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PCN-Infos du 07 mai 2002

LES LECONS DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE FRANCAISE : 
LES DYNASTIES BOURGEOISES CONTRE LE PEUPLE !

Le second tour de l’élection présidentielle française vient de se terminer avec la victoire inévitable de Chirac. Tout le reste n’a été qu’une vaste comédie médiatique destinée à faire croire à un pseudo « danger fasciste » en France, comédie orchestrée aussi bien par les proxénètes politiques et journalistiques du Système que par leur complice Le Pen, lui-même, vieux comédien ravi d’être enfin en haut de l’affiche, tous copains comme larrons en foire. Dans cette comédie, les professionnels de l’antifascisme régimiste et alimentaire, avec les Trotskistes au premier rang,  ont joué le rôle le plus vil : celui qui a permis la manipulation d’une jeunesse généreuse, qui mérite mieux que le mauvais spectacle dans lequel elle a été utilisée.

Au-delà de cette comédie écœurante, quelles leçons sont à tirer de cette sinistre « farce française », comme l’appelle justement le « GUARDIAN » de Londres.

Première leçon : Pour Le Pen, c’est une défaite personnelle.

Défait par cette coalition sans précédent - et sans lendemain -, Jean-Marie Le Pen a échoué à créer la dynamique qui lui aurait permis de gravir une marche supplémentaire dans son ascension en effleurant les 30 %. Avec 17,5 % des suffrages exprimés, Le Pen subit un revers personnel incontestable. Il baisse en suffrages exprimés par rapport à son potentiel de premier tour : Mégret et Le Pen totalisaient alors 19,2 %. En outre, malgré le sursaut de participation, il ne progresse pas en voix : il réunit environ 5,5 millions de suffrages au second tour, près du total de ses voix et de celles de Mégret au premier tour. Le Pen se trouve cantonné à l'extrême droite. « Le Pen n'est parvenu ni à rallier à sa cause d'autres électorats protestataires, ni à séduire les abstentionnistes d'extrême-droite, ni à dévier les électeurs ayant voté pour un candidat démocratique au premier tour », constate LA LIBRE BELGIQUE.

Ceci est de notre point de vue la principale leçon du scrutin : on ne peut pas changer de régime et encore moins renverser le Système au départ d’une seule de ses ailes contestataires. Et c’est précisément la mobilisation de l’autre aile, celle de l’extrême-gauche, dans la rue qui a été l’une des causes du coup d’arrêt donné aux ambitions lepénistes. Une fois de plus, le Système a opposé ses deux ailes contestataires pour les neutraliser.

Deuxième leçon : la défaite de Le Pen est une victoire pour son «parti, le « Front National ».

Il faut être un crétin lobotomisé de « Ral’Front » ou de « RésistanceS » (sic) pour oser crier victoire au soir du 5 mai. Car le FN ne régresse pas. Cela signifie que le vote de premier tour en sa faveur, souvent interprété comme protestataire, devient véritablement un vote d’adhésion. Cela laisse à penser que la force de nuisance du « Front national » aux prochaines élections législatives sera intacte. Nettement battu par Chirac – et il ne pouvait en être autrement ! -, le candidat du FN  progresse néanmoins de plus de 675  000 voix en métropole et conforte ses positions dans ses bastions. Le parti d'extrême-droite espère arbitrer le scrutin de juin dans 237 circonscriptions. Le Pen fait un solide carton dans l'Est de la France et surtout dans le Sud-région Paca et même en Languedoc. Il n'a pas décollé au niveau national français, mais par contre sa base électorale n'est pas aussi versatile qu'on veut bien nous la présenter comme vote contestataire. Il s'agit bien d'un vote d'adhésion. En ce sens Le Pen a raison de dire que les législatives vont voir des surprises se faire jour. Le FN confirme particulièrement son ancrage en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec des scores proches de 30% dans certains départements.

Troisième leçon : Le MNR est écrasé et en voie de liquidation.

