloniales maintenues au pouvoir par Washington se fera au nom de Saddam Hussein, héros ou martyr. Le nouveau Saladin !

Celui qui, comme le décrit justement LIBERATION, apporte « Une revanche sur l'impuissance » : « La perspective d'un conflit dont le vainqueur semblait désigné d'avance avait provoqué une résignation désespérée. Celle-ci s'est transformée en colère aussi vite que s'est éloignée la perspective d'une guerre courte, donc humiliante, pour les peuples de la région. Comme si la vue d'Américains prisonniers ou morts avait fait disparaître un double sentiment : celui d'être d'éternels vaincus et celui de l'invulnérabilité des Etats-Unis et d'Israël (…) Le fait que l'identification à Saddam soit la plus forte dans les territoires palestiniens et dans les camps du Liban n'est pas un hasard. Certes, l'aide financière qu'il apporte aux auteurs d'attentats anti-israéliens l'y a rendu très populaire. Mais c'est aussi là que la frustration, l'humiliation et la rage face à la loi du plus fort sont les plus ancrées » (7).

Les régimes arabes pro-américains, et leur maître de Washington, qu’elle que soit l’issue, ont déjà perdu : « ces régimes sont hantés par une double peur : voir la colère de la rue - qu'ils sont condamnés à laisser s'exprimer un minimum, soupape de sécurité oblige - devenir incontrôlable, particulièrement dans les pays qui abritent sur leur sol bases ou contingents américains. Mais la crainte que leur inspire le dictateur irakien n'est pas moindre. Surtout si ce dernier devait, encore une fois, trouver le moyen de se maintenir au pouvoir, ce qui en ferait l'homme fort et menaçant de la région » (8).

Jean DANIEL, dans un article rageur où perce la haine de Saddam Hussein, est contraint de reconnaître la victoire politique du rais baathiste : « le premier round de ce combat est terrible. La première étape est désastreuse. Saddam Hussein en sort gagnant (…) C’était un pari énorme. Terrassé dès les premiers moments, il aurait sombré dans une mort ridicule. Faisant la preuve qu’il peut susciter le sacrifice et incarner l’honneur de son peuple, c’est-à-dire de tous ces individus terrorisés et maltraités, voilà qu’il passe dans l’Histoire comme un héritier de Saladin auréolé du prestige de tous les grands résistants. Grâce aux Américains et aux Britanniques et, désormais, pendant longtemps, les combats qui seront livrés au nom de la cause arabe et même de l’islam se feront en évoquant l’aventure de Saddam Hussein. C’est un fait d’une importance considérable. La semaine dernière, nous redoutions les effets désastreux de l’humiliation infligée aux Arabes. Nous voilà aujourd’hui redoutant les conséquences dévastatrices de cette première victoire irakienne (…) cette jeunesse arabo-musulmane dont on a vu partout l’effervescence a désormais un leader dont la gloire l’emporte sur celle de tous les autres martyrs » (9).

 

QUAND LA « THEORIE DES DOMINOS » SE RETOURNE CONTRE WASHINGTON

Les stratèges de Washington, ces faucons aux allures de charognards, sont partisans de la « théorie des dominos ». Elle va se retourner contre eux !

Car la Guerre d’Irak est une guerre de trop. L’échec américain aura des répercussions profondes contre l’Ordre américano-sioniste partout dans le Monde. Pas seulement au Proche-Orient, mais aussi et surtout eu Europe et en Asie.

Devant Bagdad assiégée, devant Bagdad ravagée et incendiée, mais devant Bagdad qui résiste, ce n’est pas la Seconde guerre du Golfe qui a commencé, mais la Quatrième guerre mondiale. Celle des peuples en lutte contre les Etats-Unis, l’ennemi du genre humain.

Cette guerre là se terminera sur les ruines de la puissance yankee !

Et on se souviendra alors, et pas seulement sur les terres arabes, de celui qui n’a pas abdiqué : Saddam Hussein, le nouveau Saladin.

America delenda est !

 

Luc MICHEL

 

NOTES :

(1) Julien LOISEAU, « De Bagdad au Caire. Des bâtisseurs de villes », in « Les Arabes », numéro spécial de L’HISTOIRE, janvier 2003.

(2) Scott Ritter, ancien officier des renseignements au sein du corps des Marines américains, a démissionné en août 1998 de la commission spéciale de l'ONU chargée du désarmement (UNSCOM) et a pris parti depuis contre la politique américaine envers l'Irak, devenant l'un des critiques les plus virulents de l'administration Bush.

(3) Scott Ritter, Entretien à la radio privée TSF, 25 mars 2003.

(4) , (5) Yvon Toussaint, « Une guerre « floutée » », LE SOIR, Bruxelles, 31 mars 2003.

(6) Bichara Khader, « La liberté ne s'exporte pas par missiles », Entretien accordé au SOIR, Bruxelles, 31 mars 2003.

(7) , (8) José GARÇON, « la rue arabe derrière Saddam. Des années de frustration poussent la rue arabe derrière Saddam », LIBERATION, Paris, 29 mars 2003.

(9) Jean DANIEL, « Une victoire pour Saddam », LE NOUVEL OBSERVATEUR, Paris, 26 mars 2003.

 

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