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PCN-Infos du 18 mars 2002

PRESIDENTIELLES FRANCAISES : LE FAUX ENJEU SECURITAIRE

A l'approche des élections présidentielles et législatives de ce printemps, il apparait, de l’avis de tous les commentateurs politiques, que la question de la « sécurité » va être l’un des thèmes essentiels de la campagne électorale. Ce serait cependant une grossière erreur de ne voir là qu’une simple manœuvre pour mettre en difficultés le gouvernement, qu’un simple truc électoral pour rameuter des électeurs bien embarrassés pour trouver des différences de programme entre la droite et la gauche.

« La sécurité est le premier souci des Français ! » clament haut et fort les médias et les politiciens bourgeois. Comme chacun sait, les habitants de la France, à l’instar de tous les autres peuples, sont divisés en classes sociales aux intérêts, aux aspirations, aux soucis différents et opposés : la « sécurité » ne signifie pas la même chose pour un RMIste ou pour un boursicoteur, pour un licencié de Moulinex ou pour un patron d'entreprise, pour un locataire de de banlieue ou un propriétaire des beaux quartiers, bref pour un travailleurs ou pour un bourgeois.

Il va sans dire que la délinquance n'est pas une invention des médias, même si ceux-ci à un moment donné et pour des raisons politiques bien précises vont monter en épingle tel ou tel épisode particulièrement sensationnel, telle ou telle statistique des crimes et des délits : pour appeler ou justifier le renforcement des mesures de police, l’aggravation de la répression, etc. Phénomène bien réel et bien présent, la délinquance touche essentiellement les milieux populaires et est le résultat direct de la décadence généralisée de l’Etat en Europe et de la privatisation libérale de ses prérogatives.

La dégradation des conditions de vie et de travail des travailleurs, l’apparition et la persistance d’un chômage de masse, le gonflement de la précarité et la marginalisation à peu près définitive de nombre d’habitants des quartiers populaires, tout cela engendre une misère et un incivisme croissant, cultivés il faut le dire par nos intellos Bo-Bo rousseauïstes accusant les victimes et défendant les voyous.

Cette situation qui avait pratiquement disparu dans la riche Europe de l’ « Etat-providence » à l’époque de l’expansion capitaliste d’après-guerre, n’a en réalité jamais cessé d’exister dans les grandes métropoles américaines, où certains quartiers de New York ou de Los Angeles connaissent des taux de criminalité comparables à ceux de Bogota ou de Sao Paulo : non une exception qui serait due à on ne sait quel « laxisme » des autorités, mais la norme dans la société capitaliste et, plus encore, l’avenir que celle-ci nous réserve.

Contre cette situation qui ne peut qu'empirer à mesure que le capitalisme traverse crise sur crise, les bourgeois et leurs laquais réformistes prétendent que la solution se trouve dans une augmentation des forces de police et de la répression des tribunaux. Au moment de l’agitation des gendarmes, – ils ont été rejoints, comme c’était inévitable, par l’éternel laquais des laquais réformistes, à savoir l’opportunisme trotskyste : tandis qu’Arlette Laguiller soutenait publiquement la revendication du gilet pare-balles pour les gendarmes, la LCR compatissait dans son hebdomadaire sur le « manque de moyens, la surcharge de travail » des gendannes aux « rémunérations squelettiques ».

Ne parlons même pas des autres laquais du système bourgeois, c’est-à-dire les groupes d’extrême-droite (FN et MNR) qui en pronant le « tout repression », restent fidèles à leur fonction de chiens de garde du Système.

A l’inverse de ces véritables auxiliaires idéologiques des forces de l’ordre bourgeois, les révolutionnaires se doivent de rappeler en permanence que toute augmentation de la présence policière et toute aggravation de la répression retombent toujours sur les travailleurs, tout simplement parce que l’Etat n'est pas un organisme neutre, au-dessus des classes, dont la fonction serait de protéger tous les citoyens. L’Etat bourgeois a essentiellement pour fonction avec ses « hommes en armes » de protéger la classe dominante et son système d’exploitation contre les risques éventuels causés par les travailleurs organisés en avant-garde politique révolutionnaire.

