PCN-INFOS

Le réseau d'information téléphonique du PCN

En Français - In English

 

PCN-Infos du 22 avril 2002

PRESIDENTIELLES FRANCAISES :
L'EVENEMENT CE N'EST PAS LE PEN AU SECOND TOUR,
CE SONT TROIS FRANÇAIS SUR CINQ CONTRE LE SystEme !


Les résultats cataclysmiques des élections présidentielles françaises du 21 avril 2002 feront date dans l'histoire politique française et européenne. Mais peut-être pas, comme on le croit, à cause de la présence au second tour de Jean Marie Le Pen, le candidat populiste et néo-poujadiste du « Front National ». Car l'événement le plus important, le plus marquant, ne se situe pas toujours là où l'on croit.

"Au final, la situation est dramatique qui voit un président sortant mis en cause par la justice devenir le premier rempart contre une extrême droite raciste. C’est dire l’ampleur du séisme qui a mis à bas hier la Ve République sans indiquer sur quoi elle allait se reconstruire. Ni quand", écrit LIBERATION, qui témoigne du trouble des media régimistes.

D’autres quotidiens, dont le conservateur LE FIGARO ou LES ECHOS (économique), estiment aussi que ce premier tour a déclenché un séisme. Pour Le Figaro, cette élection marque "(...) le décalage profond entre la représentation électorale et la réalité de l’électorat. Entre le discours et la réalité de ce que vivent les Français". LES ECHOS estime, qu’il faut tirer une " cruelle leçon de ce premier tour. Ce résultat est la traduction brutale, impensable jusqu’à présent, d’une France totalement démantibulée (...) c’est un échec, incommensurable, dont la responsabilité première incombe aux partis politiques traditionnels", écrit-il. "Jusqu’à présent, l’élection présidentielle était toujours perçue comme le rendez-vous majeur d’un homme avec le pays. Autrement dit, un scrutin populaire et décisif. Tout le contraire de la primaire d’hier qui a plutôt pris les allures d’un forum de défoulement, sinon de refoulement", écrit quant à lui La Voix du Nord. "Cette déconsidération du politique est inquiétante quand elle se traduit ainsi par un record d’abstention et surtout par l’importance du vote extrémiste de droite et de gauche qui totalisent à eux deux plus de 30% des voix", poursuit-il.

Bien sûr, la présence au second tour de l'élection de la vieille extrême droite pro-capitaliste et sécuritaire, xénophobe et réactionnaire, n'est sans doute pas l'épisode le plus glorieux de l'histoire de la Ve République. Mais il ne faudrait que la fureur bien pensante des pseudos antifascistes régimistes, qui ne manquera pas de résonner ces prochains jours dans tout le pays et ailleurs, et qui ne vise qu’à préserver le système capitaliste, masque un événement bien plus important, à savoir la défaite historique du socialisme libéral.

Le « Front National » enregistre une progression non négligeable, mais les 17% qu'il obtient ne représentent qu'une hausse très relative, au regard des 15 % que ce parti obtenait régulièrement aux présidentielles. L'extrême droite néo-libérale a progressé, mais elle n'a pas connu de percée fulgurante. Il ne faudrait pas oublier que Edouard Balladur, en 1995, avait obtenu, lors de sa mémorable défaite au premier tour, plus de 18% des suffrages. Le score, certes important, de Jean-Marie Le Pen, est donc d'abord une victoire par défaut, puisqu'il demeure en deçà du minimum traditionnellement exigé pour être présent au second tour. Sa victoire historique, le « Front National » la doit essentiellement à une défaite historique. Celle du pseudo « socialisme » rallié au Libéralisme, de la Social-démocratie qui est aujourd'hui, à la faveur des consignes de vote pour Jacques Chirac, entièrement absorbée par la droite capitaliste.

La dispersion des candidats permet évidemment d'expliquer ce qui s'est passé. Les candidats de gauche et de droite se sont multipliés, mais avec des conséquences très différentes à droite et à gauche.

Le « Front National », jusqu'à présent, était le jouet des pseudo socialistes. Comme le rappelle LE SOIR, évoquant le parcours de Le Pen : « En 1974, son score est encore insignifiant : 0,74 % des voix. En 1981, n'ayant pas rassemblé un nombre suffisant de parrainages, il est privé de candidature à la présidentielle. Mais le septennat que gagne alors François Mitterrand sera pour lui décisif. L'homme à la rose a compris tout l'avantage qu'il pouvait tirer de ce trublion pour handicaper la droite. Il favorise son passage à la télévision, et surtout, à la faveur d'un changement de mode de scrutin qui introduit la proportionnelle, il permet aux extrémistes de faire en 1986 leur entrée dans l'hémicycle ». Encouragé par Mitterand, ce parti d'extrême droite a servi dans les années quatre-vingt à délester la droite libérale d'une partie de son électorat, tout en la forçant à faire le grand écart idéologique pour endiguer l'hémorragie électorale. On se souvient ainsi des tentatives pathétiques d'un Chirac tentant de récupérer les voix d'extrême droite avec des discours xénophobes. Mais cette stratégie qui profitait à la gauche s'est retournée contre elle, au fur et à mesure que les milieux populaires, traditionnellement de gauche, devenaient favorables au « Front National ». Belle illustration de l’arroseur arrosé !

