LE « FRONT NATIONAL » FRANCAIS CREE « EURONAT » : L’IMPOSTURE LEPENISTE A LA DECIMALE EUROPEENNE !

Ce 30 mars, à l’occasion du congrès du « Front National » à Strasbourg, Jean-Marie LE PEN faisait part de sa volonté de créer une internationale de l’extrême-droite en Europe, précisant que le FN militait pour une « Europe des Nations et des Patries », et déclarant qu’il souhaitait fédérer les groupes d’extrême-droite en Europe par « une politique de coopération » en créant une structure qui s’appellera « EURONAT » visant à « rassembler nationaux et nationalistes ».

Quelques jours plus tard, « radio LE PEN », la messagerie téléphonique quotidienne du « Front National », annonçait la création d’ « EURONAT », rassemblant « nationaux et nationalistes européens », précisant que « la mission de LE PEN ne se limite pas à la France ». C’est un vieux rêve de LE PEN, déjà exprimé en juillet 1996, de fédérer les nationalistes d’extrême-droite rivaux au sein d’une internationale brune. Jean-Marie LE PEN rêve de devenir le Grand-Frêre des autres mouvements d’extrême-droite d’Europe et, à la tête du plus puissant parti d’extrême-droite d’Europe occidentale il veut donc devenir le conseiller de ses émules en xénophobie, son mot d’ordre étant « patriotes de tous les pays unissez-vous ».

Ce grand rêve commence bien mal ! Car à l’image de ce qui se passe à tous les niveaux du « Front National », la rivalité entre LE PEN et Bruno MEGRET qui aspire à lui succéder apparaît déjà dans les démarches entreprises. Depuis plusieurs années Yvan BLOT, ancien député du RPR, passé à l’extrême-droite alimentaire, sert d’agent de liaison (un journal français parlera d’ « activité diplomatique » à ce sujet) entre de nombreux groupes d’extrême-droite et le « Front National ».

Lorrain de SAINTE-AFFRIQUE, l’ancien conseiller en communication de LE PEN et conseiller régional du Languedoc-Roussillon accusait en 1994 sur les ondes de RMC Bruno MEGRET de « rechercher l’alliance avec les groupes les plus extrémistes » et de protéger les néo-nazis au « sein du Front-National ». A propos d’ Yvan BLOT, Lorrain de SAINTE- AFFRIQUE précisait qu’il était « un des membres du bureau politique du FN qui a tendance à être lié aux extrémistes ». On a vu Yvan BLOT à Munich en 1991, photographié au côté du führer néo-nazi allemand Ewald ALTHANS au cours d’une réunion négationiste privée.

Désireux de couper l’herbe sous le pied de son rival, LE PEN a donc chargé directement l’un de ses proches, Dominique CHABOCHE, un vieux militant du FN et vice -président du parti, de s’occuper officiellement des relations internationales de la formation lepéniste. Ce qui n’empêche pas Yvan BLOT de mener ses propres opérations « diplomatiques » ce qui vaut parfois de curieux télescopages entre les alliés des uns et des autres, en particulier en ex-Yougoslavie où le clan pro-Serbe s’oppose au clan pro-Croate à l’intérieur même du FN, les uns soutenant les nationalistes serbes, les autres soutenant la Croatie et dénonçant les « Serbolchéviques ». Tout cela laisse bien augurer des rapports fraternels qui vont être entretenus entre les xénophobes de chaque pays au sein de la future internationale brune.

L’Europe de l’extrême-droite, c’est en effet le choc des nationalismes. Hier la rivalité entre Allemands et Italiens à propos de la question régionale du Sud-Tyrole a fait éclater l’extrême-droite européenne au Parlement de Strasbourg, l’empêchant de disposer d’un groupe parlementaire et des avantages qui y afférent. Aujourd’hui, partout en Europe, la xénophobie et les réalités entre les petits-nationalismes conduit à la guerre ouverte ou larvée.