Chacun sait d’expérience que les vols et attentats contre les maigres biens des prolétaires mobilisent autrement moins les policiers ou les juges que ceux commis contre les bourgeois - et que par contre les vols commis quotidiennement par les bourgeois contre les travailleurs sur le plan des salaires, des loyers, des retraites ou du prix des biens de première nécessité, sont sanctifiés par la loi !

Pour se défendre contre ces vols quotidiens, pour résister à cette exploitation capitaliste, pour lutter contre la dégradation des conditions de vie et de travail, la solution n’est pas de se tourner, comme le veulent les réformistes, vers l’Etat des capitalistes, mais de se lancer dans la lutte collective ouverte, dans la lutte contre le capitalisme, son Etat, ses juges et ses forces de repression.

La campagne sécuritaire est une campagne de défense de l’ordre bourgeois, une campagne visant à faire adhérer la population à l’Etat bourgeois, à ses maitres impérialistes et à ses fonctions répressives, et elle est donc à ce titre une campagne anti-populaire. Mais il y a plus. Elle s'inscrit dans une tendance générale à l’oeuvre depuis des années, tendance qui a connu une accélération particulière après les évènements aux Etats Unis et le déclenchement de la lutte dite « antiterroriste ».

« Adieu libertés ». Ainsi le directeur du « Monde Diplomatique » titrait mélancoliquement son éditorial du mois de janvier. Et il citait une série de mesures « liberticides » prises aux Etats-Unis.

Selon lui, elles signent la fin d’une période ouverte avec il y a 10 ans avec la chute du mur anti-fasciste de Berlin qui avait été caractérisée par « l’exaltation du régime démocratique, la célébration de l’Etat de droit et la glorification des droits humains [sic !] » : loi antiterroriste qui permet d’arrêter les suspects pour un temps quasi indéfini et de les interroger sans qu’ils bénéficient d’un avocat (plus de 400 seraient encore dans ce cas), de les surveiller, perquisitionner, etc., sans avoir besoin d’un mandat; création de tribunaux militaires pour juger sans appel les étrangers accusés de terrorisme et éventuellement les exécuter en dehors de toutes les règles juridiques existantes et secrètement ; déclarations de divers responsables en faveur de l’utilisation de la torture à la façon dont cela se pratique en Israël, ou de la liquidation sans autre forme de procès des ennemis du Nouvel Ordre Mondial qualifiés de « terroristes ».

Les pays européens ont sauté sur l’occasion pour faire approuver des mesures et lois répressives, sous le prétexte en or de lutter contre le terrorisme.

En Allemagne le ministre de l’intérieur social-démocrate a affirmé en présentant une série de mesures policières qu’il entend mettre sur pied une « Démocratie qui se défend ». Pour les associations d’avocats, il s'agit en fait de mettre tous les habitants « sous suspicion ». C’est semble-t-il la Grande-Bretagne, le pays traditionnel de l’Habeas Corpus, qui est allée le plus loin ; une nouvelle loi antiterroriste autorise ainsi, entre autres, la détention indéfinie et sans jugement d’étrangers soupqonnés de terrorisme : pas d'Habeas Corpus pour les étrangers au pays de la mère des Parlements !

Le gouvernement de gauche français qui avait sans tarder mis en oeuvre un « Plan Vigipirate renforcé » (en effet le plan Vigipirate n’a jamais été mis hors fonction !), a fait voter une loi dite de « sécurité quotidienne » qui institutionnalise diverses pratiques de flicage (notamment de l’internet) déjà appliquées en réalité ; leur légalisation était demandée depuis des années par les services du Ministère de l’Intérieur - et les mêmes partis qui ont aujourd’hui obtempéré, jouaient il n’y a pas si longtemps la comédie de manifester contre de telles mesures « scélérates », jugées « anti-démocratiques » !