Le quotidien de gauche PUBLICO (Lisbonne) évoque “la décadence”, voire “la pulvérisation du système politique français” et attaque “une gauche qui a perdu une grande partie de sa base sociale”. “La gauche française s’est éloignée de ses électeurs et n’a rien compris à ce qui se passait dans les quartiers populaires, aux problèmes d’insécurité (…) Une gauche snob, arrogante et bien-pensante, qui, comme si cela ne suffisait pas, s’est en plus divisée de façon dramatique ; une gauche qui, tragique ironie du destin, se voit aujourd’hui infliger Le Pen et son Front national, une créature politique que François Mitterrand avait favorisée pour mieux diviser la droite.”

Car la présence d’un Le Pen au second tour résulte avant tout de la faillite de la Sociale-démocratie. Le ralliement des pseudo « socialistes » à l'économie de marché, qui ne date pas d'hier comme le savent les militants anticapitalistes sincères, mais qui est devenu aujourd'hui particulièrement visible, et la liquidation des valeurs révolutionnaires au sein du Parti Communiste, qui a viré depuis la trahison « euro-communiste » à la Sociale-démocratie, ont vidé la gauche française de son identité progressiste. « Pourquoi “la gauche a-t-elle trahi Lionel Jospin ? », s’interroge le quotidien romain LA REPUBBLICA. « Parce que “le pays ne parle plus la même langue que celle de sa classe politique. Il ne veut plus de discours raisonnables et économiquement corrects. Le Pen l’a compris et a su parler à cette France délaissée … ». Le quotidien espagnol EL PAIS explique avec pertinence le résultat du premier tour par “le fossé qui sépare la rhétorique de l’exception culturelle de la réalité crue du capitalisme en tant qu’expression de la peur d’un monde dominé par les Etats-Unis”. En langage plus cru, le peuple de gauche en a eu assez de se faire cocufier par une Sociale-démocratie rose-verte arrogante, qui pratique hypocritement le grand écart idéologique entre Davos et Porto Alegre !

La dispersion des candidats, à droite, n'a donc été finalement que très faible. Les quelques Madelin, Bayrou ou Boutin n'ont pas pesé bien lourd lorsque l'on sait que le principal danger pour la droite libérale chiraquienne était jusqu'à présent le « Front National », et que ce parti d'extrême droite a paradoxalement gagné le plus de voix dans les milieux ouvriers et populaires. L'arme de la social-démocratie contre la droite s'est retournée contre elle. Dans la dispersion des voix de gauche, il faut à présent compter le vote en faveur du « FN » !

Au cours de la cohabitation, la droite libérale et la social-démocratie ont perdu beaucoup de leurs différences. Et la campagne a montré combien il était difficile de distinguer Chirac et Jospin. On aurait pu croire alors que cette évolution, dramatique, allait profiter à une droite radicale au détriment du candidat du RPR. On aurait pu croire que la soif populaire d'alternative allait provoquer la fin de la vieille droite pseudo-gaulliste au profit des Lepénistes. Mais si les différences entre Jospin et Chirac se sont estompées, c'est d'abord parce que la gauche toute entière, des socialistes aux pseudo « communistes », s'est ralliée de son plein gré au capitalisme. C'est elle qui a abdiqué. La droite libérale, elle, n'a rien trahi de son programme traditionnel. Et ce sont donc les électeurs de gauche qui ont du chercher parmi les candidats un nouveau champion.

Que ce champion soit aujourd'hui Jean-Marie Le Pen, milliardaire, vieux démagogue xénophobe, incapable de comprendre que la marche de l'Histoire ne passe plus par un nationalisme franchouillard étroit et désuet, importe finalement peu. Gageons que le Régime et l'ensemble de sa classe politique saura mobiliser ses intellectuels et ses organisations de jeunesse pour empêcher toute nouvelle progression du « Front National ». Mais la social-démocratie pourra-t-elle s'en relever ? Les « socialistes », sans doute, profiteront de la réaction des bien-pensants et retrouveront un peu d'air lors des législatives. Mais le PCF, lui, semble enfin décidé à mourir. Il faut espérer que ce parti, qui a honteusement trahit à de multiples reprises l'héritage glorieux de la Révolution bolchévique, va maintenant disparaître en entraînant avec lui les odieux réformistes à la solde de Robert Hue.