Le « Front National » a également définitivement écrasé son rival du MNR. Malgré les rodomontades de Mégret, plus charognard que jamais, sur l’héritage du Lepénisme, le FN vient de prendre irrémédiablement l’ascendant sur sa scission de 1998. Un signe qui ne trompe pas : les cheffaillons des lamentables groupuscules néonazis qui gravitaient autour du MNR, jugé plus raciste que le FN, se disputent le retour au bercail lepéniste. Certains en virant leur ancienne direction. S'il n'accroît que faiblement son influence, augmentant d'à peine 15.000 voix le total des suffrages recueillis au premier tour par sa candidature et celle de Bruno Mégret, Le Pen peut se flatter d'avoir absorbé l'électorat de ce dernier, scellant ainsi la marginalisation du MNR - et l'échec de son rival. LE MONDE constatait au soir du 5 mai  « Au siège des Bouches-du-Rhône, l'affluence des anciens mégrétistes », en particulier « à Marignane (Bouches-du-Rhône), dont le maire, l'ex-MNR Daniel Simonpieri, est en voie de réintégration au FN ».

Quatrième leçon : L’échec de l’extrême-gauche, trahie par la LCR.

L’extrême-gauche sort, elle, éclatée au soir du second tour, ayant détruit durablement les espoirs que portait sa percée du premier tour. Utilisée comme jamais par le Système, elle a, en portant le choc frontal contre Le Pen, non seulement participé à la sauvegarde du régime, dans ce qu’il a de plus corrompu, mais aussi et surtout s’est auto-neutralisée et durablement divisée, comme l’échec de la constitution de listes unitaires LO-LCR aux législatives le démontre. « Lutte ouvrière » a  en effet écarté toute alliance avec la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) aux législatives, en raison de « la consigne de vote donnée par Olivier Besancenot de faire barrage à l'extrême droite au second tour de la présidentielle ».

Les Trotskistes de la LCR, qui contrôlent notamment « Ral’Front » et « ATTAC », et fraient depuis quatre décennies avec la Sociale-démocratie faisandée, en portent seuls la lourde responsabilité. Nous partageons ici totalement, et pour une fois, l’analyse d’Arlette Laguiller, qui, elle, et c’est tout à son honneur, n’a pas appelé à voter pour Jacques Chirac, lui préférant un bulletin blanc. Elle estime fort justement que « La gauche s'est prostituée gratuitement » car « comme il était absolument prévisible, Le Pen n'a pas obtenu plus de voix que celles qu'il avait obtenues, avec son compère Mégret, au premier tour ». « Qu'elle ne s'étonne pas, par la suite, d'être de moins en moins comprise de l'électorat populaire », conclut Laguiller.  « La campagne qu'ils ont menée en faveur de Chirac était aussi honteuse qu'inutile et artificielle, ce qu'ils savaient bien évidemment », ajoute la porte-parole de LO, qui reproche aux communistes et aux socialistes d'avoir « agité le spectre du fascisme - qui n'était pourtant dans la situation présente qu'un spectre d'opérette -, même si les idées de Le Pen représentent cette survivance ».

Cinquième leçon : Le coup d’arrêt donné au mouvement associatif.

Cocu et pas content, le mouvement associatif va lui aussi payer le prix de la collaboration de classe de la LCR. Les compromissions des trotskistes de la LCR sont en effet une véritable trahison du mouvement qu’elle encadre. « les militants des collectifs de gauche goûtent du bout des lèvres une victoire au goût amer et tentent de se remobiliser », notait DIGIPRESSE, qui évoquant « plusieurs collectifs dont le DAL, Attac, Arg, Ras le Front ou Motivé », soulignait que « chacun des militants de gauche sociale a pris comme un coup de massue les premières déclarations de Jaques Chirac évoquant la cohésion et la vigueur d'une nation réveillée ».

Le bilan de deux semaines de manifestations anti-Le Pen pour la plus grande satisfaction du système, est une défaite écrasante : « Désormais cantonnée à un rôle d'observateur politique, les forces de gauche sociale souhaiteraient développer des foyers de contre-pouvoir dans la rue en continuant de mobiliser et de rassembler contre les thèses défendues par le FN. Le score tranché de Jacques Chirac au second tour heurte cependant la légitimité de telles actions et cantonne les collectifs et leurs militants à des actions ponctuelles en attendant les législatives en juin ».

Sixième leçon : le bloc des ennemis du Système croit sans cesse.