De son côté, le Conseil de l’Europe a mis au point un projet de mandat d’arrêt européen et une définition de « crime terroriste » qui indique clairement qui est visé par cette vague de mesures répressives : selon ce projet, l’infraction terroriste, qui pourra être punie de 20 ans de prison, consiste à « gravement intimider une population » ou à « contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte quelconque » ou « porter gravement atteinte ou détruire les structures politiques, économiques ou sociales d’un pays ou d’une organisation de droit international public ».

Il ne s’agit donc pas ici de se défendre contre des « nihilistes assoifïés de sang », ou « lutter contre la création des zones de non-droits criminogènes en banlieue » comme le voudrait la description faite par la propagande bourgeoise, mais bien de faire face à des troubles politiques et sociaux. Il est indiscutable que les responsables européens avaient encore en mémoire des manifestations du type de celles de Gênes ou Goteborg et qu’ils voulaient se donner les moyens juridiques (les moyens policiers les plus brutaux, ils les ont déjà, comme ont pu le constater les manifestants) de les réprimer sévèrement. Mais plus généralement il s’agit, préventivement, de jeter les bases d’une défense unifiée au niveau européen de l’ordre bourgeois contre des actions visant à le troubler, visant à entraver le bon fonctionnement de ses institutions.

Voilà une Europe qui fonctionne bien, car poussée par l’aiguillon de l’inquiétude devant le spectre de la révolte sociale : l’Europe des flics, des barbouzes et de la répression !

Un rapide tour d’horizon illustre que les mesures autoritaires prises actuellement dans tous les pays sont tout sauf un changement soudain et inattendu dans la politique du Système.

Tout au contraire, c’est le mouvement général de la société bourgeoise qui va vers plus de répression, plus d’autoritarisme, vers une « démocratie qui se défend » toujours plus brutalement contre ceux qui menacent de troubler l’ordre capitaliste.

Avec les tapageuses campagnes sécuritaires actuelles, avec les bruyantes mesures anti-terroristes, la bourgeoisie reconnaît implicitement qu’elle sait que le futur est gros de menaces pour son Système. Quand les temps commencent à changer, quand se rapproche la tempête sociale, quand les premières secousses commencent à faire frémir les exploiteurs et leurs sbires, c’est alors que la bourgeoisie baisse le masque démocratique et dévoile la réalité de sa dictature. Mais c’est alors aussi le moment où se rapproche le combat, où se rapproche l’heure d’affronter et de vaincre le Système. Raison de plus pour ne pas tomber dans le panneau qui consiste à refuser de se préparer à la lutte en la suppliant de revenir à la démocratie hier ou, pire encore, en lui emboîtant le pas en faisant de la surenchère sécuritaire !

En blindant de plus en plus sa démocratie, en recourant toujours plus largement à des méthodes autoritaires et répressives, la bourgeoisie enseigne aux révolutionnaires qu’ils ne pourront s’émanciper qu’en se plaçant eux aussi sur le terrain de la force, qu’il leur faudra durcir leur lutte et faire preuve d’une autorité, d’une compacité et d’une détermination plus grande.

Alors ne nous trompons pas de combat. Si le PCN défend l’Humanisme en toute chose, un humanisme musclé qui punit sans faiblir, mais aussi rééduque les voyous et protége les citoyens, nous ne tomberons pas dans le panneau de cette campagne électorale et nous replacerons l’accent sur le seul enjeu  qui se pose aux révolutionnaires : renforcer, structurer l’opposition radicale à la mondialisation capitaliste autour d’une organisation unitaire. Ces élections sont pour nous le moyen d’engager plus avant les discussions, les échanges avec les militants anti-capitalistes, anti-Système sincères pour la construction du Parti de l’Europe Combattante : le Parti Communautaire National-européen !

 

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