La social-démocratie est apparue depuis quelques années sous son vrai visage, celui d'un courant pro-libéral et capitaliste qui permet au système de mimer la démocratie en proposant une fausse alternance. Ne soyons pas dupes de la démagogie lepéniste. Le « Front National » ne représente pas non plus une option anti-système. Il s'agit d'un parti dont l’émergence a été suscitée de toutes pièces, ou presque, par Mitterrand, et qui, à la faveur d'un accident de l'Histoire, se retrouve aujourd'hui au second tour d'une présidentielle. Les fantasmes sécuritaires, la xénophobie, le racisme, ne servent qu'à détourner les travailleurs de l'anticapitalisme et de l'anti-impérialisme.

Mais le terrain pour une nouvelle alternative commence enfin à se dégager. La social-démocratie se meurt, et l'extrême droite profite de quelques succès limités qui n'empêcheront de dormir que les « antifascistes » de salon.

Car le véritable séisme politique ce n’est pas Le Pen au second tour, comme le crient les gogos de l’antifascisme régimiste, du style « Ral’Front » ou « RésistanceS » (sic), dont la seule finalité de l’action vise à préserver l’injustice du système capitaliste et impérialiste.

Comme le titrait LE MONDE dès le 21 avril au soir, nous assistons à « L' élection de tous les rejets ». L’analyse du quotidien parisien est percutante, elle révèle le divorce du peuple avec le Système : « Ce premier tour de présidentielle apparaît donc comme l'élection de tous les rejets. Rejet de l'élection elle-même puisque ce rendez-vous démocratique majeur enregistre un record d'abstention, confirmant la désaffection électorale de ces dernières années dans tous les scrutins : de l'ordre de 27 % à 28 % d'électeurs ont boudé les urnes (soit 5 à 6 points de plus qu'en 1995 et 10 points de plus qu'en 1988 et 1981), sans parler des votes blancs et nuls. Rejet des partis de gouvernement ensuite. La marée du vote protestataire est en effet spectaculaire. Si l'on additionne l'ensemble des voix recueillies par l'extrême gauche (11 %), l'extrême droite (20 %), mais aussi Jean-Pierre chevènement (5 %) et Jean-Saint Josse (4 %) qui ont tous deux fait campagne sur le vieux thème poujadiste " sortez les sortants ", ce sont 40 % des électeurs qui se sont prononcé contre les partis de gouvernement, soit deux fois plus qu'en 1995 et 1988. Si l'on cumule l'abstention et ce vote " hors système ", ce sont donc près de trois électeurs inscrits sur cinq qui ont boudé ou rejeté les candidats susceptibles de gouverner le pays demain. Ce seul chiffre dit assez qu'au-delà de l'échec de la gauche, du succès de l'extrême droite et de la fragilité de la droite, c'est un rejet plus fondamental et plus inquiétant qui s'est exprimé ». A part le journaliste Christophe Bourseiller dans son livre « LES ENNEMIS DU SYSTEME », seul le PCN annonçait dès le milieu des années 80 le divorce croissant du peuple avec la Particratie ploutocratique qui a confisqué la démocratie. Les événements nous donnent raison.

La place commence à se dégager pour une véritable alternative. Le PCN-NCP, seul mouvement radical anti-système capable de reprendre le flambeau de la révolution au cœur d'un projet patriotique et progressiste européen, entend la construire. Car, ne nous égarons pas, le Système n’est pas encore en danger. Sa force, c’est l’atomisation de ses oppositions, la guerre permanente qu’il suscite entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, avec la complicité directe des leaders de ces partis, au nom de l’ « anticommunisme » à droite ou de l’« antifascisme » à gauche. Cette neutralisation des opposants des deux bords mise en œuvre par le Système, nous y assistons déjà en France, où droite et sociaux-démocrates unis vont lancer les troupes de l’extrême-gauche dévoyée par les Trotskistes contre les supporters du « Front National », dont la colère de l’électorat et les préoccupations ne doivent pas être confondus avec la personne de Le Pen.

Tant que cette situation perdurera, le système ne craindra rien.

Seule la jonction de la question sociale et de la question nationale, la rencontre des opposants de tous bords, libérés de leurs mauvais bergers fascisants ou gauchistes, ces éternels complices objectifs du système, permettra l’alternative : la Révolution, qui à l’heure de la globalisation, ne peut plus être qu’européenne.

Seul le PCN, avec sa stratégie de « Front Noir-rouge-vert » unifiant tous les ennemis du Système, apporte cette alternative !

Retour à l'accueil