Le vote blanc et nul a atteint un seuil historique. Situé dans une fourchette de 4 à 6% des votants, le nombre de bulletins blancs et nuls au second tour de la présidentielle a battu tous les records de la Ve République. Entre 4,2 et 4,4% des votants ont en effet déposé dans l'urne un bulletin blanc -confectionné par leurs soins, puisque l'administration n'en fournit pas- ou un bulletin dit "nul" (enveloppe vide, bulletin déchiré, raturé ou portant une inscription). Le ministère de l'Intérieur évalue ce taux à 5,66%, soit près de 1,2 point de plus que le précédent record établi au second tour de 1995 (4,42%). "Abstention civique", vote purement protestataire, le vote blanc a donc battu son record, poursuivant une ascension croissante depuis 1958: de 2,3% au second tour de 1965, il est passé à 2,5% en 1981, puis 3,1% en 1988, avant d'atteindre 4,8% en 1995.

Ajouté aux absentions, elles aussi sans cesse croissantes, cela veut donc dire qu'il y a bien une base de plus de 20 % de Français qui refusent ce Système consciemment. Si on ajoute à cela la partie des électeurs de Le Pen qui votent contre le Système, ceux de l’extrême-gauche et ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, on arrive facilement à 40 % de la population.

Cela doit être mis en avant et démontre la justesse de la stratégie du PCN, qui est de réunir dans la lutte et sur le plan électoral ces masses populaires et ces militants dans le cadre d’un « Front Noir Rouge Vert » pour consolider le Parti de la Révolution et sa base et engager ensuite la révolution populaire.

Septième leçon : Le véritable clivage politique apparaît derrière la préservation de la pseudo « démocratie ».

Il est temps enfin de constater où est le véritable clivage politique. Le score bloqué de Le Pen vient démontrer qu'il n'y a pas de « fascisation de l'opinion française », ou de « lepénisation des esprits », que le débat politique essentiel n'est pas entre "fascistes" et "antifascistes". Mais bien entre défenseurs du Système et partisans de la Révolution ! Chirac, le « super voleur », est réélu avec 82% des voix et mènera, quoi qu'il dise une politique au service du capital et contre les Travailleurs. Il n'y a rien là de réjouissant. Mais pouvait-il en être autrement ? Si Chirac et Jospin s'étaient comme prévu affrontés, avaient fait 100 % à eux deux, le résultat aurait été le même, quel qu'ait été l'élu. Et nous serions restés prisonniers du faux débat entre une vraie droite et une fausse gauche. Le faux plébiscite de Chirac peut avoir un mérite : montrer à quel point la pseudo démocratie dont l'establishment célèbre la victoire est une farce.

Car le système c’est tout sauf la démocratie, comme le rappellent nos camarades africains du mouvement ACTUS, qui soulignent que cette « démocratie signifie tout pour une poignée de capitalistes qui  exploitent  à mort les travailleurs du Nord et du Sud, pillent les richesses naturelles et minières du tiers-monde, entretiennent des bases militaires en Afrique, mènent des expéditions coloniales punitives contre les révoltes des peuples, soutiennent militairement, économiquement et diplomatiquement les dictatures qui massacrent, violent et pillent les masses populaires en Afrique... », précisant que les révolutionnaires « ne doivent pas servir de roue de secours au  capitalisme ou  répondre aux SOS de la droite "diluée " en danger face à la droite "concentrée". Les deux appartiennent à la même classe, celle de la bourgeoisie capitaliste et impérialiste, celle des oppresseurs ».

Pour le reste, le Système a repris ses jeux d’ombre. La même classe arrogante et incompétente prétend gouverner et donner des leçons au peuple. C’est à gauche comme à droite celle des dynasties bourgeoises, pourries de frics, de prébendes, de privilèges, à l’image des Martine Aubry, la fille de Jacques Delors, ou du nouveau Premier ministre Raffarin, lui aussi  fils de ministre. Le Pen, lui, est milliardaire.

Pendant ce temps, le peuple souffre, les inégalités et la misère augmentent sans cesse, l’impérialisme met le monde en coupe réglée. Au sommet du Système, comme avant 1789 ou 1917, ces mêmes dynasties bourgeoises prétendent arrêter l’Histoire. Elles se trompent ! Car la Révolution viendra inévitablement du refus de l’impérialisme et de l’exploitation !

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