La Belgique en offre un retentissant exemple. Deux tendances lepéniste s’y opposent. D’une part, Yvan BLOT et le courant MEGRET ont appuyés et soutenu la scission du « Front National » Belge connue aujourd’hui sous le nom de « FRONT NOUVEAU de Belgique », curieuse alliance de néo-nazis et de la droite la plus réactionnaire et que mène la députée Marguerite BASTIEN venue en droite ligne du PRL, le parti libéral belge. CHABOCHE, lui, soutient le « VLAAMS BLOK », le grand parti nationaliste flamand. Celui-ci, lorsqu’il à découvert le soutien de BLOT, qui avait même obtenu le parrainage de LE PEN pour la scission de BASTIEN, est intervenu, mettant LE PEN devant un ultimatum : où abandonner la scission bleue-brune du FN belge, où perdre le soutien du « Blok » qui fut et sera toujours indispensable à LE PEN pour créer un groupe parlementaire à Strasbourg. Celui-ci, entre le groupuscule sans avenir de BASTIEN et la formation nationaliste flamande qui compte des dizaines de députés, n’a pas hésité à retirer directement son patronage. Yvan BLOT n’en continue pas moins à soutenir BASTIEN. Les adhérants du groupe BASTIEN devraient méditer sur les rapports qui existent encore entre LE PEN et eux, puisque BASTIEN, si on lui offre de temps à autre un strapontin aux fêtes du « Front National », n’était même pas invitée au dernier Congrès du FN à Strasbourg en raison de la présence massive du « VLAAMS BLOK » et que le soutien du LE PEN lui est donc définitivement ôté. Les querelles entre le Blok et les scissions du FN belge sont révélatrices de l’état d ’esprit qui règne au sein de l’Europe des xénophobes qui tentent de s’unir. L’Europe des nationalistes, c’est la roue carrée, c’est la perpétuation des guerres civiles, des luttes fratricides, des sociétés éclatées, le tout pour le plus grand profit de l’impérialisme américain, grand organisateur et bénéficiaire de l’éclatement de pays comme la Yougoslavie ou l’ Union Soviétique. L’ « Europe des Nations » ou des « Patries » chère à Jean-Marie LE PEN et à ses épigones européens a déjà été essayée avec le suc-cès que l’on sait en 1914 et en 1939.

L’ « Europe des Nations » ou des « Patries » a conduit les fils de tous les pays européens à s’entr’égorger deux fois en trente ans avec pour résultat de faire sortir l’Europe de l’histoire et de livrer à l’impérialisme un continent éclaté, colonisé et dévasté. Ceux qui souhaiteraient recommencer cette histoire feraient bien d’y réfléchir et feraient bien surtout de méditer sur l’exemple yougoslave où la guerre civile est due directement aux germes répandus par le petit-nationalisme.

Tout cela ne nous intéresserait guère si la réaction lepéniste ne tentait aujourd’hui de s’accaparer le Nationalisme européen. Le nationalisme européen, notre courant l’incarne et le porte depuis la création par Jean THIRIART de la « Jeune Europe » au début des années soixante, qui a définit un « Nationalisme communautaire européen » de dimension continentale. Ce nationalisme s’est toujours affirmé clairement comme une mutation du nationalisme, comme un dépassement des petits patriotisme locaux et de leurs querelles intérieures pour une forme de nationalisme émancipateur élargi aux dimensions du continent et centré non pas sur les valeurs dépassées du sang ou du sol, sur le culte des cimetières et des morts ou des guerres passées, mais bien sur une Citoyenneté européenne active et responsable.

Ce Nationalisme européen libérateur n’a rien à voir avec la réaction lepéniste, avec son cortège de nostalgies tribales et de rancœurs stériles qui opposent les nationalistes de chaque pays à toute occasion.

Sans parler de la Belgique ou de la Yougoslavie, l’imposture de l’Europe des nationalistes et sa profonde nocivité apparaît lorsqu’on examine pays par pays les participants. Parmi les futurs protagonistes d’ « EURONAT », qui étaient déjà représentés au congrès du FN à Strasbourg, figurait un parti nationaliste roumain violemment hostile aux droits de la minorité hongroise qui vit en Roumanie et à la même tribune figurait un parti nationaliste hongrois violemment opposé aux Tziganes roumains et à toute minorité. On voit très bien quelle entente pourra opposer ceux-là. Ce sera l’entente des cimetières et des charniers.

Ajoutons, puisque le tout veut se parer des couleurs d’un nationalisme européen usurpé que ce parti hongrois vient d’organiser une grande manifestation à Budapest en présence de LE PEN pour dénoncer l’Europe et la volonté de la majorité du peuple hongrois de s’intégrer le plus vite possible à la Communauté européenne.

Lorsque l’on gratte le vernis infiniment mince de la démagogie et de la logomachie, c’est une imposture à tous les niveaux. « EURONAT » c’est l’imposture du « Front National » à la décimale européenne !

 

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